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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2312906

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2312906

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2312906
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantJASLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Jaslet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 octobre 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été accordées en qualité de demandeur d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir, à titre rétroactif, les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été antérieurement accordées, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle ne tient pas compte de sa vulnérabilité ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il n'a pas été informé, dans une langue qu'il comprend, des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil ;

- le directeur général de l'OFII n'a pas justifié de la formation spécifique des agents chargés d'évaluer sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur dans la matérialité des faits ;

- elle fait une inexacte application de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général ; conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2023/003229 du 17 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Marine Robin, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, a déposé une demande d'asile le 31 mars 2023 et a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le même jour. M. A demande l'annulation de la décision du 4 octobre 2023 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil.

2. En premier lieu, la décision en litige vise les textes applicables, mentionne que M. A a accepté le 31 mars 2023 les conditions matérielles d'accueil qui lui ont été proposées et que ces conditions ont été suspendues au motif qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se rendre à deux entretiens personnels concernant sa demande d'asile. Elle mentionne également que M. A n'a pas justifié des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation des conditions matérielles d'accueil et qu'enfin, l'évaluation de sa situation personnelle et familiale n'a fait apparaître aucun facteur de vulnérabilité particulier. La décision, qui n'a pas à faire référence de l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. A comporte, ainsi, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée au sens des dispositions

de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de la décision attaquée que le directeur général de l'OFII n'ait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". Aux termes de l'article L. 551-10 du même code : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ". L'article D. 551-16 de ce code prévoit que : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile en application de l'article L. 551-9 fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou qu'il y soit mis fin dans les conditions prévues par les articles L. 551-15, L. 551-16 et D. 551-17 à R. 551-23. ". Enfin, aux termes de l'article D. 551-18 du même code, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. / () ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a certifié par écrit, le 31 mars 2023, avoir été informé dans une langue qu'il comprend des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable manque en fait et doit être écarté.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A a été informé, par une lettre du 7 septembre 2023, de l'intention de l'OFII de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil et a bénéficié d'un délai de quinze jours pour faire parvenir ses observations. Il ressort de ces mêmes pièces qu'il a fait valoir ses observations par une lettre non datée, dont il est constant qu'elle a été reçue par l'OFII. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le versement de l'allocation pour demandeur d'asile et la prise en charge dans un lieu d'hébergement aient cessé avant l'adoption de la décision contestée. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire préalable doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ".

8. D'une part, il résulte de ces dispositions que l'entretien avec le demandeur d'asile, qui a pour objet de connaître l'intégralité de sa situation et d'évaluer ses besoins, doit intervenir à l'occasion du dépôt d'une première demande d'asile et avant que l'OFII ne statue sur l'octroi des conditions matérielles d'accueil. En revanche, ces dispositions ne sauraient être interprétées comme imposant qu'un nouvel entretien ait lieu lorsqu'il est mis fin à ces conditions matérielles. Il suit de là que M. A ne saurait utilement soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure en l'absence de réalisation d'un entretien préalable.

9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'évaluation de la vulnérabilité de M. A a été réalisé par un agent de l'OFII en présence d'un interprète en somali. Si le requérant soutient que ledit agent n'a pas bénéficié d'une formation spécifique conformément à l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir et n'avance aucune allégation sérieuse à l'appui de ce moyen.

10. Enfin, en dernier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / [] 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () ".

11. Pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil de M. A, l'OFII s'est fondé sur le motif que l'intéressé ne s'est pas conformé aux exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en ne se rendant pas aux entretiens personnels relatifs à sa demande d'asile. Il ressort des pièces du dossier que M. A ne s'est pas présenté aux convocations des 19 juillet, 31 août et 22 septembre 2023. Le requérant n'apporte aucun élément de nature à justifier son absence à ces convocations. Par suite, le directeur général de l'OFII n'a pas entaché sa décision d'une erreur dans la matérialité des faits ni fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en mettant fin à aux conditions matérielles d'accueil de M. A.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Marine Robin, conseillère,

Mme Héloïse Mathon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La rapporteure,

M. Robin

Le président,

T. GallaudLa greffière,

G. Aumond

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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