vendredi 6 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2309418 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LCA - LES CONSEILS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2320135 du 4 septembre 2023, la vice-présidente du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal administratif de Melun le dossier de la requête de M. B C.
Par une requête, enregistrée le 30 août 2023 au greffe du tribunal administratif de Paris et le 8 septembre 2023 sous le n° 2309418 par le greffe du tribunal administratif de Melun,
M. C, représenté par le cabinet LCA " Les conseils associés ", demande au président du tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2023 par lequel le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) de communiquer son dossier, incluant les documents originaux remis au centre de rétention administrative de Paris (passeport tunisien, titre de séjour italien) ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté en litige n'a pas été signé par une personne ayant reçu compétence pour ce faire.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'arrêté n'est pas motivé ;
- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen personnel ;
- la décision d'éloignement viole l'article 21 de la convention d'application des accords de Schengen ; il détenait un document valable permettant le franchissement de la frontière et des moyens de subsistance suffisants ;
- elle méconnait les articles L. 621-1 à L. 621-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet était tenu d'examiner s'il y avait lieu de le reconduire vers l'Italie ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de ses fortes attaches en Italie ; il ne représente pas une menace pour l'ordre public.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- la décision attaquée est entachée d'illégalité du fait de l'illégalité de la décision d'éloignement ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- la décision de refus de départ volontaire viole l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office :
- la décision attaquée est entachée d'illégalité du fait de l'illégalité de la décision d'éloignement ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il a de fortes attaches en Italie et dispose d'un emploi en France.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision d'interdiction de retour est entachée d'illégalité du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation ; en cas de signalement du profil de l'intéressé au système d'informations Schengen, ce dernier risque de se voir retirer son titre de séjour italien.
La requête a été communiquée au préfet des Yvelines, représenté par le cabinet Centaure Avocats, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces enregistrées le 4 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Delmas pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants,
R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delmas ;
- les observations de Me Fonteneau, représentant M. C, assisté de
Mme A, interprète en langue arabe, qui reprend les moyens et conclusions développés dans ses écritures, à l'exception du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions en litige qui est abandonné. Me Fonteneau soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée, que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et que l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'elle a pour effet d'interdire à son client l'accès au territoire Schengen alors que sa femme et ses enfants résident régulièrement en Italie. Elle informe le Tribunal de la production d'une prochaine note en délibéré afin de produire des pièces attestant de ce que son client séjourne de manière régulière en Italie et peut ainsi séjourner régulièrement en France ;
- les observations de M. C, assistée par Mme A, qui fait état de ce qu'il a un titre de séjour " illimité " en Italie, pays dans lequel il s'est marié avec une ressortissante italienne avec laquelle il a deux enfants ;
- et les observations de Me Dussaut, représentant du préfet des Yvelines, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé. Me Dussaut indique qu'aucune des pièces versées au débat ne constitue un titre de séjour délivré par l'Etat italien. Il précise que les pièces produites par le requérant ne sont que des documents administratifs établis par la commune de Florence.
Une note en délibéré pour M. C a été enregistrée le 28 septembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien né le 19 août 1986 à Gabès (Tunisie), est entré sur le territoire français en juin 2023 selon ses déclarations. M. C a été interpellé le
29 août 2023 pour des faits de violences volontaires commises avec arme sur une personne chargée d'une mission de service public, de dégradations volontaires d'un bien d'utilité publique et de refus de se soumettre aux vérifications tendant à établir un état alcoolique. Par un arrêté du 29 août 2023, le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du même jour,
M. C a été placé en rétention administrative. Par une ordonnance du
1er septembre 2023, le juge des libertés et de la détention a prononcé l'assignation à résidence du requérant. Par la requête susvisée, M. C demande l'annulation de cet arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, lui fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'interdisant de retour sur le territoire français.
Sur la communication du dossier du requérant :
2. M. C demande au Tribunal d'ordonner à l'administration de produire les pièces qu'il a remis au centre de rétention administrative de Paris et qui ont été identifiées dans le " bon d'écart " comme étant un passeport tunisien à son nom portant le n° I684381 et comme étant une carte de résident italien portant le n° I1333025A. Toutefois, il ressort du bordereau de pièces enregistré le 4 septembre 2023 que l'administration a communiqué une photocopie du passeport tunisien du requérant portant le n° I684381 valable du 18 février 2023 au
17 février 2028 ainsi qu'une photocopie d'un titre d'identité attestant que l'intéressé réside à Florence portant le n° I1333025A. Compte tenu de la concordance entre les pièces réclamée par le requérant et les pièces communiquées par le défendeur, il n'y a pas lieu d'ordonner à l'administration de produire les originaux des documents litigieux. Par suite, l'affaire est en état d'être jugée, et le principe du contradictoire a été respecté. Dès lors, il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. C détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En vertu de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans plusieurs cas, notamment lorsqu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire, qu'il s'y est irrégulièrement maintenu ou que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Une telle mesure peut également être décidée, selon l'article L. 611-2 du même code, à l'égard de l'étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne qui n'a pas respecté les conditions d'entrée prévues dans le règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du
9 mars 2016 ou qui, en provenance directe d'un Etat partie à la convention d'application de l'accord de Schengen signée le 19 juin 1990, ne justifie pas être entré sur le territoire français ou s'y être maintenu conformément aux stipulations de cette convention.
