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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2308560

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2308560

jeudi 24 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2308560
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCP DAGNEAU-BACHIMONT & DUQUESNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juin 2023 au greffe du tribunal administratif de Versailles et le 14 août 2023 au greffe du présent tribunal, M. D A ou M. B, détenu à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis puis retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représenté par Me Dagneau, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de circulation pour une durée de trois ans ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, représenté par Me Termeau, qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées le 23 août 2023.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 16 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Blanc, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-15 et suivants ainsi que les chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Blanc, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction, assortie le cas échéant d'une astreinte, tendant à enjoindre à l'autorité préfectorale de réexaminer la situation de M. A ou M. B ;

- et les observations de Me Dagneau, représentant M. A ou M. B assisté de Mme E, interprète assermentée en langue roumaine, qui conclut aux mêmes fins que la requête et soutient, en outre, que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que l'identité de M. A ou M. B n'est pas clairement établie eu égard au passeport qu'il produit au nom de M. C B, que sa concubine et ses trois enfants se trouvent en France, qu'il rencontre des difficultés pour les rapatrier et qu'il souhaite organiser le rapatriement de sa famille, et qu'il a fait l'objet d'une seule condamnation et de simples signalements ;

- M. A ou M. B, assisté de Mme E, interprète assermentée en langue roumaine, qui indique qu'il n'a pas d'observation ;

- et Me Jacquard, représentant le préfet de l'Essonne, absent, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés n'étant fondé dès lors que le requérant constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société eu égard à sa condamnation et aux signalements dont il a fait l'objet, que les faits sont graves, qu'il déclare être arrivé le 10 janvier 2023, que la mesure d'éloignement n'est pas disproportionnée, qu'il ne démontre pas de lien d'alliance ni même de relation avec sa concubine alléguée, ni de lien de filiation avec ses enfants allégués, la privation du délai de départ volontaire est justifiée par la menace qu'il représente, qu'il se présente sous neufs alias distincts, et qu'il n'a pas de garanties de représentation, que la décision portant interdiction de circulation pendant une durée de trois ans n'est pas disproportionnée et qu'aucun élément n'est apporté concernant la décision fixant le pays de renvoi.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 16h09.

Considérant ce qui suit :

1. M. A ou M. B, ressortissant roumain, déclare être né le 8 octobre 1980 à Urziceni (Roumanie) et être en France depuis le 10 janvier 2023. Par un jugement du tribunal correctionnel de Bobigny, il a été condamné le 16 février 2023 à dix mois d'emprisonnement pour menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique et rébellion. Par un arrêté du 7 juin 2023, notifié le 26 juin 2023, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de circulation pour une durée de trois ans. Par un arrêté du 29 juillet 2023, il a été placé en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, placement prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 31 juillet 2023. Par la présente requête, le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 7 juin 2023.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Le requérant a bénéficié à l'audience de l'assistance d'un avocat commis d'office. Il n'y a donc pas lieu de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. D'une part, concernant les dispositions communes aux citoyens européens, l'article L. 231-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Les citoyens de l'Union européenne ne sont pas tenus de détenir un titre de séjour. Toutefois, s'ils en font la demande, il leur en est délivré un. " et l'article L. 231-2 du même code prévoit que " Les citoyens de l'Union européenne qui souhaitent établir en France leur résidence habituelle se font enregistrer auprès du maire de leur commune de résidence dans les trois mois suivant leur arrivée. Ceux qui n'ont pas respecté cette obligation d'enregistrement sont réputés résider en France depuis moins de trois mois. ". Concernant le séjour de moins de trois mois des citoyens européens, l'alinéa premier de l'article 232-1 de ce code indique que " Tant qu'ils ne deviennent pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale mentionné par la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relatif au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres, les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille, tels que définis aux articles L. 200-4 et L. 200-5 et accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne, ont le droit de séjourner en France pour une durée maximale de trois mois, sans autre condition ou formalité que celles prévues pour l'entrée sur le territoire français. ". Enfin, relativement au séjour de plus de trois mois, l'article L. 233-1 du même code prévoit que " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. / Constitue un abus de droit le fait de renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire alors que les conditions requises pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ne sont pas remplies, ainsi que le séjour en France dans le but essentiel de bénéficier du système d'assistance sociale. / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. (). ". En application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence d'un citoyen de l'Union européenne autre que la France sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

