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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2313125

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2313125

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2313125
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHENRY-WEISSGERBER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Sous le n° 2313125, par une requête, enregistrée le 8 décembre 2023 à 17h21, Mme I L demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir les décisions du 6 décembre 2023 par lesquelles le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle sera renvoyée en cas d'exécution d'office de cette obligation et a assorti celle-ci d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Elle soutient que :

en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

-cette décision a signée par une autorité incompétente ;

-elle est insuffisamment motivée ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

-elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors, d'une part, qu'ayant été placée et maintenue en zone d'attente, elle n'est jamais entrée sur le territoire français, d'autre part, qu'une entrée irrégulière ne peut être reprochée à un demandeur d'asile ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, dès lors qu'elle est " demandeur d'asile primo-arrivant " ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 33, paragraphe 1, de la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

en ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

-cette décision a signée par une autorité incompétente ;

-elle est insuffisamment motivée ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

-elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français ;

en ce qui concerne le décision fixant le pays de renvoi :

-cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

-elle est insuffisamment motivée ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

-elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français ;

-elle méconnaît les stipulations des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 33, paragraphe 1, de la convention de Genève du 28 juillet 1951.

La requête a été communiquée au préfet de police qui n'a pas produit de mémoire en défense.

II. Sous le n° 2313206, par une requête, enregistrée le 11 décembre 2023 à 10h59, Mme I L demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 10 décembre 2023 par lequel le préfet de police l'a maintenue en rétention ;

2°) d'enjoindre sous astreinte au préfet de police de lui délivrer sans délai une attestation de demande d'asile et de la faire bénéficier sans délai des droits prévus par la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, ainsi que d'un accueil dans un lieu d'hébergement et d'une allocation journalière.

Elle soutient que :

-la décision attaquée a signée par une autorité incompétente ;

-elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que : d'une part, le droit d'être entendu dans toute procédure, garanti notamment par l'article 41, paragraphe 2, de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été respecté ; d'autre part, le document d'information prévu à l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui a pas été remis ;

-elle n'est pas motivée ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du but de sa demande d'asile ;

-elle méconnaît le droit à un recours effectif, dès lors que le recours qu'elle serait susceptible d'exercer devant la Cour nationale du droit d'asile en cas de rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ne serait pas suspensif.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2024, le préfet de police, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

-les moyens étrangers aux motifs retenus pour estimer que la demande d'asile de la requérante n'a été présentée en rétention que dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement sont irrecevables ;

-excepté celui tiré de la méconnaissance du droit à un recours effectif, ces moyens ne sont en tout état de cause pas fondés ;

-celui tiré du vice de procédure tenant au défaut de remise document d'information prévu à l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est en outre inopérant ;

-il en va de même de celui tiré de la méconnaissance du droit à un recours effectif ;

-les motifs retenus pour estimer que la demande d'asile de la requérante n'a été présentée en rétention que dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement ne sont entachés d'aucune erreur de droit, ni d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

-la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer selon la procédure applicable aux recours en annulation dirigés contre les décisions mentionnées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence ainsi que selon la procédure applicable aux recours en annulation formés contre les décisions de maintien en rétention mentionnées à l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Zanella, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la tardiveté de la requête n° 2313125 de Mme L ;

-les observations de Me Henry-Weissgerber, avocate commise d'office représentant Mme L, qui a conclu aux mêmes fins que les requêtes, par les mêmes moyens, en soutenant en outre que : en ce qui concerne la requête n° 2313125 : la tardiveté de cette requête ne doit pas être relevée, dès lors que la requérante ne parle pas français et qu'elle n'a pas disposé des moyens pour saisir le tribunal en temps utile ; la requérante serait exposée à un danger en cas de retour dans son pays d'origine, dès lors qu'elle y est menacée de mort par la famille de l'homme avec lequel, bien qu'étant homosexuelle, elle entretenait une relation et que la police ne prend pas en compte les plaintes des femmes dans ce pays ; la requérante s'est vu interdire le retour sur le territoire français alors qu'elle souhaitait se rendre en Espagne, où réside son père ; en ce qui concerne la requête n° 2313206 : la requérante n'a pas présenté sa demande dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement dont elle fait l'objet, dès lors qu'elle vient d'arriver en France ;

-les observations de Mme L, qui, assistée par Mme A, interprète assermentée en langue espagnole, a répondu aux questions posées dans le cadre de l'instruction.

