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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2308707

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2308707

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2308707
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre, JU
Avocat requérantSELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 14 août 2023, enregistrée le 17 août 2023 au greffe du tribunal administratif de Melun, le président du tribunal administratif de Paris a, en vertu des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal la requête présentée par M. B A.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 6 août 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler en cas d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ou de la décision fixant le pays de destination, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son avocat sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

M. A soutient que :

- sa requête est recevable ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Réchard, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Réchard ;

- et les observations de Me Langagne, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Le préfet de police n'était ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 10h56.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 25 décembre 1989 à Alger (Algérie) a été interpellé et placé en garde à vue le 4 août 2023 pour des faits de vol commis le même jour. L'intéressé, qui avait été placé en détention provisoire le 6 août 2023 dans l'attente de son jugement, a été condamné pour ces faits par un jugement du tribunal correctionnel de Paris du 7 août 2023 à la peine de quatre mois d'emprisonnement et maintenu en détention. Par un arrêté du 5 août 2023 dont M. A demande l'annulation, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. Par un second arrêté du même jour, dont M. A demande également l'annulation, le préfet de police l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à M. C D, adjoint à la cheffe du bureau de lutte contre l'immigration irrégulière, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le premier alinéa de de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ". Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ". Aux termes de l'article L.613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et

L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, en cas de refus de délai de départ volontaire, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf circonstances humanitaires. La motivation de la durée de l'interdiction doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe la durée de sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

4. L'arrêté en litige vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment celles du 1° de son article L. 611-1 ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, sur lesquelles il se fonde. Par ailleurs, il relate les circonstances que M. A est dépourvu de tout document de voyage et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il existe un risque de soustraction à la mesure d'éloignement dès lors qu'il a été signalé le 4 août 2023 par les services de police pour des faits de vol simple et qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes. L'arrêté précise en outre que M. A, est célibataire et sans enfant et que la mesure ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, les décisions contenues dans l'arrêté du 5 août 2023 comportent une motivation en fait suffisante. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions critiquées doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire, sans enfant et déclare être entré en France seulement dix jours avant l'édiction de l'arrêté litigieux. L'intéressé qui ne produit aucune pièce aux débats, n'allègue ni n'établit par ailleurs disposer d'une quelconque insertion sur le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que les décisions en litige porteraient à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de la décision en litige que le préfet de police se serait dispensé de procéder à un examen de la situation de M. A préalablement à l'édiction de cette décision.

8. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Paris du 7 août 2023 pour des faits de vol à la peine de quatre mois d'emprisonnement et maintenu en détention. En tout état de cause, le préfet de police ne s'est pas fondé sur l'existence d'une menace à l'ordre public pour prononcer la mesure d'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de police a retenu à tort qu'il constituait une menace à l'ordre public ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6. du présent jugement, M. A, qui au demeurant n'apporte aucune précision au moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'il soulève, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire.

10. En second lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 8. du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public. En tout état de cause, pour fonder sa décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet de police a retenu les circonstances que l'intéressé était entré irrégulièrement sur le territoire français et n'avait pas sollicité de titre de séjour et qu'il ne présentait pas de garantie de représentation suffisantes. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le moyen propre à la décision fixant le pays de destination :

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. M. A, qui se borne à énoncer que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne verse aux débats aucune pièce à l'appui de son moyen et n'explique en rien en quoi sa santé ou sa vie serait menacée en cas de retour en Algérie. Par suite, le moyen doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 5 août 2023 par lesquels le préfet de police a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 24 mois. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles qu'il a présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Copie en sera adressé au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

La magistrate désignée,

J. RECHARD

La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au préfet de Police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. SCHILDER

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