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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2309572

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2309572

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2309572
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFRESARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 15 septembre 2023 enregistrée le même jour, le tribunal administratif de Montreuil a transmis la requête de M. B A au tribunal administratif de Melun.

Par cette requête enregistrée le 8 septembre 2023, M. A, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle méconnaît l'article L. 511-1-II alinéa 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne démontre pas que le risque de fuite est établi.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, lequel a communiqué des pièces enregistrées les 19 et 20 septembre 2023.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 19 septembre 2023.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, le préfet de la

Seine-Saint-Denis, représenté par le cabinet Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que :

- la requête est irrecevable en ce qu'elle est dirigée contre un arrêté du 7 septembre 2023 qui n'existe pas, dès lors que M. A a été placé en rétention sur le fondement d'une obligation de quitter le territoire français émise à son encontre par le préfet de police de Paris le 23 décembre 2022 ;

- la requête est tardive en ce qu'elle est dirigée contre l'obligation de quitter le territoire français émise à son encontre par le préfet de police de Paris le 23 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Dumas pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dumas,

- les observations de Me Fresard-Sebti, avocat commis d'office représentant M. A, qui abandonne les conclusions à fin d'annulation en tant qu'elles sont dirigées contre l'arrêté du

7 septembre 2023 et les redirige contre l'arrêté du préfet de police de Paris en date du

23 décembre 2022 obligeant M. A à quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de renvoi, en reprenant les mêmes moyens que ceux soulevés dans la requête initiale ;

- et les observations de M. A, entendu en français, langue qu'il comprend et dans laquelle il s'exprime.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, né le 10 avril 2001 à Monastir (Tunisie) serait entré en France en août 2021 d'après ses déclarations. Par un premier arrêté en date du 23 décembre 2022, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné. Le 5 septembre 2023, il a été interpellé au Raincy par les services de police et placé en garde à vue le même jour suite à un signalement pour violences conjugales. Par un second arrêté du 7 septembre 2023, pris au visa de l'arrêté du 23 décembre 2022, le préfet de la

Seine-Saint-Denis l'a placé en rétention administrative. Par la présente requête, M. A, transféré entre-temps au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement, demande à titre principal, dans le dernier état de ses conclusions, l'annulation du premier arrêté du 23 décembre 2022.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. M. A a bénéficié à l'audience de l'assistance d'un avocat commis d'office. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans le cadre de la présente instance.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense tirée de la tardiveté de la requête :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 614-7 du même code : " Les dispositions de la présente section sont applicables lorsque l'étranger fait l'objet d'une d'assignation à résidence en application de l'article L. 731-1 ou d'un placement en rétention en application de l'article L. 741-1, y compris lorsque ces décisions interviennent en cours d'instance ". Aux termes de l'article L. 614-8 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article

L. 731-1 ou une décision de placement en rétention prise en application de l'article L. 741-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures ". Aux termes, enfin, du II de l'article R. 776-4 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le délai de recours contentieux contre les décisions mentionnées à l'article R. 776-1 en cas de placement en rétention administrative ou d'assignation à résidence en application des articles L. 731-1 ou L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de quarante-huit heures. Ce délai court à compter de la notification de la décision par voie administrative ".

5. D'autre part, aux termes, enfin, de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

6. Par un arrêté du 23 décembre 2022, le préfet de police de Paris a obligé M. A à quitter sans délai le territoire français et fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné. Il ressort des pièces du dossier que cet arrêté a été notifié par voie administrative à son destinataire le jour même de son édiction, à 18h45, et que sa notification mentionnait les voies et délais de recours ouverts contre lui. Or, la requête de M. A, placé depuis le 7 septembre 2023 au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 en vue de l'exécution de cette mesure d'éloignement, tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 décembre 2022, n'a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil que le 8 septembre 2023, soit plus de quarante-huit heures après sa notification et donc après l'expiration du délai de recours contentieux prévu au premier alinéa de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la requête de M. A est tardive et la fin de non-recevoir soulevée en défense doit être accueillie. Par suite, les conclusions à fin d'annulation, ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions accessoires présentées à fin d'injonction, sont irrecevables et doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre fin de non-recevoir soulevée en défense.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à M. A la somme que celui-ci lui demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : M. DumasLa greffière,

Signé : O. Dusautois

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°230957

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