vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2312911 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | THIRION LAURENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2023, M. A F demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2023, notifié le 21 novembre 2023, par lequel le préfet de Seine-et-Marne a prononcé son transfert aux autorités bulgares, responsables de l'examen de sa demande d'asile.
M. F soutient que :
- il n'a jamais sollicité l'asile auprès des autorités bulgares ; il a été forcé à y déposer une demande ; il en est de même en Croatie ;
- il a toujours souhaité rejoindre la France où habite son frère, titulaire d'un titre de séjour et qui a un emploi stable d'opérateur de chantier ;
- il occupe un emploi d'opérateur de chantier de désamiantage en contrat à durée indéterminée depuis le 30 octobre 2023 dans la société Winsam ; il est financièrement indépendant et ne perçoit aucune aide de l'Etat ;
Par un mémoire en défense enregistré le 3 janvier 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 modifiant le règlement (CE) n° 1560/2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Avirvarei, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-15 et suivants, ainsi que les chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Avirvarei,
- les observations de Me Thirion, représentant de M. F assisté de M. B C, interprète assermenté en langue pachto, qui soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence, que l'entretien individuel comporte une mention erronée dès lors que, contrairement à ce qu'il est indiqué, il a bien déclaré avoir un membre de sa famille en France, que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation concernant la situation personnelle de l'intéressé et au regard des dispositions des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- et M. F, assisté par M. B C, interprète assermenté en langue pachto.
Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 17h04.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant afghan, né le 10 janvier 1999 à Baghlan (Afghanistan), a déposé une demande d'asile et a été mis en possession de l'attestation correspondante le 11 août 2023. À l'issue de la procédure de détermination de l'Etat membre responsable de cette demande d'asile, par l'arrêté susvisé du 25 septembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne a prononcé le transfert de M. F aux autorités bulgares. M. F demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 23/BC/073 du 27 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° D77-01-08-2023 du 1er août 2023, le préfet de Seine-et-Marne a donné à M. D E, chef de bureau de l'asile et de l'intégration, délégation afin de signer la décision en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, lors de la prise des empreintes de M. F par les autorités bulgares, il lui a été attribué un numéro de référence commençant par le chiffre " 1 " après les lettres d'identification de l'Etat. En application du 4 de l'article 24 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013, il s'agissait donc d'une personne demandant le bénéfice d'une protection internationale. Si le requérant soutient qu'il n'aurait jamais formulé une demande en Bulgarie et qu'il a été forcé de le faire, ses seules allégations générales, qui ne sont corroborées par aucune pièce, sont insuffisantes pour établir l'inverse. Ainsi, le moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que le compte rendu de l'entretien individuel porte une mention erronée doit être écarté dès lors que le frère de l'intéressé ne figure pas au nombre des membres de famille au sens des articles 9 et 10 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 explicités par le point g de l'article 2 de ce règlement et n'avait donc pas à être mentionné dans la case " membres de la famille " du compte rendu de l'entretien mais au titre des observations tel le cas en l'espèce.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Si M. F se prévaut de la présence en France de son frère qui l'héberge et l'aide dans ses démarches notamment professionnelles, cette seule circonstance n'est pas de nature à établir que l'intéressé dispose du centre de ses attaches familiales sur le territoire. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. F n'était présent en France que depuis deux mois à la date de la décision attaquée et qu'il est célibataire et sans enfant à charge. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée par rapport au but en vue duquel la décision attaquée a été prise. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
7. En cinquième et dernier lieu, aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".
8. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Aux termes des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un État autre que la France, que cet État a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet État membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet État de ses obligations.
10. D'une part, M. F soutient qu'un transfert en Bulgarie conduira à son retour en Afghanistan où il craint pour sa vie en raison des menaces de mort dont il a fait l'objet de la part des talibans. Il présente à l'audience deux lettres établies par " la commission militaire de l'Etat islamique " les 18 et 19 décembre 2020, traduites à l'audience par l'interprète, qui indiquent qu'il lui a été demandé de se présenter devant un tribunal, qu'il est recherché pour espionnage et que sa vie est menacée. Toutefois, M. F ne peut utilement se prévaloir du fait qu'il encourrait des risques en cas de retour dans son pays d'origine dès lors que la décision attaquée a uniquement pour effet de le transférer aux autorités bulgares et non de le renvoyer dans son pays d'origine.
11. D'autre part, M. F se prévaut des défaillances systémiques qui affecteraient les conditions d'accueil et de prise en charge des demandeurs d'asile en Bulgarie. Toutefois, la Bulgarie est un Etat membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en sorte qu'il doit être présumé que la demande d'asile de M. F sera traitée par les autorités bulgares dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. En se bornant à se référer au taux d'admission au statut de réfugié des demandeurs afghans qui serait plus faible en Bulgarie que dans d'autres Etats membres, le requérant n'établit pas que, à la date de la décision contestée, il existerait des raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs qui entraîneraient un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de nature à renverser cette présomption. Par ailleurs, si M. F soutient qu'il aurait été accueilli " très physiquement " par les autorités bulgares, cette déclaration n'est corroborée par aucun élément versé à l'instance.
12. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013. Il n'est pas davantage fondé à se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, tant s'agissant du risque de renvoi dans son pays d'origine que s'agissant des conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Bulgarie. Il n'est enfin pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne, en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et au préfet de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
La magistrate désignée,
Signé : A. Avirvarei
La greffière,
Signé : N. Riellant
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026