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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2311123

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2311123

vendredi 26 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2311123
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 octobre 2023, complété le 21 décembre 2023, M. C A, représenté par Me Petit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 19 septembre 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation administrative dans le délai de deux mois suivant la notification de la décision à intervenir, et lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard sur le fondement des dispositions des articles L.911-1 et L.911-2 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 1.500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que la décision en cause est insuffisamment motivée et dépourvue d'examen sérieux de sa situation car il craint encore des persécutions en cas de retour en Turquie, qu'il n'a pas été informé qu'il pouvait demander son admission au séjour sur un autre fondement que l'asile, qu'elle méconnait son droit au maintien sur le territoire car il a formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celle de l'article 3 de la même convention car il a été en mesure d'apporter des éléments nouveaux sur les menaces qui pèsent contre lui en cas de retour en Turquie.

Le 18 décembre 2023, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, a communiqué des pièces mais n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 22 décembre 2023, tenue en présence de Mme Aït Moussa, greffière d'audience, présenté son rapport, et entendu :

- les observations de Me Petit, représentant M. A, requérant, présent, assisté de Mme B, interprète, qui rappelle qu'il a formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile et qu'il a été convoqué le 10 janvier 2024, que sa demande de réexamen est donc recevable, qu'il a déjà été éloigné en 1996 mais qu'il a dû revenir en raison des persécutions subies et qui maintient que la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- les observations de Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui relève que la demande de réexamen de la demande d'asile de l'intéressé a été rejetée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant turc né le 20 avril 1970 à Varto (province de Mus), a présenté une première demande d'asile en France qui a fait l'objet d'une décision de rejet le 2 juin 1995 ainsi qu'une demande de réexamen qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 12 janvier 1996. Reconduit en Turquie à la suite de cette deuxième décision, il est revenu en France en mars 2022 pour déposer une nouvelle demande d'asile qui a été analysée comme une demande de réexamen et qui a été rejetée par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 juillet 2023. Il a saisi le 28 août 2023 le bureau d'aide juridictionnelle de la Cour nationale du droit d'asile qui l'a admis à son bénéfice le 21 septembre 2023. Par une décision du 19 septembre 2023, notifiée le 20 octobre 2023, la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le recours devant la Cour nationale du droit d'asile a été enregistré le 13 octobre 2023 et l'intéressé convoqué à une audience le 10 janvier 2024. Par une requête enregistrée le 20 octobre 2023, il a demandé l'annulation de la décision de la préfète du Val-de-Marne du 19 septembre 2023.

2. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. (). ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; () 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision contestée du 19 septembre 2023 de la préfète du Val-de-Marne mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressé a vu sa demande d'asile rejetée par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et que la décision prise ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale. Si elle précise à tort que l'intéressé n'a pas contesté cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile, cette circonstance est dans l'espèce sans incidence sur la régularité de la motivation de la décision dès lors que le droit au séjour de l'intéressé prenait fin à la date de la notification de la décision du directeur général de l'Office. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige, ainsi que d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes des l'articles D. 431-7 du même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ".

6. La circonstance, d'ailleurs non contestée, que la préfète du Val-de-Marne, qu'il n'aurait pas été informé lors du dépôt de sa demande d'asile de la possibilité de déposer une demande d'admission au séjour sur un autre fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est sans incidence sur la légalité de la décision en litige, dès lors que cette absence d'information n'a pour unique conséquence l'inopposabilité des délais mentionnés à l'article D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 431-2 du même code ne pourra qu'être écarté comme inopérant.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : ()

1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes :

() d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ;

() 2° Lorsque le demandeur :() c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; () ". Aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : () 2° Le demandeur a présenté une demande de réexamen qui n'est pas irrecevable ; () ". 3° Le demandeur est maintenu en rétention en application de l'article L. 754-3 ".

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a déposé le 2 juin 2022 une deuxième demande de réexamen de sa demande d'asile qui a été déclarée recevable par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et qui a été rejetée le 31 juillet 2023. Si l'intéressé établit avoir saisi la Cour nationale du droit d'asile, ce rejet entraînait la fin de son droit au maintien sur le territoire. Par suite, c'est sans erreur de droit que, le 19 septembre 2023, la préfète du Val-de-Marne a pu lui faire obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, doit apporter tous éléments permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

1. En l'espèce, M. A, à la date de la décision contestée, n'était en France que depuis un peu plus de quinze mois, alors qu'il est âgé de 53 ans. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision contestée au regard des stipulations rappelées au point précédent ne pourra donc qu'être également écarté, la circonstance que des membres de sa famille, soit ses fils et certains de ses frères et sœurs seraient en France, dont certains en situation régulière voire reconnus réfugiés étant sans incidence.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 614-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ".Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. Si l'intéressé soutient qu'il aurait des craintes de persécution découlant de son engagement politique en faveur de la cause kurde, il est constant que sa demande d'asile a été rejetée par les instances compétentes en la matière. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant la Turquie comme pays de renvoi méconnaîtrait notamment les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne pourra qu'être écarté.

12. Dans ces conditions, il y a lieu de rejeter la requête de M. A.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C A et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : M. Aymard

La greffière,

Signé : S. Aït Moussa

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. Aït Moussa

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