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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2311281

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2311281

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2311281
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 octobre 2023 au greffe du tribunal administratif d'Amiens et le 24 octobre 2023 au greffe du présent tribunal, complétée le 8 janvier 2024, M. B C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 11 octobre 2023 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Oise de l'admettre au séjour ou de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de l'Oise) une somme de 1.000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la compétence du signataire de l'acte n'est pas établie, que la décision n'est pas motivée et qu'elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit et a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 novembre 2023, le préfet de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de la Cour nationale du droit d'asile (6ème section, 2ème chambre) en date du 16 septembre 2019 rejetant le recours formé le 21 mai 2019 par M. C contre la décision du 19 avril 2019 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avait rejeté sa demande d'asile ;

- la décision de la Cour nationale du droit d'asile (1ère section, 1ère chambre) en date du 12 janvier 2021 rejetant le recours formé le 20 février 2020 par M. C contre la décision du 30 janvier 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avait rejeté sa demande de réexamen de sa demande d'asile ;

- l'ordonnance du président désigné de la Cour nationale du droit d'asile en date du 27 mai 2021 rejetant le recours formé le 25 mars 2021 par M. C contre la décision du 16 février 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avait déclaré irrecevable sa deuxième demande de réexamen de sa demande d'asile ;

- la décision du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Melun du 6 avril 2023 rejetant la requête formée le 28 décembre 2021 contre la décision du 2 décembre 2021 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne lui avait fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 9 janvier 2024, tenue en présence de Mme Aït Moussa, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Langagne, représentant M. C, requérant, présent, assisté de Madame D, interprète, qui indique qu'il est retourné en Turquie puis est revenu le 14 septembre 2023 car il fait toujours l'objet de menaces dans son pays d'origine et qu'un de ses frères a obtenu le statut de réfugié politique.

Le préfet de Seine-et-Marne, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Le 10 janvier 2024, M. C, représenté par Me Langagne, a présenté de nouvelles pièces.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant turc né le 27 février 1985 à Eleskirt, entré en France le 4 décembre 2018 pour y solliciter l'asile, a vu sa demande d'asile rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 27 mai 2021. Par un arrêté du 2 décembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. La requête formée contre cette décision a été rejetée par un jugement désigné par la présidente du présent tribunal en date du 6 avril 2023. Il indique être retourné en Turquie en juillet 2022, alors qu'il était présent à l'audience du 10 mars 2023, et être revenu le 14 septembre 2023. Interpellé le 11 octobre 2023 lors d'un contrôle routier à Beauvais (Oise), il a fait l'objet, le même jour, d'une obligation de quitter le territoire français, sans délai. Sa requête demandant l'annulation de cette décision a été transmise au tribunal administratif de Melun au motif de sa résidence déclarée dans cette ville, 30 avenue Georges Pompidou, chez Madame A.

2. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

3. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, lequel disposait pour ce faire d'une délégation de signature de la préfète de l'Oise en date du 14 septembre 2023 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". La décision querellée du 11 octobre 2023 de la préfète de l'Oise mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressé ne pouvait justifier de son entrée régulière sur le territoire français et n'avait pas sollicité de titre de séjour et que la décision prise ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision, le moyen tiré du défaut de motivation et de défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes d'une part de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, et le respect des droits de l'enfant, doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Si M. B C soutient qu'il disposerait en France de nombreuses attaches familiales, il ne l'établit pas. Par suite, rien ne s'oppose à ce qu'il poursuive sa vie privée et familiale. Par ailleurs, il n'établit pas non plus avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que celui de l'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations ne pourra qu'être écarté. En tout état de cause, il ne fait valoir dans sa requête aucun élément susceptible de permettre de considérer qu'il serait en droit de bénéficier d'une carte de séjour sur quelque fondement que ce soit du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Si l'intéressé soutient qu'il est susceptible de faire l'objet de persécutions en cas de retour en Turquie, il est aussi constant que sa demande d'admission au statut de réfugié a été rejetée à trois reprises par la Cour nationale du droit d'asile qui a estimé ses craintes non fondées. M. C n'apportant pas, dans sa requête, d'éléments probants susceptibles de contredire cette appréciation, le moyen tiré de ce que la décision fixant la Turquie comme pays de destination méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales sera aussi écarté, la circonstance qu'un de ses frères ait obtenu le statut de réfugié politique en France étant sans incidence.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C formée contre la décision du 11 octobre 2023 par laquelle le préfet de l'Oise lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de un an ne pourra qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : Le requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B C, à la préfète de l'Oise et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le magistrat désigné,

M. Aymard

La greffière,

S. Aït Moussa La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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