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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2310033

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2310033

lundi 2 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2310033
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMOULA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 25 et 29 septembre 2023, M. E F, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier.

M. F soutient que les décisions litigieuses :

- sont entachées d'incompétence ;

- sont insuffisamment motivées ;

- sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- sont entachées d'une erreur de droit ;

- ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés respectivement les 2 octobre et 27 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. F n'est fondé.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 29 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction tendant à enjoindre à l'autorité préfectorale de réexaminer la situation de M. F et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

- les observations de Me Moula, représentant M. F assisté de M. C, interprète assermenté en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de Mme B D, éducatrice à l'Unité éducative en milieu ouvert de Drancy ;

- et les observations de M. F, assisté de M. C, interprète assermenté en langue arabe, qui indique que personne ne l'a prévenu du risque de devoir quitter la France.

Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h00.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant algérien, né le 6 août 2005 à Alger (République algérienne démocratique et populaire), est entré en France depuis deux ans et demi selon ses déclarations. L'intéressé a été condamné le 11 avril 2023 par le tribunal pour enfants de A à une peine d'un an d'emprisonnement pour des faits d'usage de manière illicite de certains produits stupéfiants, de violences volontaires sur personnes dépositaires de l'autorité publique et résistance à personnes dépositaires de l'autorité publique, a prononcé une mesure éducative judiciaire d'une durée de deux ans confiée à l'unité éducative en milieu ouvert (U.E.M.O) de Drancy composée d'un module de santé et d'un module de placement auprès du service de l'aide sociale à l'enfance de la Seine-Saint-Denis. L'intéressé a été interpellé le 22 septembre 2023 et placé en garde à vue pour des faits de détention de produits revêtus d'une marque contrefaite et de détention illicite de substance, plante, préparation ou médicament inscrit sur les listes I et II ou classée comme psychotrope. Par arrêté du 23 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée d'un an. Par arrêté du même jour, la même autorité l'a placé en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, placement prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de A du 26 septembre 2023 contre laquelle l'appel a été déclaré irrecevable par une ordonnance de la cour d'appel de Paris du 29 septembre. M. F demande au tribunal d'annuler le premier arrêté du 23 septembre 2023.

Sur la communication du dossier administratif du requérant :

2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'est substitué au quatrième alinéa du III de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile depuis le 1er mai 2021 soit antérieurement à l'arrêté attaqué : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. F détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). ". Le premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. F justifie être entré mineur en France où il a fait l'objet d'un placement au service de l'aide sociale à l'enfance jusqu'en avril 2025 par un jugement du tribunal pour enfants du 11 avril 2023 avec notamment un module de soin obligatoire. Il ressort des pièces du dossier qu'il est effectivement suivi régulièrement par l'unité éducative en milieu ouvert de Drancy relevant de la protection judiciaire de la jeunesse. Par ailleurs, les faits pour lesquels il a été placé en garde à vue ainsi qu'il a été dit au point 1 ont fait l'objet d'un classement 55 c'est-à-dire d'un classement sans suite par le Parquet. À l'audience, Mme D, éducatrice à l'Unité éducative en milieu ouvert de Drancy, dont l'identité et l'ordre de mission ont été publiquement vérifiés à l'audience, a expliqué que le suivi est en cours et régulier et précise que le suivi judicaire est prévu jusqu'en avril 2025 et que se met en place actuellement le programme dédié au suivi pour soin, à la couverture maladie universelle (CMU), au parcours d'exil ainsi qu'au logement en vue de sa régularisation au regard du droit au séjour et de son insertion. Elle ajoute que des examens médicaux sont programmés à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, relevant de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris. Dans les conditions particulières de l'espèce, notamment eu égard au parcours compliqué et au suivi rapproché fait par l'Unité éducative en milieu ouvert de Drancy sous le contrôle du juge pour enfants, en prenant à l'encontre de M. F une obligation de quitter le territoire français, le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. F est fondé à demander l'annulation de la décision du 23 septembre 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des autres décisions attaquées, privées de base légale, par lesquelles cette autorité lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée d'un an.

Sur les injonctions :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles () L. 741-1 (), et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.

7. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet du Val-d'Oise réexamine la situation de M. F et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

8. En deuxième lieu, eu égard aux termes de l'article L. 614-16 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique nécessairement qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance dont M. F fait l'objet à la date de la notification du dispositif c'est-à-dire à la date de l'audience.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".

10. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. F, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.

11. Enfin, les annulations prononcées n'impliquent aucune autre injonction.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 23 septembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a obligé M. E F à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. E F dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. E F dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 23 septembre 2023 ci-dessus annulée.

Article 4 : Il est mis fin aux mesures de surveillance dont fait l'objet M. E F.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E F est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. E F et au préfet du Val-d'Oise.

Copie en sera adressé à Mme la responsable de l'Unité éducative en milieu ouvert de Drancy.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 2 octobre 2023 à 15h45.

Le magistrat désigné,

Signé : G. Girard-RatrenaharimangaLa greffière,

Signé : O. Dusautois

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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