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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2311350

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2311350

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2311350
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLANDOULSI SAMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 octobre 2023 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise et le 20 octobre 2023 au greffe du présent tribunal, M. B C, représenté par Me Landoulsi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 17 octobre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1.000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision a été prise sans examen particulier de sa situation et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car il peut faire l'objet d'une régularisation, et que l'interdiction de retour n'est pas motivée.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'ordonnance du président du tribunal de Cergy-Pontoise du 19 octobre 2023 transmettant au tribunal administratif de Melun la requête de M. C au motif de la résidence déclarée du requérant à Torcy (Seine-et-Marne) ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 9 janvier 2024, tenue en présence de Mme Aït Moussa, greffière d'audience, présenté son rapport, et entendu les observations de Me Landoulsi, représentant M. C, requérant, absent.

Le préfet des Hauts-de-Seine, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant se déclarant de nationalité tunisienne, né le 17 novembre 1992 à Senenmout en Egypte, a été interpellé lors d'un contrôle de police le 17 octobre 2023 à Bois-Colombes (Hauts-de-Seine). Ne pouvant démontrer la régularité de son séjour, il a été placé en retenue administrative et auditionné. Il a déclaré à cette occasion n'avoir aucun document d'identité, être arrivé en 2021 sans pouvoir l'établir, travailler comme plombier mais ne pas connaître son employeur, habiter " chez une connaissance à Clignancourt " et ne pas avoir l'intention de quitter le territoire français. Par une décision du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de un an. Par sa requête enregistrée le 19 octobre 2023 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, il a demandé l'annulation de cette décision. Sa requête a été transmise au tribunal administratif de Melun au motif de l'adresse mentionnée dans sa requête, à Torcy (Seine-et-Marne), 32 rue du Général de Gaulle, chez M. A.

2. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". La décision querellée du 17 octobre 2023 du préfet des Hauts-de-Seine mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressé, qui s'est déclaré de nationalité algérienne, ne pouvait justifier de son entrée régulière sur le territoire français et n'avait pas sollicité de titre de séjour et que la décision prise ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté contesté, dans l'ensemble de ses dispositions, et de défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si le requérant soutient qu'il remplirait les conditions pour voir sa situation administrative régularisée, il est constant qu'il n'a jamais déposé de demande de titre de séjour, n'étant pas en mesure de démontrer au surplus son identité et sa nationalité, ni même le nom de son employeur. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet des Hauts-de-Seine en prononçant à son encontre une obligation de quitter sans délai le territoire français ne pourra qu'être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français " et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

6. Si l'intéressé soutient que la durée de l'interdiction de retour prononcée à son encontre serait disproportionnée, il est constant qu'il s'est maintenu sur le territoire sans jamais demander de titre de séjour et qu'il a indiqué travailler sans disposer d'une autorisation et sans être déclaré. C'est donc sans erreur d'appréciation que le préfet des Hauts-de-Seine a pu fixer à un an la durée de l'interdiction de retour le concernant.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C formée contre la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de un an.

D E C I D E :

Article 1er : Le requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée M. B C, au préfet des Hauts-de-Seine et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le magistrat désigné,

M. Aymard

La greffière,

S. Aït Moussa

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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