4. L'article L. 621-1 du même code dispose que : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7 () ". Aux termes de l'article L. 621-2 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009 ".
5. En application des dispositions précitées, et selon l'avis n° 371994 du
18 décembre 2013 du Conseil d'Etat, le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement de ces dispositions, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un Etat membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat.
6. En premier lieu, le premier alinéa de de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ". D'une part, M. C ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration à l'appui du moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse dès lors que la motivation des obligations de quitter le territoire français est explicitement prévue au
premier alinéa de l'article L. 613-1 précité. D'autre part, l'arrêté en litige mentionne que
M. C a déclaré être entré en France en 2011 sous couvert d'un titre de séjour italien et s'y est maintenu à l'expiration d'un délai de trois mois sans avoir accompli de démarche afin d'obtenir la délivrance d'un titre de séjour. Par ailleurs, cet arrêté indique que l'intéressé étant entré plus de trois mois sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour, sa situation doit être regardée comme entrant dans le champ d'application des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, l'arrêté en litige comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles la décision en litige se fonde. En outre, si M. C conteste le bien-fondé des éléments de motivation de l'arrêté en litige selon lesquels il serait entré en 2011 sur le territoire français alors qu'il prétend être entré en 2011 sur le territoire italien et en juin 2023 sur le territoire français, une telle contestation relève de la légalité interne de la décision contestée et non de sa légalité externe. Par suite, cette décision est suffisamment motivée en fait et en droit. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
7. En deuxième lieu, si M. C soutient bénéficier d'un titre de séjour italien d'une durée " illimitée " lui permettant de circuler, le document présenté est un document d'identité nationale établi par l'administration italienne qui n'a pour objet, en droit italien, que de certifier qu'une personne, dont la nationalité est mentionnée dessus, réside dans une commune de la République italienne. Ainsi, un tel document ne confère à son titulaire en aucun cas un droit au séjour ou à la circulation dans l'espace Schengen. De même, la circonstance, à la supposer établie, que son épouse et leurs deux enfants résident en Italie ne confère pas à
M. C un droit à être admis en Italie. De plus, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de M. C. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté comme manquant en fait.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée à Schengen le 19 juin 1990 : " 1. Les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par une des Parties Contractantes peuvent, sous le couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage, ces documents étant en cours de validité, circuler librement pendant une période de trois mois au maximum sur le territoire des autres Parties Contractantes, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a), c) et e), et qu'ils ne figurent pas sur la liste de signalement nationale de la Partie Contractante concernée. 2. 2. Le paragraphe 1 s'applique également aux étrangers titulaires d'une autorisation provisoire de séjour, délivrée par l'une des Parties Contractantes et d'un document de voyage délivré par cette Partie Contractante. () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré sur le territoire français muni d'un passeport tunisien valide. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, si la requérant verse au débat une pièce attestant de sa résidence dans la commune de Florence en Italie, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C serait titulaire d'un titre de séjour italien valide lui permettant de circuler librement pendant une période de trois mois sur le territoire des Etats parties à la convention d'application de l'accord de Convention signée à Schengen le 19 juin 1990 en application du paragraphe 1 de l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985. De même, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C serait titulaire d'une autorisation provisoire de séjour au sens du paragraphe 2 de l'article 21 de la convention précitée. Par suite, le préfet des Yvelines a pu obliger l'intéressé à quitter le territoire français sans entacher sa décision d'éloignement d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985.
10. En quatrième lieu, M. C soutient que le préfet des Yvelines aurait dû prendre à son encontre une décision de remise sur le fondement de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition établi le 29 août 2023 à 15h01 par l'officier de police judiciaire en fonction à Elancourt, que M. C aurait demandé à être éloigné vers la République italienne. D'autre part, et ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C serait titulaire d'un titre de séjour italien valide à la date de la décision en litige. Par suite, le préfet des Yvelines n'était pas tenu de solliciter les autorités italiennes en vue de réadmettre l'intéressé sur le fondement de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 621-1 à L. 621-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
11. En cinquième lieu, il ressort des énonciations de l'arrêté en litige que pour faire obligation à M. C de quitter le territoire français, le préfet des Yvelines a retenu un motif tiré de l'irrégularité de son séjour en France mais n'a pas retenu un motif tiré de ce que son comportement représenterait une menace pour l'ordre public. Par suite, si M. C soutient qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation judiciaire en relation avec des faits de violences volontaires commises avec arme sur une personne chargée d'une mission de service public et de dégradations volontaires d'un bien d'utilité publique à l'origine de son interpellation, cette circonstance est sans incidence sur l'appréciation portée par le préfet sur sa situation personnelle. En outre, la seule circonstance que l'intéressé se serait marié en Italie et qu'il aurait des enfants résidant dans ce pays ne suffit pas à établir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français le préfet des Yvelines aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 août 2023 par laquelle le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
13. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ". Enfin, l'article L. 613-2 du même code dispose " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.
15. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de M. C. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté comme manquant en fait.
16. En troisième lieu, pour refuser à M. C le bénéfice d'un délai de départ volontaire, le préfet des Yvelines, qui a estimé qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire dont elle a fait l'objet, s'est fondé sur les motifs tirés de ce que l'intéressé est en situation irrégulière sur le territoire français et n'a pas sollicité de titre de séjour, qu'il s'est maintenu sur le territoire français à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et qu'il a déclaré lors de son audition administrative ne pas envisager de retour en Tunisie.
17. D'une part, M. C fait valoir que le juge des libertés et de la détention a rejeté la demande de prolongation de sa rétention administrative et a substitué à cette mesure une mesure d'assignation à résidence au motif que l'intéressé présenterait des garanties de représentation. Toutefois, l'arrêté en litige ne se prononce pas sur l'existence de telles garanties. Par suite, cette considération est sans incidence sur la légalité de la décision en litige. D'autre part, M. C ne démontre pas qu'il dispose d'un droit de séjour sur le territoire français dès lors qu'il ne verse pas au débat un titre de séjour italien régulier, et qu'il ne produit pas de visa lui permettant d'entrer en France avec son passeport tunisien. Ainsi, l'intéressé n'établit pas être entré régulièrement en France. De plus, il est constant que l'intéressé n'a pas présenté de demande de titre de séjour avant son interpellation. Par suite, la circonstance, à la supposer établie, que M. C serait est entré en France en juin 2023 soit moins de trois mois avant l'intervention de la décision en litige, et non en 2011 comme le retient l'arrêté en litige, est sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Enfin, s'il ressort du
procès-verbal de l'audition administrative que M. C n'a pas explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, le risque de fuite doit cependant être regardé comme étant établi au sens des dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de ce que M. C, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il s'ensuit que le préfet des Yvelines a pu légalement, donc sans erreur de droit, lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
18. En quatrième lieu, eu égard à la durée du séjour allégué par M. C et aux conditions de ce séjour en France, ainsi qu'à la situation familiale de l'intéressé, en ne retenant pas de circonstances particulières de nature à renverser la présomption de risque de fuite posée par les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Yvelines n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
19. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 août 2023 par laquelle le préfet des Yvelines lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office :
18. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ".
19. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.
20. En second lieu, ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, le titre italien présenté n'a pour objet, en droit italien, que de certifier qu'une personne, dont la nationalité est mentionnée, réside à un endroit précis en République italienne, en l'espèce dans la commune de Florence, mais ne confère en aucun cas un droit au séjour ou à la circulation dans l'espace Schengen. Dans ces conditions, en présentant ce document qui ne pouvait laisser supposer que l'intéressé avait un droit au séjour en République italienne, l'autorité administrative n'avait pas à saisir les autorités de ce pays d'une information en ce sens. Par suite, à cet égard, le préfet des Yvelines n'a entaché la décision attaquée d'aucune erreur de droit ni d'aucune erreur d'appréciation.
21. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 août 2023 par laquelle le préfet des Yvelines lui a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
22. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles
L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
23. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant interdiction à M. C de retourner sur le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire et portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté
24. En second lieu, eu égard à la durée de séjour en France alléguée par M. C et aux conditions de ce séjour en France, ainsi qu'à la situation familiale de l'intéressé, en ne retenant pas de circonstances humanitaires justifiant qu'il ne prononce pas d'interdiction de retour à l'encontre du requérant, le préfet des Yvelines n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. Enfin, en fixant la durée de cette interdiction de retour sur le territoire français à un/ an, cette autorité n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation eu égard à ces mêmes considérations. De plus, le requérant n'établissant pas qu'il dispose d'un titre de séjour italien en vigueur, le moyen tiré de ce que le signalement de son profil au système d'informations Schengen entraînerait le retrait de ce titre ne peut qu'être écarté.
25. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 août 2023 par laquelle le préfet des Yvelines lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français.
26. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 août 2023 par lequel le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Yvelines.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 6 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
Signé : S. DelmasLa greffière,
Signé : O. Dusautois
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026