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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2310123

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2310123

lundi 9 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2310123
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSTEPHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2023, M. B A, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 août 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

M. A soutient que la décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- est illégale du fait que le préfet n'a pas pris en compte ses observations ;

- viole l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 3 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- les observations de Me Gomes Goncalves, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens tout en abandonnant le moyen tiré de l'incompétence ;

- et M. A qui indique souhaiter être libéré pour quitter au plus vite la France et rejoindre l'Espagne ou l'Italie où réside sa tante.

Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 13h50.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant gabonais, né le 6 janvier 2001 à Dakar (République du Sénégal) ou à Libreville (République gabonaise), a été condamné le 6 mars 2019 par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de six mois d'emprisonnement dont trois avec sursis pour des faits d'offre, de transport, de détention et d'acquisition non autorisés de stupéfiants ainsi qu'à la peine complémentaire d'interdiction de séjour pour une durée de deux ans puis le 21 février 2022 par le tribunal judiciaire de Paris à une peine de quatre ans d'emprisonnement pour des faits de détention, acquisition, transport et offre ou cession non autorisés de stupéfiants, en récidive, ainsi qu'à la peine complémentaire d'interdiction définitive du territoire français. Par un arrêt du 30 juin 2022, la cour d'appel de Paris a pris acte de son désistement sur la culpabilité, a confirmé la peine d'emprisonnement de quatre ans, a totalement révoqué le sursis simple assortissant la peine de six mois d'emprisonnement prononcée le 6 mars 2019 par le tribunal correctionnel de Paris et a confirmé la peine complémentaire d'interdiction définitive du territoire français. Il a été écroué à la maison d'arrêt d'Osny-Pontoise d'où il a été libéré pour fin de peine le 26 septembre 2023. Pour l'exécution de cette interdiction judiciaire du territoire français, par arrêté du 29 août 2023 notifié le 26 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a fixé le pays à destination duquel M. A pourra être éloigné d'office. Par arrêté du 26 septembre 2023, la même autorité l'a placé en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, placement prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 28 suivant contre laquelle l'appel a été déclaré irrecevable par une ordonnance de la cour d'appel de Paris du 30 suivant. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 29 août 2023.

2. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (). ". L'article L. 721-4 du même code prévoit que " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

3. En vertu du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal, l'interdiction du territoire français prononcée, comme en l'espèce, contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit " entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou sa réclusion ". Aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de cette peine complémentaire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution. Et l'obligation pour l'intéressé de quitter le territoire français résulte nécessairement, dans ce cas, de la décision du juge pénal et non de la décision distincte du préfet qui fixe le pays de renvoi.

4. En premier lieu, l'arrêté du 29 août 2023 du préfet du Val-d'Oise mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment vise la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la circonstance que la mesure envisagée ne contrevient pas à l'article 3 de cette convention, que l'intéressé fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire et que ce dernier pourra être reconduit dans le pays dont il a la nationalité. En outre, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, il résulte de la lecture combinée des dispositions citées aux points 2 et 3que la mesure d'éloignement est la conséquence nécessaire de l'interdiction du territoire français prononcée par le juge pénal à l'encontre du requérant, qui emporte de plein droit cette mesure. Il est constant que la décision attaquée a été prise en vue de l'exécution de l'arrêt du 30 juin 2022 par lequel la cour d'appel de Paris a condamné M. A à une interdiction définitive du territoire français. Dans ces conditions, la reconduite à la frontière du requérant est la conséquence nécessaire de l'interdiction du territoire français prononcée par le juge pénal à son encontre, qui emporte de plein droit cette mesure. Il s'ensuit que le préfet du Val-d'Oise qui s'est borné à tirer les conséquences de l'interdiction prononcée par le juge judiciaire était dès lors en situation de compétence liée pour procéder à l'éloignement de M. A et pour fixer le pays de destination de cette mesure. Il s'ensuit que les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation qu'emporte la décision sur la situation personnelle de l'intéressé et de l'erreur de droit qui en résulte ne peuvent être utilement invoqués à l'encontre de cette dernière décision.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Cette garantie procédurale ne peut être écartée que dans les cas énumérés aux 1° à 4° de l'article L. 121-2, et en particulier " en cas d'urgence " ou " lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ". Selon l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-1 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ". La décision fixant le pays à destination duquel un étranger doit être éloigné en vue de l'exécution d'une mesure judiciaire d'interdiction du territoire français constitue une mesure de police qui est soumise aux dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, en l'absence d'une procédure contradictoire particulière prévue avant l'édiction d'une telle décision.

7. M. A soutient que l'autorité préfectorale n'a pas pris en compte ses observations. D'une part, en précisant que l'autorité préfectorale n'a pas pris en compte ses observations, l'intéressé reconnaît avoir bénéficier du principe du contradictoire, au demeurant attesté par les pièces du dossier. D'autre part, il ne précise pas quelles sont les observations qui n'ont pas été prises en compte par l'autorité préfectorale ne mettant ainsi pas le juge en état d'apprécier son moyen, et alors même que l'intéressé a simplement répondu " oui " sur la lettre du préfet du 28 août 2023, notifiée le lendemain et portant sa signature, après les mots : " Je formule les observations suivantes : ". Ce moyen ne peut donc qu'être rejeté.

8. En quatrième lieu, si M. A soutient que la décision en litige méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui précise que " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ", il n'apporte aucun élément en ce sens alors même que sur la fiche de renseignements, signée par lui dans réserve, établit alors qu'il était encore détenu à la maison d'arrêt d'Osny-Pontoise, il ne fait état d'aucun risque. Par ailleurs, si à l'audience il indique avoir fait part de craintes en cas de retour dans son pays d'origine qu'il " fui " selon les termes de l'arrêt de la cour d'appel, force est de constater qu'il n'explique pas les motifs de ladite fuite. En outre, ainsi que cela ressort des termes de ce même arrêt, il a, à plusieurs reprises durant la procédure judiciaire, modifier le pays dont il déclare avoir la nationalité ce qui rend encore moins crédible un quelque risque dans son véritable pays d'origine. Dans ces conditions, et compte tenu de ce qui a été dit au point 7, M. A ne peut être considéré comme encourant un risque personnel et actuel en cas de retour soit en République gabonaise soit en République du Sénégal. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. Enfin, il ressort de ce qui vient d'être dit et de l'ensemble du dossier que le préfet du Val-d'Oise pouvait légalement, donc sans erreur de droit, fixer le pays à destination duquel M. A pourra être éloigné en application de l'interdiction judiciaire définitive du territoire français dont il fait l'objet.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 août 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Lu en audience publique le 9 octobre 2023 à 14h05.

Le magistrat désigné,

Signé : G. Girard-Ratrenaharimanga

La greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant

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