1. Mme L, ressortissante dominicaine née le 1er juin 1993, a fait l'objet, le 6 décembre 2023, d'une part, d'un arrêté par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays à destination duquel elle sera renvoyée en cas d'exécution d'office de cette obligation et l'a placée en rétention, d'autre part, d'un arrêté par lequel la même autorité lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Ayant présenté une demande d'asile en rétention, elle a en outre fait l'objet, le 10 décembre suivant, d'un arrêté par lequel ladite autorité a décidé son maintien en rétention sur le fondement de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ses requêtes nos 2313125 et 2313206 tendent respectivement, l'une, à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et fixation du pays de renvoi contenues dans le premier des deux arrêtés du 6 décembre 2023 mentionnés ci-dessus, ainsi que du second de ces arrêtés, l'autre, à celle de l'arrêté du 10 décembre 2023.

2. Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger a formé un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-8 et que le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin n'a pas encore statué sur ce premier recours, il statue sur les deux requêtes par une seule décision. " En application de ces dispositions, il y a lieu de joindre les requêtes nos 2313125 et 2313206 présentées par Mme L pour y statuer par un seul jugement.

Sur la requête n° 2313125 :

3. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 []. " Aux termes de l'article L. 614-8 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec [] une décision de placement en rétention prise en application de l'article L. 741-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures. " L'article R. 776-4 du code de justice administrative précise que " ce délai court à compter de la notification de la décision par voie administrative. " En outre, l'article R. 421-5 du même code dispose que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. "

4. Il ressort des pièces des dossiers que les deux arrêtés du 6 décembre 2023 mentionnés au point 1 ont été notifiés à Mme L, par voie administrative et avec l'assistance d'un interprète en langue espagnole, langue comprise par l'intéressée, le jour même de leur édiction, peu après midi : 12h02 pour le premier, 12h06 pour le second. Il en ressort également que cette notification était accompagnée de l'indication des délais et voies de recours ouverts contre chacun des deux arrêtés en cause. Or la requête n° 2313125 n'a été enregistré au greffe du tribunal que le 8 décembre 2023 à 17h21, soit après l'expiration du délai de quarante-huit heures prévu à l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et il n'est fait précisément état d'aucune circonstance qui aurait été de nature à empêcher sa présentation dans ce délai. Ladite requête est ainsi tardive et, par suite, irrecevable.

Sur la requête n° 2313206 :

5. En premier lieu, par un arrêté du 29 novembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs du département de Paris, le préfet de police a donné délégation à M. D F, attaché d'administration de l'État et signataire de l'arrêté du 10 décembre 2023 mentionné au point 1, à l'effet de signer à compter du 1er décembre 2023, en cas d'absence ou d'empêchement simultané de Mme G E, préfète déléguée à l'immigration, de M. M K, chef du service de l'administration des étrangers, de M. J H, chef du département zonal de l'asile et de l'éloignement, et de Mme B C, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, sous l'autorité de laquelle il est directement placé, l'ensemble des décisions relevant des attributions de ce bureau, y compris les décisions de maintien en rétention prises en application de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est pas établi que Mme E, MM. K et H et Mme C n'étaient pas absents ou empêchés lors de l'édiction de l'arrêté du 10 décembre 2023 mentionné au point 1. Par suite, le moyen tiré de ce que cet arrêté aurait été signé par une autorité incompétente manque en fait.

6. En deuxième lieu, si, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre [] ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article ne s'adresse pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union et que sa méconnaissance par une autorité d'un État membre ne peut, dès lors, être utilement invoquée. Il en va différemment, en revanche, de la méconnaissance du droit d'être entendu en tant qu'il fait partie intégrante du respect des droits de la défense, lequel constitue un principe général du droit de l'Union européenne. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait toutefois être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre de façon spécifique l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

7. En l'espèce, il ressort des pièces des dossiers, en particulier du procès-verbal de son audition par les services de police, que Mme L a été entendue le 5 décembre 2023 sur sa situation personnelle, notamment en ce qui concerne son âge, sa nationalité, sa situation de famille et ses attaches dans son pays d'origine, ainsi que les raisons et conditions de son départ de ce pays et de son entrée en France et sur la perspective de son éloignement et de son placement en rétention. La requérante a ainsi eu la possibilité, au cours de cette audition, de faire connaître des observations utiles et pertinentes de nature à influer sur la décision de maintien en rétention dont elle a fait l'objet le 10 décembre suivant. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces des dossiers que l'intéressée ait détenu des informations tenant à sa situation personnelle qu'elle aurait été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que cette décision ne soit prise et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette même décision. Par suite, le moyen tiré de ce que ladite décision serait intervenue au terme d'une procédure méconnaissant le droit d'être entendu doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis au demandeur d'asile un document d'information sur la procédure de demande d'asile, sur ses droits et sur les obligations qu'il doit respecter au cours de la procédure, sur les conséquences que pourrait avoir le non-respect de ses obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et sur les moyens dont il dispose pour l'aider à introduire sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. / Ce document l'informe également sur ses droits et sur les obligations au regard des conditions d'accueil, ainsi que sur les organisations qui assurent une assistance aux demandeurs d'asile. / Cette information se fait dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. " Aux termes de l'article R. 754-2 du même code : " L'étranger placé ou maintenu en rétention administrative qui souhaite demander l'asile est informé, sans délai, de la procédure de demande d'asile, de ses droits et de ses obligations au cours de cette procédure, des conséquences que pourrait avoir le non-respect de ces obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et des moyens dont il dispose pour l'aider à présenter sa demande. / Cette information lui est communiquée dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. "

9. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la forme et le contenu des informations que l'autorité administrative est tenue de délivrer à un étranger présentant une demande d'asile en rétention sont régis par l'article R. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non par l'article R. 521-16 du même code. Par suite, Mme L ne peut utilement soutenir que le document d'information mentionné à cet article ne lui a pas été remis.

10. En quatrième lieu, l'arrêté du 10 décembre 2023 mentionné au point 1, qui, notamment, vise les dispositions dont le préfet de police a entendu faire application, en particulier l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne les critères pris en compte par la même autorité pour estimer que Mme L n'a présenté une demande d'asile en rétention que dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement dont elle a fait l'objet le 6 décembre 2023, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent son fondement. Le moyen tiré de son absence de motivation manque par suite en fait.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. "

12. Pour estimer que la demande d'asile présentée par Mme L en rétention avait pour seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement du 6 décembre 2023 mentionnée au point 1, le préfet de police a retenu que l'intéressée n'avait, postérieurement à son entrée en France, le 20 novembre 2023 selon lui, entrepris aucune démarche en vue de formuler une telle demande avant son placement en rétention, qu'elle a déclaré, lors de son audition par les services de police, être venue en France en possession d'un faux passeport et n'avoir aucune attache dans ce pays, qu'elle ne peut justifier du lieu de sa résidence effective ou permanente et qu'elle a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un document de voyage.

13. Il ressort des pièces des dossiers que, contrairement à ce qu'indique l'arrêté décidant de son maintien en rétention et à ce qu'elle prétend elle-même à l'appui de sa requête n° 2313206, Mme L n'est pas entrée en France le 20 novembre 2023, date à laquelle elle a fait l'objet, lors de son arrivée au point de passage frontalier de l'aéroport de Paris-D de Gaulle en provenance de Bogota (Colombie), d'un refus d'entrée sur le territoire français assorti d'un placement en zone d'attente, mais le 5 décembre suivant, date à laquelle elle a été placée en garde à vue à la suite de son refus d'embarquer pour un vol à destination de la même ville. Il en ressort également qu'alors qu'elle prétend être précisément venue en France en vue d'y formuler une demande d'asile, la requérante a toutefois attendu deux jours après son placement en zone d'attente pour accomplir de premières démarches en ce sens et qu'à la suite du refus d'entrée en France au titre de l'asile que le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui opposé le 23 novembre 2023 au vu d'un avis émis le même jour par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, elle n'a pas, lors de son audition du 5 décembre 2023 par les services de police, clairement manifesté son intention de poursuivre ces démarches et, au contraire, déclaré vouloir aller en Espagne pour y rejoindre son père. En outre, alors que la décision de refus d'entrée en France au titre de l'asile mentionnée ci-dessus est motivée par le fait que ses déclarations relatives aux risques auxquels elle serait exposée dans son pays d'origine en raison de son orientation sexuelle étaient insuffisamment circonstanciées pour être considérées comme crédibles, l'intéressée a reconnu, lors de l'audience publique, n'avoir aucun élément à apporter pour étayer lesdites déclarations. Dans ces conditions, le préfet de police ne peut être regardé comme ayant inexactement apprécié les circonstances de l'espèce en estimant que la demande d'asile présentée en rétention par Mme L n'avait d'autre but que de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement prise à l'encontre de celle-ci le 6 décembre 2023.

14. En dernier lieu, la décision de maintien en rétention attaquée ne fait pas obstacle à la saisine de la Cour nationale du droit d'asile par Mme L. La circonstance que cette saisine ne soit pas suspensive de l'exécution de la mesure d'éloignement prise à l'encontre de l'intéressée ne porte pas en elle-même atteinte au droit de celle-ci à un recours effectif. Le moyen tiré de la méconnaissance de ce droit doit par suite être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que la requête n° 2313206 de Mme L doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

D É C I D E :

Article 1er :Les requêtes nos 2313125 et 2313206 de Mme L sont rejetées.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme I L et au préfet de police.

Lu en audience publique le 11 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : P. ZANELLA Le greffier,

Signé : N. RIELLANT

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2313125

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