mercredi 31 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2313062 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | PIERROT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Pierrot, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé pendant quatre mois par la préfète du Val-de-Marne sur sa demande de titre de séjour déposée le 11 juillet 2022 ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du prononcé de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant d'exercer une activité professionnelle, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, dans l'attente du jugement à intervenir au fond ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-sa requête est recevable, dès lors que le délai de recours contentieux de deux mois mentionné à l'article R. 421-1 du code de justice administrative ne lui a pas été rendu opposable dans les conditions prévues à l'article R. 421-5 du même code et que l'instance a été introduite dans un délai raisonnable ;
-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors qu'en raison de l'irrégularité de son séjour en France, d'une part, il se trouve sans ressources, faute de pouvoir continuer à exercer son activité de serveur sous contrat à durée indéterminée ou bénéficier d'une allocation d'assurance chômage, d'autre part, il vit dans l'anxiété permanente d'un contrôle de sa situation qui pourrait aboutir à son placement en rétention et à son éloignement forcé à destination de son pays d'origine ;
-il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige pour les raisons suivantes :
*cette décision n'est pas motivée, dès lors que ses motifs ne lui ont pas été communiqués malgré la demande qu'il a présentée en ce sens ;
*elle méconnaît les dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ainsi entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
*elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
*elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2023, la préfète du Val-de-Marne, représentée par la SELARL Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
-cette requête est irrecevable, dès lors que : d'une part, elle a été présentée après l'expiration, au 11 janvier 2023, du délai de recours contentieux de deux mois ouvert contre la décision implicite de rejet en litige ; d'autre part, cette décision ne fait pas l'objet, par ailleurs, d'une requête en annulation distincte présentée dans le délai imparti ;
-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie, dès lors que le requérant s'est lui-même placé dans la situation qu'il invoque en s'abstenant de déposer un nouvelle de demande de titre de séjour alors qu'il savait qu'une décision implicite de rejet de sa demande initiale était née le 11 novembre 2023.
Vu :
-la requête n° 2313064 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;
-les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
-le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.
Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.
Au cours de cette audience, tenue le 19 décembre 2023 à 10h00 en présence de Mme Do Novo, greffière d'audience, ont été entendus :
-le rapport de M. Zanella, juge des référés ;
-les observations de Me Wiedemann, substituant Me Pierrot, représentant M. A, absent, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, en faisant valoir, en outre, en ce qui concerne la condition d'urgence, que : l'urgence est présumée en cas de refus de renouvellement d'un titre de séjour ; il n'est pas établi que le requérant ait eu connaissance de l'existence de la décision implicite de rejet en litige dès l'intervention de celle-ci ;
-les observations de Me Rahmouni, de la SELARL Actis Avocats, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui a conclu aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes motifs.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "
2. M. A, ressortissant cambodgien né le 15 septembre 1989 et entré en France le 16 janvier 2014, était titulaire, en dernier lieu, d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " et valable du 31 juillet 2020 au 30 juillet 2022. Le 11 juillet 2022, il a déposé une demande de renouvellement de ce titre de séjour ou de changement de statut par la délivrance d'un nouveau titre de séjour portant la mention " salarié ". Sa requête tend à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant quatre mois par la préfète du Val-de-Marne sur cette demande.
Sur les fins de non-recevoir opposées par la préfète du Val-de-Marne :
3. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet []. " Il résulte toutefois des dispositions de l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration que le délai de recours ainsi prévu n'est pas opposable à l'auteur d'une demande adressée à l'administration lorsque l'accusé de réception mentionné à l'article L. 112-3 du même code ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par l'article R. 112-5 dudit code.
4. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est au demeurant allégué en défense que la demande de titre de séjour mentionnée au point 1 ait donné lieu à la délivrance d'un accusé de réception comportant les indications exigées par l'article R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, le délai de recours contentieux de deux mois prévu à l'article R. 421-2 du code de justice administrative n'est pas opposable à M. A. Par suite, la requête en référé de celui-ci ne saurait, en tout état de cause, être regardée comme tardive donc irrecevable au motif qu'elle a été présentée plus de deux mois après la naissance de la décision implicite de rejet en litige.
5. En second lieu, il résulte de l'instruction que cette décision fait l'objet, sous le n° 2313064, d'une requête en annulation distincte dont la présentation n'était pas enfermée, pour les mêmes raisons que celles indiquées au point précédent, dans le délai de recours contentieux de deux mois prévu à l'article R. 421-2 du code de justice administrative.
6. Il résulte de ce qui précède qu'aucune des deux fins de non-recevoir opposées par la préfète du Val-de-Marne ne peut être accueillie.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
7. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.
8. La décision implicite en litige a notamment pour objet, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, de refuser le renouvellement d'un titre de séjour. Si la préfète du Val-de-Marne fait valoir que M. A s'est abstenu de déposer un nouvelle de demande de titre de séjour après la naissance de cette décision, cette seule circonstance n'est pas de nature à renverser la présomption mentionnée au point précédent, ni à établir que l'intéressé se serait placé lui-même dans une situation ne lui permettant pas d'invoquer utilement l'urgence. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
9. D'autre part, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. ".
10. En l'état de l'instruction, dont il ne résulte pas que M. A aurait obtenu communication des motifs de la décision implicite de rejet en litige à la suite de la demande qu'il a formulée en ce sens par une lettre datée du 14 novembre 2023 et reçue en préfecture du Val-de-Marne le 22 novembre suivant, le moyen tiré du défaut de motivation de ladite décision est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de celle-ci.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens susvisés, qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé pendant quatre mois par la préfète du Val-de-Marne sur la demande de titre de séjour déposée le 11 juillet 2022 par M. A.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, eu égard à ce qui précède, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer la situation de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et, en attendant, de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
14. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er :L'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant quatre mois par la préfète du Val-de-Marne sur la demande de titre de séjour déposée le 11 juillet 2022 par M. A est suspendue.
Article 2 :Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer la situation de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle.
Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :Les conclusions de la requête de M. A sont rejetées pour le surplus.
Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée pour information à la préfète du Val-de-Marne.
Fait à Melun, le 31 janvier 2024.
Le juge des référés, La greffière,
Signé : P. Zanella Signé : M. Do Novo
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026