mercredi 23 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2308399 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SCP DAGNEAU-BACHIMONT & DUQUESNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 août 2023, Mme D C A, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représentée par Me Dagneau, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés des 5 et 6 août 2023 par lesquels le préfet de police a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;
2°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier.
Mme C A soutient que les arrêtés attaqués :
- sont entachés d'incompétence ;
- sont insuffisamment motivés ;
- ont été pris en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- sont entachés d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;
- sont entachés d'un défaut de base légale ;
- sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- sont entachés d'une erreur de droit ;
- méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaissent l'article 21 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- méconnaissent le principe de l'autorité de la chose jugée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2023, le préfet de police, représenté par Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 16 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code pénal ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné Mme Blanc, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-15 et suivants ainsi que les chapitres VI, VII, VII bis VII ter et VII quater du titre VII du livre VII du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Blanc, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction, assortie le cas échéant d'une astreinte, tendant à enjoindre à l'autorité préfectorale de réexaminer la situation de Mme C A ;
- et les observations de Me Dagneau, représentant Mme C A assistée de M. B, interprète assermenté en langue espagnole, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, est entaché d'erreur de droit dès lors que les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été abrogés en mai 2021, qu'elle réside en Espagne avec ses trois enfants qui sont actuellement gardés par la personne qui l'héberge en Espagne, qu'elle n'a pas compris la demande qui lui a été faite donc elle n'a pas formulé d'observation et qu'elle n'a pas pu faire valoir que ses enfants se trouvent en Espagne en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- Mme C A, assistée de M. B, interprète assermenté en langue espagnole, qui indique qu'elle veut retrouver ses enfants.
Le préfet de police n'était ni présent ni représenté.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h40.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, ressortissante chilienne née le 8 février 1984 a fait l'objet par un jugement du 12 octobre 2018 du tribunal judiciaire de Bobigny d'une peine d'interdiction du territoire français pour une durée de cinq ans. Par un arrêté du 5 août 2023, notifié le même jour, le préfet de police a décidé de reconduire la requérante à destination du pays dont elle a la nationalité ou qui lui a délivré un titre de voyage en cours de validité, ou encore à destination de tout autre pays dont lequel elle établit être légalement admissible et de la placer en rétention administrative. Par un arrêté du 6 août 2023, notifié le même jour, le préfet de police a décidé de reconduire la requérante à destination du pays dont elle a la nationalité soit le Chili. Par sa requête, Mme C A doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation des arrêtés des 5 et 6 août 2023 du préfet de police.
Sur la communication du dossier administratif de la requérante :
2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de Mme C A détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 août 2023 :
3. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Cette garantie procédurale ne peut être écartée que dans les cas énumérés aux 1° à 4° de l'article L. 121-2, et en particulier " en cas d'urgence " ou " lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ". Selon l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-1 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ". La décision fixant le pays à destination duquel un étranger doit être éloigné en vue de l'exécution d'une mesure judiciaire d'interdiction du territoire français constitue une mesure de police qui est soumise aux dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, en l'absence d'une procédure contradictoire particulière prévue avant l'édiction d'une telle décision.
4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a, par un courrier du 5 août 2023 notifié le même jour à 15 heures 00, sollicité de l'intéressée ses observations dans un délai de vingt-quatre heures sur le projet de fixation du Chili comme pays de destination en application de l'interdiction judiciaire du territoire dont elle fait l'objet. Or, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 5 août 2023 du préfet de police fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office lui a été notifié à 15h00, soit simultanément. Dans ces conditions, l'intéressée n'a pas été en mesure de présenter ses observations et doit être regardée comme ayant été privée d'une garantie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être accueilli.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre cet arrêté, que l'arrêté du 5 août 2023 du préfet de police doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 6 août 2023 :
6. D'une part, aux termes de l'article 131-30 du code pénal, auquel renvoie l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion () ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur depuis le 1er mai 2021 : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (). ". L'article L. 721-4 du même code, en vigueur depuis le 1er mai 2021, prévoit que " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
8. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier daté du 5 août 2023, notifié à l'intéressée par voie administrative le 5 août 2023 à 15h00, le préfet de police a informé la requérante qu'en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français dont elle a fait l'objet, elle serait reconduite vers le pays dont elle a la nationalité, citant explicitement le " Chili " et l'a invitée à présenter ses observations dans un délai de vingt-quatre heures. Si la requérante a indiqué qu'elle n'avait pas d'observations à présenter, il ressort des pièces du dossier qu'un arrêté lui a été notifié simultanément fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal établi le 4 août 2023 qu'elle a indiqué résider en Espagne. Enfin, la requérante produit un extrait du registre municipal de la commune de Torrejon De Ardoz, communauté de Madrid, sur lequel son nom figure de sorte que la présomption selon laquelle elle réside avec ses enfants en Espagne n'est pas sérieusement remise en cause par le dossier ni les débats à l'audience. Dans ces conditions, la requérante est ainsi admissible dans un autre pays que son seul pays d'origine. Par suite, l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre cet arrêté, que l'arrêté du 6 août 2023 du préfet de police doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ".
12. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation des arrêtés des 5 et 6 août 2023 du préfet de police fixant le pays de destination implique que le préfet de police réexamine la situation de Mme C A. Il y a lieu de prescrire à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du 5 et 6 août 2023 du préfet de police sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme C A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est annulé.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de police et à Me Dagneau.
Lu en audience publique le 23 août 2023.
La magistrate désignée,
T. BLANC
La greffière,
S. AÏT MOUSSA
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
S. AÏT MOUSSA
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026