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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2310221

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2310221

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2310221
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSERRE et BOULEBSOL AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une communication de pièces complémentaires, enregistrées le

29 septembre et le 9 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Desenlis, doit être entendu comme demandant au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de la décision du 21 septembre 2023 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de contrat jeune majeur, présentée le 27 juillet 2023 ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de réexaminer sa demande de renouvellement de contrat jeune majeur, dans le délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui procurer, dans un délai de 48h, une solution d'hébergement et une prise en charge de ses besoins alimentaires, sanitaires et médicaux, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de lui accorder un nouveau contrat jeune majeur le place dans une situation extrêmement préoccupante dès lors qu'il est isolé et ne dispose d'une place ni dans un foyer de jeunes travailleurs, ni en SIAO ;

- l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, dans sa version applicable depuis l'entrée en vigueur de la loi du 7 février 2022, crée un droit à une nouvelle prise en charge pour les jeunes majeurs âgés de moins de 21 ans ayant été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité ;

- l'interruption de la prise en charge dont il a bénéficié dans sa minorité réduirait à néant tous les efforts fournis pour son insertion et son autonomisation ;

- il est en demande d'accompagnement pour des démarches administratives qu'il ne parvient pas à effectuer seul.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023, le département de

Seine-et-Marne, représenté par Me Boulebsol, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête présentée par M. A ne constitue pas un référé-suspension mais un référé-liberté, puisqu'elle vise l'article L. 521-2 du code de justice administrative, par conséquent le requérant doit justifier d'une urgence particulière ;

- désormais majeur, M. A a obtenu la nationalité française, il travaille sous contrat à durée indéterminée en qualité de préparateur vendeur en boulangerie et une demande de place en foyer de jeune travailleur a été présentée ;

- un hébergement en auberge de jeunesse a été proposé au requérant, qu'il a refusé ;

- l'obligation de prendre en charge un jeune majeur, posée par l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, est limitée aux hypothèses dans lesquelles le jeune majeur ne dispose pas de ressources suffisantes ni soutien familial suffisant, ce qui n'est ici pas démontré.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 10 octobre 2023 à 10h00 en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort ;

- les observations de Me Desenlis, représentant M. A, qui soutient en outre qu'il souhaite bénéficier d'un nouveau contrat jeune majeur jusqu'à ce qu'un hébergement lui soit trouvé en foyer jeune travailleur, et que le fait qu'il n'ait pas eu conscience d'avoir obtenu la nationalité française démontre son besoin d'être encore accompagné dans ses démarches ;

- et les observations de Me Boulebsol, représentant le département de

Seine-et-Marne, qui fait valoir en outre que la situation de M. A n'entre pas dans la définition de l'urgence particulière dès lors notamment qu'il a refusé un hébergement en auberge de jeunesse et qu'il dispose d'un salaire mensuel d'environ 1 247 euros par mois, et qu'il ne démontre pas le caractère insuffisant de ses ressources, alors qu'il dispose par ailleurs d'une épargne de plus de 10 000 euros.

Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées, à titre principal, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

2. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1, L. 521-2 et

L. 521-4 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 de ce code et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent en principe présenter un caractère provisoire, sauf lorsqu'aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte.

3. Aux termes de l'article L. 111-2 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes de nationalité étrangère bénéficient dans les conditions propres à chacune de ces prestations : / 1° Des prestations d'aide sociale à l'enfance ; () ". Selon l'article L. 221-1 du même code : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes: 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Enfin, l'article L. 222-5 de ce code dispose

que : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental: () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt-et-un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article ".

4. Il résulte des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, qui a modifié cet article sur ce point, les jeunes majeurs de moins de vingt-et-un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.

5. Une carence caractérisée dans l'accomplissement par le président du conseil départemental des missions fixées par les dispositions rappelées aux points précédents, notamment dans les modalités de prise en charge des besoins du mineur ou du jeune majeur relevant de l'aide sociale à l'enfance, lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour l'intéressé, est de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

6. Il résulte de l'instruction que M. A, ressortissant afghan né le 2 octobre 2005 à Dasht-E Kabar (Afghanistan), a été pris en charge le 14 octobre 2019 par le service de l'aide sociale à l'enfance du département de Seine-et-Marne. Par une décision du

21 septembre 2023, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a rejeté la demande présentée par M. A de bénéficier d'un nouveau contrat jeune majeur.

7. Pour justifier d'une urgence particulière au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, M. A soutient que sa situation est extrêmement préoccupante dès lors qu'il ne dispose ni d'une place en foyer jeunes travailleurs, ni d'une place en SIAO, et qu'il est seul sur le territoire français. Toutefois, il ressort des termes de la note d'information établie par l'association Empreintes par laquelle il était hébergé, qu'en conséquence de la décision de rejet de sa demande de contrat jeune majeur, le requérant s'est vu proposer une solution d'hébergement provisoire au sein de l'auberge de jeunesse Rose située à Noisiel, que M. A a déclinée. Ainsi, alors que le requérant a signé le 13 septembre 2023 un contrat à durée indéterminée pour un emploi de vendeur à temps partiel avec la société Nimel, qu'il a obtenu la nationalité française depuis le 22 septembre 2023 et qu'une demande de place dans un foyer jeunes travailleurs a été présentée en son nom, dans les circonstances particulières de l'espèce, M. A n'établit pas que la décision du département de Seine-et-Marne du 21 septembre 2023 l'aurait placé dans une situation caractérisant une urgence particulière au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'atteinte grave et immédiate portée à une liberté fondamentale, que les conclusions de M. A présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées, à titre subsidiaire, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

9. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

10. Il résulte des dispositions du titre II du livre V du code de justice administrative, et notamment des articles L. 521-1, L. 521-2, L. 523-1 et R. 522-5, que les demandes formées devant le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 sont présentées, instruites, jugées et, le cas échéant, susceptibles de recours selon des règles distinctes de celles applicables aux demandes présentées sur le fondement de l'article L. 521-2. Par suite, elles ne peuvent pas être présentées simultanément dans une même requête. Si, en intitulant sa requête " référé-suspension " et en justifiant de la réception du recours administratif préalable obligatoire par le département de Seine-et-Marne, M. A doit être entendu comme ayant présenté à titre subsidiaire des conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de telles conclusions, en ce qu'elles ne peuvent pas être présentées en même temps que celles fondées sur l'article L. 521-2 du même code, sont irrecevables.

Sur les frais de justice :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le département de Seine-et-Marne, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au département de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

La juge des référés,

Signé : C. LetortLa greffière,

Signé : O. Dusautois

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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