mardi 28 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2311496 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | OTTOU |
Vu la procédure suivante :
I°) Par une requête n° 2311496 et des pièces, enregistrées les 30 octobre et 3 et 13 novembre 2023, Mme B D, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 28 octobre 2023 par lesquelles le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de retour pour une durée de vingt-quatre mois ;
2°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier.
Mme D soutient que les décisions litigieuses :
- sont entachées d'incompétence ;
- sont insuffisamment motivées ;
- sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;
- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- sont entachées d'une erreur de droit ;
- ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- violent l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- violent l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de police de Paris qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées le 21 novembre 2023.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 13 novembre 2023.
Par un mémoire complémentaire enregistré le 28 novembre 2023, Mme D, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représentée par Me Ottou, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 21 novembre 2023 par lesquelles le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de circuler sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;
2°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de procéder à son effacement dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme D soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
* est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen personnalisé ;
* est entachée d'une erreur de droit tirée de la violation de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
- la décision refusant un délai de départ volontaire :
* est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
* est entachée d'une erreur de droit tirée de la violation de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
- la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois :
* est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
* est insuffisamment motivée ;
* viole l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
* viole l'article L. 251-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
II°) Par une requête n° 2312379, enregistrée le 21 novembre 2023, Mme B D, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 21 novembre 2023 par lesquelles le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de circuler sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;
2°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier.
Mme D soutient que les décisions litigieuses :
- sont entachées d'incompétence ;
- sont insuffisamment motivées ;
- sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;
- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- sont entachées d'une erreur de droit ;
- ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- violent l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- violent l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de police de Paris qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées le 21 novembre 2023.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 22 novembre 2023.
Me Ottou s'est constituée au profit de Mme D le 27 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;
- les observations de Me Ottou, représentant Mme D assistée de Mme A C, interprète assermentée en langue espagnole, qui :
* conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
* et précise que son mémoire enregistré le 28 novembre 2023 dans l'affaire n° 2311496 doit être considéré comme concernant l'affaire n° 2312379 ;
- et les observations de Mme D, assistée de Mme A C, interprète assermentée en langue espagnole, qui indique regretter ce qu'elle a fait et avoir pris conscience d'avoir été " embringuée dans tout cela " car, jeune, elle a été mal guidée et mal aidée. Elle veut changer de vie.
Le préfet de police de Paris n'était ni présent ni représenté.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h47.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante espagnole, née le 22 août 2005 à Madrid (Royaume d'Espagne), est entrée en France en 2022 puis la dernière fois en 2023 selon ses déclarations. L'intéressée a été interpellée le 26 octobre 2023 et placée le jour même en garde à vue pour des faits de vol en réunion précédé de dégradations, vol par majeur avec assistance de mineur et recel de vol. Par deux arrêtés du 28 octobre 2023, le préfet de police de Paris a obligé l'intéressée à quitter le territoire français sans délai en application des 1° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de vingt-quatre mois. Par le premier de ces arrêtés, elle a été placée en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, placement prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 31 octobre 2023 contre laquelle l'appel a été déclaré irrecevable par une ordonnance de la cour d'appel de Paris du 4 novembre 2023. Par un arrêté du 21 novembre 2023 notifié le même jour, le préfet de police de Paris a abrogé les arrêtés précités du 28 octobre 2023, a obligé l'intéressée à quitter le territoire sans délai en application du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office, l'a interdite de circulation sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois et a maintenu son placement en rétention administrative. Mme D demande au tribunal d'annuler les décisions contenues dans ces arrêtés du 28 octobre 2023, à l'exception de celle la plaçant en rétention administrative, ainsi que celles contenues dans l'arrêté du 21 novembre 2023 à l'exception de celle la plaçant en rétention administrative.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées nos 2311496 et 2312379 présentent à juger à titre principal de la légalité de deux mesures d'éloignement prises à l'encontre de la même ressortissante étrangère et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur la communication du dossier administratif de la requérante (requêtes n os 2311496 et 2312379) :
3. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'est substitué au quatrième alinéa du III de l'article L. 512-1 du même code depuis le 1er mai 2021 soit antérieurement aux décisions attaquées : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". Les affaires sont en état d'être jugées, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de Mme D détenu par l'administration dans chacune des affaires
n°s 2311496 et 2312379.
