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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2309748

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2309748

mercredi 20 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2309748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre DALO 14

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 septembre 2023, Mme B F demande au tribunal d'annuler la décision du 25 août 2022 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente.

Elle soutient que :

- elle n'a eu connaissance de la décision attaquée que le 6 septembre 2023 ;

- sa situation relève bien de l'urgence car elle est hébergée dans un foyer temporaire depuis plus de 18 mois et satisfait à l'un des critères définis à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation ;

- c'est à tort que la commission de médiation a estimé qu'elle pouvait accéder à un logement par ses propres moyens dès lors qu'elle réside dans un logement de transition depuis près de 36 mois, que les responsables de la résidence ont accepté d'étendre son séjour parce qu'elle ne trouvait pas de logement faute de revenus suffisants ;

- elle a déposé plusieurs demandes de logements auprès de bailleurs privés et de particuliers mais n'a essuyé que des refus.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2024 la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- l'urgence n'est pas démontrée, la requérante ayant refusé une proposition de logement social pour un logement de type T2 le 28 février 2024 ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. E, premier vice-président, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. E, les parties n'y étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne un recours amiable enregistré le 17 mai 2022 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation.

La commission de médiation a rejeté son recours par une décision du 25 août 2022 dont Mme F demande l'annulation.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète du Val-de-Marne tirée de la tardiveté de la requête :

2. S'il est constant que la décision précitée comportait les voies et délais de recours, la préfète ne justifie pas avoir notifié la décision à Mme A C le 16 septembre 2022. Par suite, le délai de recours contentieux prévu par l'article R. 421-1 du code de justice administrative ne saurait être regardé comme ayant commencé à courir. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de ce que le délai de recours contentieux était expiré le 20 septembre 2023, date d'enregistrement de la requête de Mme F, doit être écartée.

Sur le cadre juridique applicable :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant [] est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Cet article L. 441-2-3 prévoit : " (). II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de

l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. /(). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement, ainsi que, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires. /(). Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. Elle peut faire toute proposition d'orientation des demandes qu'elle ne juge pas prioritaires. /() ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; - être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; - avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; - être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 ; - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus ".

5. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. La commission de médiation dispose du pouvoir de procéder, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à un examen global de la situation du demandeur, sans être limitée par le motif invoqué dans la demande, afin de vérifier s'il se trouve dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence. En conséquence, le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur un autre fondement que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

6. Pour rejeter la demande de logement présentée par Mme F, la commission de médiation du Val-de-Marne a estimé que si l'intéressée était en logement de transition depuis plus de 18 mois, elle était en mesure d'accéder à un logement par

ses propres moyens.

7. L'annexe I à l'arrêté du 29 juillet 1987 relatif aux plafonds de ressources des bénéficiaires de la législation sur les habitations à loyer modéré et des nouvelles aides de l'Etat en secteur locatif, pris pour l'application des dispositions de l'article R. 441-1 du code de la construction et de l'habitation, a fixé à la somme de 24 116 euros, au titre de l'année 2021, et à la somme de 24 316 euros, au titre de l'année 2022, le plafond de ressources en-dessous duquel une personne seule (catégorie 1) est éligible à un logement locatif social en Ile-de-France.

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment des avis d'imposition 2021 et 2022 versés au débat par Mme F, que cette dernière disposait d'un revenu annuel de 15 345 euros en 2020 et de 15 673 euros en 2021. Ainsi, les revenus de Mme F n'excédaient pas le plafond d'accès à un logement locatif social pour un ménage composé d'une personne seule. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la requérante a versé ses bulletins de salaire du premier trimestre 2022 dont il ressort qu'elle percevait, pour le salaire le plus élevé, un salaire net de 1 608 euros par mois, conduisant à estimer son revenu annuel comme inférieur à 19 296 euros pour l'année 2022. Ainsi, ce revenu demeure inférieur au plafond de ressources mentionné au point précédent pour une seule personne. Dans ces conditions, en refusant, pour le motif précité, de reconnaître la demande de logement

de Mme F comme étant prioritaire et urgente, la commission a fait une inexacte application des dispositions précitées.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler la décision attaquée

du 25 août 2022.

D E C I D E :

Article 1er: La décision du 25 août 2022 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne est annulée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F, au préfet

du Val-de-Marne et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

O. E

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2309748

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