5. En premier lieu, la décision querellée du 7 juin 2023 du préfet de l'Essonne mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment cite la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne des éléments de la situation personnelle de M. A ou M. B et indique que la décision prise ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressée, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision. En outre, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, pour justifier la mesure d'éloignement en litige, le préfet de l'Essonne retient que le comportement de l'intéressé constitue, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française au motif que l'intéressé a été condamné le 16 février 2023 par le tribunal correctionnel de Bobigny pour menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique et rébellion qu'il a, en outre, précédemment fait l'objet de signalements le 26 décembre 2010 pour conduite sous l'empire d'un état alcoolique supérieur à 80 centigrammes, le 29 août 2011 pour vols à la roulotte, le 17 juillet 2012 pour mise en danger de la vie d'autrui et refus d'obtempérer, le 7 juillet 2013 pour conduite sous l'empire d'un état alcoolique et dégradation de biens privés, le 15 août 2013 pour conduite sans permis et mise en danger de la vie d'autrui, le 24 août 2015 pour cambriolages de lieux d'habitation principale, le 10 octobre 2015 pour autres vols simples au préjudice des établissements publics ou privés, le 14 décembre 2015 pour vols à la roulotte et autres destructions et dégradations de biens, le 14 avril 2016 pour vol avec effraction, le 5 février 2019 pour recel de bien provenant d'un vol alors même qu'ils n'ont donné lieu à aucune condamnation ni même poursuite. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de ce que sa concubine, et ses trois enfants séjournent en France, il ne justifie d'aucune insertion professionnelle et ne justifie d'aucun lien suffisamment ancien, intense et stable en France, alors qu'il n'établit ni même n'allègue la régularité du séjour de sa compagne, de nationalité roumaine, ni être dépourvu d'attache dans son pays d'origine, où il a vécu l'essentiel de son existence et où résident les membres de sa famille. Eu égard à l'ensemble des éléments, le comportement de l'intéressé doit être analysé comme entrant dans les prévisions des dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. A ou M. B fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors que sa compagne et ses trois enfants se trouvent en France. Toutefois, rien ne s'oppose à la reconstitution hors de France de sa cellule familiale avec sa compagne, également roumaine, dont la régularité du séjour n'est ni alléguée ni établie, et ses trois enfants. En outre, M. A ou M. B ne justifie d'aucune insertion professionnelle. Ainsi le requérant ne justifie pas avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet de l'Essonne n'a davantage pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

9. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention susvisée relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Aucune circonstance n'empêche la cellule familiale de se reconstituer hors de France et les enfants de suivre une scolarité en Roumanie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance, par la décision attaquée, du paragraphe 1 de l'article 3 précité doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

11. Aux termes aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".

12. En premier lieu, la décision litigieuse mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, et notamment précise que le comportement de l'intéressé représente une menace réelle, et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française et que dès lors la condition d'urgence, de nature à permettre, en vertu de l'article L. 251-3 précité, de l'éloigner sans délai du territoire français était satisfaite. En outre, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision en litige et du défaut d'examen doivent être écartés comme manquant en fait.

13. En second lieu, si le requérant soutient qu'il a besoin de temps pour organiser le rapatriement de sa famille, eu égard à l'urgence qui résulte de ce qui a été dit au point 4 du présent jugement et compte tenu de ce qui a été dit aux points 4 et 6 du présent jugement, le préfet de l'Essonne a pu légalement lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. L'autorité préfectorale n'a davantage pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Aux termes de l'article L. 261-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 251-1 mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-4, à destination duquel les étrangers dont la situation est régie par le présent livre sont renvoyés en cas d'exécution d'office ". Aux termes de l'article L. 721-4 de ce code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible (). ".

15. En premier lieu, la décision querellée du 7 juin 2023 du préfet de l'Essonne mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment vise la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la circonstance que la mesure envisagée ne contrevient pas à l'article 3 de cette convention et que l'intéressé pourra être reconduit dans le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays où il est légalement admissible. En outre, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés comme manquant en fait.

16. En troisième lieu, M. A ou M. B ne fait valoir aucune menace personnelle dont il pourrait être l'objet en cas de retour dans son pays d'origine susceptible de faire obstacle à sa reconduite à destination de ce pays. Dans ces conditions, le préfet de l'Essonne ne peut être considéré comme ayant, à cet égard, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

17. En quatrième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de la convention internationale des droits de l'enfant sont inopérants à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel l'étranger sera renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement. En tout état de cause, ces moyens doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 6 et 8 du présent jugement.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

18. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inclus dans le livre II portant dispositions applicables aux citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° et 3°de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

19. En premier lieu, la décision attaquée, après avoir visé le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 251-4, mentionne que le comportement du requérant présente, du point de vue de l'ordre public, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour s'être rendu coupable de faits de menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique et rébellion, et indique qu'elle entre dans les cas où une interdiction de circulation peut être prononcée. En outre, il ne ressort ni des termes de ces arrêtés, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés comme manquant en fait.

20. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de sa situation personnelle ne peuvent qu'être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 6 et 8 du présent jugement.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A ou M. B tendant à l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 7 juin 2023, par lesquelles le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français sur le territoire français pendant une durée de trois ans doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A ou M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A ou M. C B, au préfet de l'Essonne et à Me Dagneau.

Lu en audience publique le 24 août 2023.

La magistrate désignée,

Signé : T. BLANC

La greffière,

Signé : N. RIELLANT

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. RIELLANT

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