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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2311341

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2311341

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2311341
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBERBAGUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 octobre 2023, M. E D, représenté par Me Berbagui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 24 octobre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un ittre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai, ou de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que la décision a été prise sans examen préalable de sa situation, qu'elle n'est pas motivée, qu'elle a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, et qu'elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 9 janvier 2024, tenue en présence de Mme Aït Moussa, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Berbagui, représentant M. D, requérant, présent, qui rappelle qu'il est parent d'enfant français, qui soutient qu'il est éligible à la délivrance d'un certificat de résidence et que les conditions pour voir prononcée une interdiction de retour n'étaient pas satisfaites.

Le préfet des Hauts-de-Seine, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Le 24 octobre 2023, dans le cadre d'une enquête diligentée par l'Union de recouvrement des cotisations de Sécurité sociale et d'allocations familiales sur les activités d'un établissement d'entretien et de nettoyage de véhicules, les policiers du service de sécurité de proximité de Bois-Colombes (Hauts-de-Seine) ont contrôlé l'identité d'une personne qui y travaillait depuis un an sans être déclarée. Cette personne a déclaré se nommer E D, être de nationalité algérienne et être née le 22 mars 1971 à Alger. Il n'a pas été en mesure de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire national. Placé en retenue administrative et auditionné, il a déclaré qu'il n'avait aucun papier d'identité, être entré en France " l'année dernière ", via l'Espagne sans aucun document d'identité ou de voyage et n'avoir effectué aucune démarche pour régulariser sa situation administrative. Il a ajouté qu'il était célibataire et sans enfant à charge et que toute sa famille résidait en Algérie. Par une décision du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de un an. Par sa requête enregistrée le 26 octobre 2023, il a demandé l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

3. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. C, adjoint au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n°2022-093 du 13 octobre 2022, régulièrement publié le 17 octobre suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation du préfet à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B, directrice des migrations et de l'intégration et de Mme A chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination ainsi que les décisions d'interdiction de circulation sur le territoire français. Par suite, et dès lors qu'il n'est pas soutenu que ces dernières n'étaient ni absentes ni empêchées à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". La décision querellée du 24 octobre 2023 du préfet des Hauts-de-Seine mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressé, qui s'est déclaré de nationalité algérienne, ne pouvait justifier de son entrée régulière sur le territoire français et n'avait pas sollicité de titre de séjour et que la décision prise ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. D s'étant déclaré célibataire et sans enfants. L'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté contesté, dans l'ensemble de ses dispositions, et de défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes d'une part de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " et d'autre part de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : (), 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Si le requérant soutient qu'il est le père d'une enfant de nationalité française, née à Londres (Royaume-Uni) en février 2008 de son union avec une ressortissante française, il est constant qu'il a divorcé de la mère de son enfant en 2012. Par ailleurs, il ne justifie pas avoir participé à l'entretien et à l'éducation de sa fille au cours des années précédentes, ayant déclaré être entré en France " il y a un peu plus d'un an de mémoire ". Rien ne s'oppose donc à ce qu'il poursuive sa vie privée et familiale dans son pays d'origine. Par suite, c'est sans erreur manifeste d'appréciation, au regard des stipulations rappelées au point précédent, que le préfet des Hauts-de-Seine, le 24 octobre 2023, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, quand bien il partagerait sa vie avec une compatriote, ce qu'il ne démontrer au demeurant pas, titulaire d'une carte de résident à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne).

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français " et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

8. Si l'intéressé soutient que la durée de l'interdiction de retour prononcée à son encontre serait disproportionnée, il est constant qu'il s'est maintenu sur le territoire sans jamais demander de titre de séjour et qu'il a indiqué travailler " dans un garage de nettoyage de voitures " sans disposer d'une autorisation et sans être déclaré. C'est donc sans erreur d'appréciation que le préfet des Hauts-de-Seine a pu fixer à un an la durée de l'interdiction de retour le concernant.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D formée contre la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de un an.

D E C I D E :

Article 1er : Le requête de M. D est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. E D, au préfet des Hauts-de-Seine et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le magistrat désigné,

M. Aymard

La greffière,

S. Aït Moussa La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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