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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2308938

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2308938

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2308938
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGARCIA & AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 août 2023, Mme B D G, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représentée par Me Garcia, demande au tribunal d'annuler les décisions du 27 août 2023 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office, l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de

douze mois et a procédé au signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Elle soutient que :

- les décisions litigieuses n'ont pas été prises par une autorité habilitée ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2023, le préfet des

Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 5 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Cyril Dayon, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15,

R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dayon ;

- les observations de Me Fresard, substituant Me Garcia, représentant Mme D G assistée de M. H, interprète assermenté en langue espagnole qui explique que Mme D G est arrivée le 6 août 2023 après une arrivée en Espagne quelques semaines auparavant, que M. J C l'a rejointe quelques jours après, qu'ils ont été interpellés alors qu'ils étaient présents depuis trois semaines en France ; elle rappelle que l'entrée en France n'était pas soumise à l'obtention d'un visa pour un séjour d'une durée inférieure à 90 jours puisque Mme D G est de nationalité paraguayenne et qu'elle est entrée sur le territoire de l'espace Schengen par l'Espagne, elle explique qu'elle n'a pas pu présenter de passeport attestant de son identité et de sa date d'entrée en France en raison d'un vol de ses documents d'identité, qu'elle s'est rendue à l'ambassade du Paraguay qui l'a invitée à procéder à une déclaration de perte auprès des services de la police française, qu'elle a tenu un discours cohérent et concordant à la suite de son arrestation. Elle explique que Mme D G n'a pas manifesté son refus d'exécuter la décision d'éloignement lors de son audition par la police nationale, contrairement à ce qu'indique l'arrêté attaqué, elle maintient le moyen d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision sur la situation de la requérante et le moyen tiré de la méconnaissance du droit au respect de sa vie privée et familiale ; elle invoque le moyen nouveau par voie d'exception, tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

- et les observations de Mme D G, assistée de M. H, interprète assermenté en langue espagnole qui explique être arrivée en Espagne à la fin du mois de juillet, avoir passé une semaine à Madrid puis être arrivée en France le 6 août 2023 avec une amie pour des raisons touristiques. Elle indique n'exercer aucune activité professionnelle, avoir un enfant né de son union avec M. I C, actuellement à la charge de sa sœur au Paraguay.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h22.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D G, ressortissante paraguayenne, née le 7 février 1998 à Caaguazú (Paraguay), est arrivée en France en provenance d'Espagne le 6 août 2023. Le

26 août 2023 Mme D G a été interpellée par la police nationale d'Asnières-sur-Seine. Par un arrêté du 27 août 2023, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et a procédé à un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par la présente requête, Mme D G, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions en litige ont été signées par M. A F, adjoint au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des

Hauts-de-Seine qui a reçu, par un arrêté n° 2023-49 du 30 juin 2023 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de l'État dans les Hauts-de-Seine le 30 juin 2023, une délégation à cette fin, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E, directrice des migrations et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme D G, dont les éléments sur lesquels le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation ne peuvent qu'être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Le droit d'être entendu préalablement à toute décision constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé par les stipulations précitées, fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D G a été interpellée par la police nationale d'Asnières-sur-Seine le 26 août 2023 et a été auditionnée par les services de celle-ci le même jour. Il ressort également des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition dressé par l'officier de police judiciaire ayant procédé à l'audition de Mme D G que l'intéressée a été informée de ce qu'elle était susceptible d'être renvoyée dans son pays d'origine, perspective que l'intéressée a d'ailleurs rejetée. En outre, il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier et n'est pas même soutenu que Mme D G aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'elle aurait été empêchée de présenter ses observations avant que ne soit pris l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41, paragraphe 2, de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'arrêté du 27 août 2023, que le Préfet des Hauts-de-Seine a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme D G avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code :

" Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; / 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 313-1 de ce même code : " En fonction de ses déclarations sur les motifs de son voyage, l'étranger dont le séjour ne présente pas un caractère familial ou privé présente selon les cas : / 1° Pour un séjour touristique, tout document de nature à établir l'objet et les conditions de ce séjour, notamment sa durée () ". Aux termes de l'article R. 313-2 de ce code : " Afin de justifier qu'il possède les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour, l'étranger qui sollicite son admission en France peut notamment présenter des espèces, des chèques de voyage, des chèques certifiés, des cartes de paiement à usage international ou des lettres de crédit. / La validité des justificatifs énumérés au premier alinéa est appréciée compte tenu des déclarations de l'intéressé relatives à la durée et à l'objet de son séjour ainsi que des pièces produites à l'appui de ces déclarations et, le cas échéant, de la durée de validité du visa ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme D G indique être arrivée sur le territoire français en provenance d'Espagne, Etat dont la convention bilatérale conclue avec le Paraguay la dispenserait de l'obligation d'obtention d'un visa prévue au 1° de l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point précédent. Il ressort toutefois des pièces du dossier et des observations orales prononcées au cours de l'audience publique qu'elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer la réalité et l'historique de ses déplacements. En outre, il ressort des pièces du dossier que si Mme D G a fait valoir au cours de l'audience publique être venue en France pour des raisons touristiques, la réalité de ce motif, qui n'a pas été indiqué lors de l'audition menée le 26 août 2023 par les services de la police nationale d'Asnières-sur-Seine, n'est pas démontré par la production de document relatif à l'objet et aux conditions de son séjour en France de nature à démontrer la réalité du séjour à caractère touristique évoqué au cours de l'audience publique. A ce titre, la circonstance tirée de ce que Mme D G se serait fait voler son passeport et aurait effectué une démarche infructueuse auprès de l'ambassade du Paraguay n'est pas démontrée par les pièces du dossier. Dans ces conditions, Mme D G n'est pas fondée à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en retenant qu'elle ne justifiait pas être entrée régulièrement sur le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme D G, née le 7 février 1998 au Paraguay, est entrée sur le territoire français, selon ses déclarations, le 6 août 2023 en provenance d'Espagne et s'est maintenue à compter de cette date sur le territoire national où elle ne justifie d'un lien d'une particulière intensité. Il ressort également des observations de Mme D G au cours de l'audience publique qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où réside son fils. Dans ces conditions, il y a lieu de considérer que la requérante ne démontre pas que la mesure d'éloignement est susceptible de porter atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la mesure est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

11. En huitième lieu, il résulte de ce qui a été dit que Mme D G n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposée serait entachée d'illégalité. Par suite, le moyen, invoqué par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D G tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 août 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office, l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois et a procédé au signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D G et au préfet des

Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 19 septembre 2023 à 15h44.

Le magistrat désigné,

Signé : C. DayonLa greffière,

Signé : O. Dusautois

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2308938

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