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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2308433

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2308433

mercredi 30 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2308433
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTUENDIMBADI KAPUMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 24 août 2023 au greffe de ce tribunal, M. A B, représenté par Me Tuendimbadi Kapumba, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- sa requête est recevable ;

- il peut verser au dossier conformément aux dispositions des articles L. 114-5 et L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration les documents relatifs à son état civil et à l'état civil de sa mère ;

- les arrêtés du 11 avril 2023 du préfet du Nord et du 2 août 2023 du préfet de la Seine-Maritime méconnaissent les articles 3 et 28 de la directive du 29 avril 2004 dès lors qu'ils ont ignoré le lien de filiation avec sa mère qui est de nationalité espagnole ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est lié à sa mère de nationalité espagnole ;

- il mérite une régularisation de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2023, le préfet de la Seine-et-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Blanc, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-15 et suivants, ainsi que les chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Blanc, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés de la méconnaissance du champ d'application de la loi, de la tardiveté de l'illégalité, soulevé par la voie de l'exception, de l'arrêté du préfet du Nord du 11 avril 2023, notifié le même jour, portant obligation de quitter le territoire français et qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction, assortie le cas échéant d'une astreinte, tendant à enjoindre à l'autorité préfectorale de réexaminer la situation de M. B et de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen ;

- et les observations de Me Tuendimbadi Kapumba, représentant M. B, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que M. B n'a pas formé de recours contre l'arrêté du 11 avril 2023 du préfet du Nord portant obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an et qu'il produit son acte de naissance et apporte la preuve de la nationalité espagnole de sa mère.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais, né le 10 octobre 1998 a été interpellé le 2 août 2023 afin de vérifier son droit de séjourner ou de circuler sur le territoire français. Par un arrêté du 11 avril 2023, le préfet du Nord a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un arrêté du 2 août 2023, notifié le même jour à 16h40, le préfet de la Seine-et-Maritime a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté du 2 août 2023 du préfet de la Seine-Maritime.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la directive du 29 avril 2004 relative aux droits des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres : " 1. La présente directive s'applique à tout citoyen de l'Union qui se rend ou séjourne dans un Etat membre autre que celui dont il a la nationalité, ainsi qu'aux membres de sa famille, tels que définis à l'article 2, point 2°, qui l'accompagnement ou le rejoignent. / 2. Sans préjudice d'un droit personnel à la libre circulation et au séjour de l'intéressé, l'Etat membre d'accueil favorise, conformément à sa législation nationale, l'entrée et le séjour des personnes suivantes : a) tout autre membre de la famille, quelle que soit sa nationalité, qui n'est pas couvert par la définition figurant à l'article 2, point 2, si dans le pays de provenance, il est à la charge ou fait partie du ménage du citoyen de l'Union bénéficiaire du droit de séjour à titre principal, () ". Aux termes de l'article 2 de cette directive : " Aux fins de la présente directive, on entend par : / () / " membre de la famille " : / () / les descendants directs qui sont âgés de moins de vingt-et-un ans ou qui sont à charge () ". Aux termes de l'article 28 de cette directive : " 1. Avant de prendre une décision d'éloignement du territoire pour des raisons d'ordre public ou de sécurité publique, l'Etat membre d'accueil tient compte notamment de la durée du séjour de l'intéressé sur son territoire, de son âge, de son état de santé, de sa situation familiale et économique, de son intégration sociale et culturelle dans l'Etat membre d'accueil et de l'intensité de ses liens avec son pays d'origine. / 2. L'Etat membre d'accueil ne peut pas prendre une décision d'éloignement du territoire à l'encontre d'un citoyen de l'Union ou des membres de sa famille, quelle que soit leur nationalité, qui ont acquis un droit de séjour permanent sur son territoire sauf pour des raisons impérieuses d'ordre public ou de sécurité publique. / 3. Une décision d'éloignement ne peut être prise à l'encontre des citoyens de l'Union, quelle que soit leur nationalité, à moins que la décision ne se fonde sur des motifs graves de sécurité publique définis par les Etats membres, si ceux-ci : a) ont séjourné dans l'Etat membre d'accueil pendant les dix années précédentes, ou / b) sont mineurs, sauf si l'éloignement est nécessaire dans l'intérêt de l'enfant, comme prévu dans la convention des Nations unies sur les droits de l'enfant du 20 novembre 1989 ".

4. Si le requérant excipe de l'illégalité de l'arrêté du 11 avril 2023 du préfet du Nord en soutenant qu'il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement au motif que sa mère est de nationalité espagnole, il n'établit pas ni même n'allègue être à la charge de cette dernière par la seule production de sa carte d'identité espagnole, et au surplus, comme la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé le 8 novembre 2012 (aff. C-40/11 Yoshikazu Iida contre Stadt Ulm), le droit d'un ressortissant d'un pays tiers, membre de la famille d'un citoyen de l'Union ayant exercé son droit de libre circulation, de s'installer avec celui-ci au titre de la directive précitée, qui a été transposée à compter du 1er mars 2005, ne peut être invoqué que dans l'État membre d'accueil où réside ce citoyen. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de sa qualité de membre de la famille d'un ressortissant de l'Union pour contester, par la voie de l'exception, l'arrêté du 11 avril 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

5. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs qu'énoncés au point précédent, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 28 de la directive du 29 avril 2004 par l'arrêté attaqué doivent être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B est isolé sur le territoire français à l'exception d'un oncle et d'une sœur, dont la présence en France n'est pas établie, et avec lesquels il n'établit pas ni même n'allègue avoir des liens intenses et stables. En outre, il est célibataire et sans charge de famille, et sa présence en France est récente. Enfin, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement qu'il n'établit pas avoir exécuté. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué ne porte pas au droit de M. B de mener une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquelles il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 août 2023 du préfet de la Seine-Maritime doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2023.

La magistrate désignée,

Signé : T. BLANC

La greffière,

Signé : N. RIELLANT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. RIELLANT

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