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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2309423

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2309423

lundi 9 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2309423
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET SYMCHOWICZ - WEISSBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Malik, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'arrêté du 13 juillet 2023 par lequel la maire de Bailly-Romainvilliers a prononcé le retrait de la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable déposée le 3 avril 2023 par le requérant ;

2°) d'ordonner la suspension de l'arrêté du 13 juillet 2023 par lequel la maire de Bailly-Romainvilliers a fait opposition à la déclaration préalable déposée le 15 juin 2023 par le requérant ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bailly-Romainvilliers une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les circonstances de l'espèce relèvent de la présomption d'urgence définie à l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ;

- les décisions contestées portent une atteinte grave et immédiate à sa situation puisqu'elles entraînent l'arrêt des travaux entamés, alors qu'il a pris des engagements auprès d'entrepreneurs qu'il doit rémunérer ;

- les deux décisions sont entachées d'un vice d'incompétence dès lors qu'elles ont été prises au nom de l'Etat alors que la commune est couverte par un plan local d'urbanisme intercommunal, en méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme ;

- ces décisions méconnaissent l'obligation de motivation définie par l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, dès lors qu'elle repose sur le caractère excessif de l'emprise au sol des constructions, alors que le PLUi n'inclut pas une annexe isolée dans son calcul ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'il résulte de la lecture combinée de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et des articles 7 et UBBR.9 du PLUi qu'une annexe isolée à l'habitation, définie comme ne disposant pas de communication intérieure avec celle-ci, n'entre pas dans le calcul de l'emprise au sol maximale des constructions ;

- le garage, attenant à son habitation principale mais isolé au sens de l'article 7 du PLUi, entre dans la définition de l'annexe figurant en fiche technique n° 13 du lexique national d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie puisque la procédure de retrait de la décision tacite de non-opposition a été mise en œuvre dès le 4 mai 2023, par conséquent le requérant était en mesure d'interrompre les travaux dès cette date ;

- M. B ne pouvait pas entamer les travaux d'extension et de surélévation de son garage avant l'obtention de l'autorisation d'urbanisme correspondante ;

- le maire de Bailly-Romainvilliers était compétent pour prendre les deux décisions en litige, dès lors que cette commune est incluse dans le périmètre de l'opération d'intérêt national de Marne-la-Vallée, en application des articles L. 422-2 et R. 422-1 du code de l'urbanisme, et alors que les travaux en litige n'entrent pas dans la liste des exceptions prévues à l'article R. 422-2 de ce code ;

- les décisions dont la suspension est demandée sont suffisamment motivées ;

- la requête est fondée sur une lecture erronée des dispositions du PLUi, dès lors que l'absence d'accès direct entre le bâtiment principal et un bâtiment secondaire, au sens de l'article 7 du PLUi et du lexique national d'urbanisme, permet de distinguer une annexe d'une extension, tandis que l'article UBBR9 de ce plan d'urbanisme, relatif au calcul de l'emprise au sol, exclut de ce calcul uniquement les annexes isolées des constructions existantes ;

- la création et l'extension d'un garage à moto de M. B doit entrer dans le calcul de l'emprise au sol, au sens de l'article UBBR9 du PLUi, dès lors que cette annexe est attenante à son habitation ;

- l'emprise au sol autorisée doit représenter 30% au maximum de la surface du terrain, soit 45,60 m2 dans le cas de M. B ; or, les plans joints à la déclaration préalable comportent une habitation de 44,63 m2 et un garage attenant de 24,34 m2, auquel il faut ajouter le garage à moto envisagé de 19,70 m2.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 29 septembre 2023 à 10h00 en présence de Mme Darnal, greffière d'audience, Mme Letort a lu son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. M. B, propriétaire d'une maison d'habitation sise 23 rue du Four sur le territoire de la commune de Bailly-Romainvilliers, a déposé le 3 avril 2023 une déclaration préalable de travaux relative à la construction d'un garage attenant à cette maison. Une décision tacite de non-opposition est née du silence gardé par l'administration pendant un mois. Le 15 juin suivant, M. B a déposé une nouvelle déclaration préalable afin de compléter son projet de travaux. Par deux arrêtés du 13 juillet 2023, la maire de la commune de Bailly-Romainvilliers, agissant au nom de l'Etat en vertu des dispositions de l'article L. 422-2 du code de l'urbanisme, a, d'une part, retiré la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable en date du 3 avril 2023, et d'autre part, fait opposition à la déclaration préalable du 15 juin 2023.

Sur l'urgence :

3. Il résulte des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'une décision de retrait d'une autorisation d'urbanisme tacite, d'apprécier l'urgence à la date à laquelle il se prononce, compte tenu de l'incidence immédiate d'une telle décision sur la situation concrète de l'intéressé.

4. Si la requête présentée par M. B n'entre pas dans le champ d'application de la présomption d'urgence définie à l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme, qui n'inclut pas les décisions refusant ou retirant une autorisation d'urbanisme, en revanche, le requérant soutient sans être contesté avoir engagé les travaux en litige et être tenu de respecter ses engagements auprès des entreprises intervenant sur le chantier. Au regard des conséquences financières des décisions en litige, au cas d'espèce, la condition tenant à l'urgence doit être regardée comme remplie.

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige :

5. Aux termes de l'article L. 424-4 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ". Selon l'article 7 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal : " Les annexes à l'habitation sont situées sur une même unité foncière que le bâtiment principal, mais sont sans communication intérieure avec celui-ci. Dans le cas contraire, il s'agit d'une extension () ". L'article UBBR.9 du même règlement dispose que : " L'emprise au sol maximale des constructions ne doit pas excéder 30% de la superficie de la propriété. Ne sont pas comptabilisées dans l'emprise au sol les annexes isolées () ".

6. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'aucun de ces moyens n'est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des deux arrêtés pris le 13 juillet 2023 par la maire de Bailly-Romainvilliers.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la commune de Bailly-Romainvilliers.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

La juge des référés, La greffière,

Signé : C. Letort Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2309423

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