Sur la requête n° 2311496 (décisions du 28 octobre 2023) :
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; (). ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D justifie d'un passeport espagnol dont l'authenticité n'est pas contestée. Dans ces conditions, et alors que la décision contestée du 28 octobre 2023, bien qu'abrogée mais non retirée par un arrêté du
21 novembre 2023, a reçu un commencement d'exécution dès lors que la requérante a été placée en rétention administrative sur son fondement, Mme D ne pouvait légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise, comme en l'espèce, sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, Mme D est fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire du 28 octobre 2023 en litige est entachée d'une erreur de droit et à en demander l'annulation ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des autres décisions attaquées, privées de base légale, par lesquelles cette autorité lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de retour pour une durée de vingt-quatre mois.
En ce qui concerne les injonctions :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles () L. 741-1 (), et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.
7. Les injonctions prévues par les articles précités du code de justice administrative étant de plein contentieux, il appartient au juge de statuer sur lesdites injonctions en tenant compte de la situation du ressortissant étranger à la date du jugement.
8. En l'espèce, il ressort de l'arrêté du 21 novembre 2023 mis au dossier, et objet du recours n° 2312379, que le préfet de police de Paris a abrogé et non retiré à compter du 21 novembre 2023, date de sa notification, l'arrêté annulé mais a maintenu le placement en rétention administrative de Mme D qui est donc placée en rétention administrative, à la date du présent jugement, sur le fondement d'une autre obligation de quitter le territoire français que celle annulée par le présent jugement. Dès lors, contrairement à ce que prévoit l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'y a pas lieu de mettre fin, dans l'instance n° 2311496, aux mesures de surveillance dont Mme D fait l'objet à la date du présent jugement.
9. En second lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".
10. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de Mme D, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont elle fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de police de Paris de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.
Sur la requête n° 2312379 (décisions du 21 novembre 2023) :
En ce qui concerne la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
11. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme D, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée à l'aide juridictionnelle.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
12. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; (). ". En application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence d'un citoyen de l'Union européenne autre que la France sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
13. Mme D soutient notamment à l'audience que son comportement personnel ne constitue pas, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société et que le préfet de police de Paris ne démontre ni que la personne qui a procédé à la consultation du fichier automatisé des empreintes digitales (Faed) était habilité à le faire ni avoir cherché à connaître les suites judiciaires aux faits mentionnés sur ce relevé, dont tous, à l'exception de deux, concernent une période où Mme D était mineure.
14. Premièrement, le préfet de police de Paris produit dans le dossier en défense le relevé de consultation du fichier automatisé des empreintes digitales (Faed) en date du 26 octobre 2023. Si les dispositions des articles L. 142-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, R. 40-29 du code de procédure pénale et 8 du décret du 8 avril 1987 relatif au fichier automatisé des empreintes digitales (Faed) prévoient la possibilité pour les fonctionnaires individuellement désignés et habilités d'avoir accès au traitement automatisé des empreintes digitales et palmaires au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité les décisions attaquées. Toutefois, en l'absence de preuve dans le dossier de l'habilitation de la personne ayant procédé à la consultation du Faed, ce qui constitue une garantie procédurale, le relevé de consultation de fichier doit être écarté des débats. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait saisi les services compétents de la police nationale ou de la gendarmerie nationale pour complément d'information, ou le procureur de la République compétent aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires alors que, ainsi qu'il a été rappelé au point 11, le degré que la menace à l'ordre public que doit revêtir le comportement d'un citoyen européen au sens des dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est particulièrement élevé et alors surtout qu'en l'espèce la requérante est une jeune majeure et que la plupart des faits mentionnée sur ce relevé concerne une époque où elle était mineure.
