mardi 24 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2310659 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LE GOFF CARINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire non communiqué, enregistrés le 6 octobre 2023 et le 28 mai 2025, Mme D C, représentée par Me Le Goff, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 30 août 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois, à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Héloïse Mathon, conseillère,
- et les observations de Me Le Goff, avocate de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C, ressortissante de la République démocratique du Congo, se maintenant en situation irrégulière sur le territoire français, a sollicité l'octroi d'une carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en se prévalant de son intégration professionnelle. Par un arrêté du 30 août 2023, dont Mme C demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Par un arrêté n° 2023/02588 du 17 juillet 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète du Val-de-Marne a donné à Mme B A, sous-préfète de l'Haÿ-les-Roses, délégation à l'effet de signer les " décisions () relevant des attributions de l'Etat dans l'arrondissement de l'Haÿ-les-Roses ", à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de ce moyen, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente.
Sur la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes applicables et mentionne des éléments relatifs à la situation personnelle et professionnelle de M. C. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant refus de séjour au sens des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa recevabilité, ce moyen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile constituent des dispositions spéciales régissant le traitement par l'administration des demandes de titres de séjour, en particulier les demandes incomplètes, que le préfet peut refuser d'enregistrer. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa recevabilité, le moyen tiré de ce que la procédure prévue à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration est applicable à ces demandes doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne se soit abstenue de procéder à un examen particulier de la situation de la requérante avant de prendre la décision en litige.
6. En quatrième lieu, si Mme C soutient que la décision de refus de séjour en litige méconnaît les dispositions des articles L. 421-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'intéressée ait formulé une demande de titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
8. La requérante se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis six ans et de son insertion professionnelle. Toutefois, Mme C se prévaut seulement de ce qu'elle a travaillé entre les mois de février à octobre 2022 et d'une demande d'autorisation de conclure un contrat à durée indéterminée établie par le même employeur en mars 2023. En outre, il ressort des termes de la décision attaquée que pour rejeter la demande de Mme C, la préfète du Val-de-Marne a considéré que si l'intéressée justifiait de six ans de présence sur le territoire français, son ancienneté en tant que salarié n'était pas établie, dès lors que les huit bulletins de salaire produits par la requérante présentent des erreurs et que la salariée ne figure pas sur les déclarations sociales de son employeur auprès de l'union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales (URSSAF). Compte-tenu des réserves qui ont été évoquées, les éléments produits par la requérante sont à eux seuls insuffisants pour établir l'ancienneté de la salariée au sein de l'entreprise. Dans ces conditions, la préfète du Val-de-Marne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission au séjour de l'intéressée ne se justifiait pas au regard de motifs exceptionnels et ne répondait pas à des considérations humanitaires au sens des dispositions citées au point précédent.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. La requérante se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis six ans et des attaches qu'elle y a nouées. Il ressort toutefois des pièces du dossier, en particulier des termes de la décision attaquée, que Mme C est célibataire sans enfant à charge et n'a aucune attache familiale en France. Au demeurant, l'intéressée n'établit ni même n'allègue être dépourvue de toute attache dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans. Dans ces conditions, la décision de refus de séjour en litige ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. En septième et dernier lieu, Mme C ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits l'homme et des libertés fondamentales à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision de refus de séjour, qui n'a pas, par elle-même, pour effet d'obliger l'intéressée à rejoindre un autre pays.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
14. Pour les mêmes raisons que celles qui ont été exposées au point 10, tenant à la situation personnelle et familiale de la requérante, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que le fait de lui refuser l'admission au séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'elle remplit les conditions pour bénéficier de plein droit d'une carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions citées au point précédent en sorte qu'elle ne pourrait pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement.
15. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles qui ont été exposées au point 10, tenant à la situation personnelle et familiale de la requérante, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français en litige porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
16. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles qui ont été exposées au point 10, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne ait commis une erreur manifeste d'appréciation en prenant la décision attaquée.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
17. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, mentionne la nationalité de Mme C et indique qu'elle sera éloignée à destination du pays dont elle a la nationalité ou de tout pays dans lequel elle est légalement admissible. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de ce moyen, la décision fixant le pays à destination duquel l'intéressée est susceptible d'être éloignée est suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
18. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
19. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles qui ont été exposées au point 10, tenant à la situation personnelle et familiale de la requérante, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne ait commis une erreur manifeste d'appréciation en décidant qu'il pourrait être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible.
20. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet du Val-de-Marne.
Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 2 juin 2025, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Marine Robin, conseillère,
Mme Héloïse Mathon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2025.
La rapporteure,
Signé : H. Mathon
Le président,
Signé : T. GallaudLa greffière,
Signé : L. Potin
La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026