15. Deuxièmement et en tout état de cause, pour fonder sa décision sur les dispositions citées au point 11 du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police de Paris retient que l'intéressée a été " signalé " par les services de police le 26/10/2023 pour vol en réunion précédé de dégradations, vol par majeur avec assistance de mineur, recel de vol, que l'intéressée est très défavorablement connue des services de police, qu'elle a ainsi été signalisée 11 fois pour des faits de vol avec violences, vol sans violences et recel de vol ". Toutefois, il ressort du relevé de consultation précité que la plupart des signalements dont fait l'objet Mme D concernent une période où elle était mineure sans que la suite judiciaire ne soit connue ainsi qu'il a été dit au point précédent alors même que la succession de ces faits auraient pu conduire un juge pour enfants à adopter des mesures de protection et de suivi eu égard à l'impérieuse nécessité de protection des mineurs non accompagnés. Par ailleurs, concernant les faits à l'origine de la garde à vue du 26 octobre 2022, il ressort des auditions présentées au dossier que l'intéressée nie la plupart des faits reprochés sans qu'aucune pièce au dossier n'indique la suite judiciaire retenue par le magistrat alors même que le procès-verbal d'avis à magistrat ne figure pas au dossier ni ne permette d'établir ou d'apprécier la matérialité des faits. En sus, les trois signalements cités au relevé de consultation précité du Faed alors que l'intéressée était majeure et les derniers faits d'octobre 2023, qui ne font l'objet d'aucune suite judicaire connue, analysés au regard de la situation personnelle de la requérante telle qu'elle ressort de la note sociale du 31 octobre 2023 produite par la requérante expliquant que cette dernière est suivie par une association spécialisée dans le suivi des jeunes migrants à la rue depuis juillet 2023 et montrant les difficultés auxquelles elle est confrontée en tant que jeune majeure sans pouvoir bénéficier d'un suivi institutionnel étant sans situation stable et qu'il n'est pas contesté, ainsi qu'elle l'a d'ailleurs indiqué lors de son audition, être en danger en cas de retour au Royaume d'Espagne vis-à-vis de son père ce qui a été confirmé à l'audience, ne sauraient revêtir un tel degré de menace à l'ordre public que Mme D entrerait alors dans les prévisions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, en estimant que le comportement personnel de
Mme D constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, le préfet de police de Paris a, dans les circonstances particulières de l'espèce, entaché son appréciation d'une erreur et d'une erreur de droit.
16. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du 21 novembre 2023 par laquelle le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des autres décisions attaquées, privées de base légale, par lesquelles cette autorité lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de circuler sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
En ce qui concerne les injonctions :
17. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 251-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les interdictions de circulation sur le territoire français prises en application du présent chapitre peuvent être contestées devant le tribunal administratif dans les conditions prévues au chapitre IV du titre I du livre VI. L'article L. 614-5 n'est toutefois pas applicable. " et selon l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles () L. 741-1 (). ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.
18. Eu égard aux termes des articles L. 251-7 et L. 614-16 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique nécessairement qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance dont Mme D fait l'objet à la date de la notification du dispositif c'est-à-dire à la date de l'audience.
19. Enfin, le présent jugement, qui annule la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre d'une citoyenne européenne n'induit aucune autre mesure d'exécution dès lors qu'il induit nécessairement la reconnaissance du droit au séjour au profit de Mme D en sa qualité de citoyenne européenne.
En ce qui concerne les frais liés au litige :
20. Mme D a obtenu, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Mme D soit admise définitivement à l'aide juridictionnelle et Me Ottou, avocate de cette dernière, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement de 1 200 euros à Me Ottou.
D E C I D E :
Article 1er : Mme D est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le dossier n° 2312379.
Article 2 : Les décisions du 28 octobre 2023 par lesquelles le préfet de police de Paris a obligé Mme D à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloigné d'office et l'a interdite de retour pour une durée de vingt-quatre mois sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de Paris, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de Mme D dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 28 octobre 2023 ci-dessus annulée.
Article 4 : L'arrêté du 21 novembre 2023 par lequel le préfet de police de Paris a obligé
Mme D à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de circulation sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois est annulé.
Article 5 : L'État (préfet de police de Paris) versera à Me Ottou, conseil de Mme D, une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de Mme D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que
Me Ottou renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, dans le dossier n° 2312379.
Article 6 : Il est mis fin aux mesures de surveillance dont fait l'objet Mme D.
Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet de police de Paris.
Lu en audience publique le 28 novembre 2023 à 15h26.
Le magistrat désigné,
Signé : G. Girard-RatrenaharimangaLa greffière,
Signé : O. Dusautois
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026