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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2313293

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2313293

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2313293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantCLERC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 décembre 2023 et le 10 mai 2024, M. E D, représentant légal de M. A D, représenté par Me Clerc, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 octobre 2023 par laquelle la rectrice de l'académie de Créteil a prononcé l'irrecevabilité de l'appel formulé à l'encontre de la décision d'exclusion du 2 au 9 octobre 2023 prononcée à l'encontre de M. A D par le conseil de discipline du collège Jean Moulin de La Queue-en-Brie le 2 octobre 2023 ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Créteil de procéder au retrait de cette décision et de recevoir l'appel formulé le 9 octobre 2023 ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence et d'un vice de forme dès lors que la preuve de l'identité et de la qualité de l'auteur de l'acte ainsi que de la délégation accordée par la rectrice n'est pas établie ;

- les dispositions des articles 4, 5 et 6 de la loi du 31 décembre 1971 sont méconnues dès lors qu'Emir et sa famille ont confié à leur conseil le soin de l'assister et de le représenter dans le cadre de cette procédure ; ce conseil disposait d'un mandat pour représenter son client devant la rectrice d'académie en vertu de la convention d'honoraire signée par les parents de l'enfant ;

- la décision attaquée méconnait l'article 6 §3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée méconnait les droits de la défense.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2024, la rectrice de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité compétente ;

- l'appel était bien irrecevable conformément aux dispositions de l'article R. 511-49 du code de l'éducation ;

- le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant.

Par une lettre du 1er février 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 1er mars 2024 sans information préalable.

Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été prise le 18 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°71-1130 du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,

- et les conclusions de Mme Blanc, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, scolarisé en classe de 5ème au sein du collège Jean Moulin situé à La Queue-en-Brie au titre de l'année scolaire 2023-2024, a fait l'objet d'une sanction d'exclusion du 2 au 9 octobre 2023 par le conseil de discipline au motif de l'utilisation des réseaux sociaux à caractère discriminatoire à l'encontre d'élèves et de plusieurs personnels de l'établissement. Cette décision a fait l'objet d'un appel auprès de la rectrice de l'académie de Créteil qui l'a rejeté au motif qu'il était irrecevable dès lors qu'il avait été présenté par le conseil de M. A D. Par la présente requête, M. E D, père de l'intéressé, demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 222-20 du code de l'éducation : " Le recteur d'académie est autorisé à déléguer sa signature au secrétaire général de l'académie, à l'adjoint au secrétaire général d'académie et aux chefs de division du rectorat, dans la limite de leurs attributions () ". Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée est signée, pour la rectrice, par M. B C, chef de la division des établissements et comporte ainsi le prénom, le nom et la qualité de son auteur conformément aux dispositions précitées. Par ailleurs, par un arrêté du 19 juillet 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région d'Ile-de-France, la rectrice de l'académie de Créteil a donné délégation à M. B C à l'effet de signer tous les actes relevant de la compétence de la rectrice, notamment dans le domaine de la scolarité, les décisions relatives à la recevabilité des appels en matière disciplinaire. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 4 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques : " Nul ne peut, s'il n'est avocat, assister ou représenter les parties, postuler et plaider devant les juridictions et les organismes juridictionnels ou disciplinaires de quelque nature que ce soit, sous réserve des dispositions régissant les avocats au Conseil d'État et à la Cour de cassation. Les dispositions qui précèdent ne font pas obstacle à l'application des dispositions législatives ou réglementaires spéciales en vigueur à la date de publication de la présente loi et, notamment, au libre exercice des activités des organisations syndicales régies par le code du travail ou de leurs représentants, en matière de représentation et d'assistance devant les juridictions sociales et paritaires et les organismes juridictionnels ou disciplinaires auxquels ils ont accès. Nul ne peut, s'il n'est avocat, assister une partie dans une procédure participative prévue par le code civil. ". Aux termes de l'article 5 : " Les avocats exercent leur ministère et peuvent plaider sans limitation territoriale devant toutes les juridictions et organismes juridictionnels ou disciplinaires, sous les réserves prévues à l'article 4. Ils peuvent postuler devant l'ensemble des tribunaux judiciaires du ressort de cour d'appel dans lequel ils ont établi leur résidence professionnelle et devant ladite cour d'appel. Par dérogation au deuxième alinéa, les avocats ne peuvent postuler devant un autre tribunal que celui auprès duquel est établie leur résidence professionnelle ni dans le cadre des procédures de saisie immobilière, de partage et de licitation, ni au titre de l'aide juridictionnelle, ni dans des instances dans lesquelles ils ne seraient pas maîtres de l'affaire chargés également d'assurer la plaidoirie ". Enfin, aux termes de l'article 6 de ladite loi : " Les avocats peuvent assister et représenter autrui devant les administrations publiques, sous réserve des dispositions législatives et réglementaires () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 511-49 du code de l'éducation : " Toute décision du conseil de discipline de l'établissement ou du conseil de discipline départemental peut être déférée au recteur de l'académie, dans un délai de huit jours à compter de sa notification écrite, soit par le représentant légal de l'élève, ou par ce dernier s'il est majeur, soit par le chef d'établissement. Le recteur d'académie décide après avis d'une commission académique ". Aux termes de l'article R. 511-53 du même code : " La juridiction administrative ne peut être saisie qu'après mise en œuvre des dispositions de l'article R. 511-49 ".

6. Enfin, l'article 1146 du code civil indique : " Sont incapables de contracter, dans la mesure définie par la loi : 1° Les mineurs non émancipés ; 2° Les majeurs protégés au sens de l'article 425 ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le conseil de discipline du collège a pris une décision d'exclusion à l'encontre A D le 2 octobre 2023 qui a été notifiée à M. et Mme D par un courrier daté du 2 octobre 2023. Cette décision a été contestée le 9 octobre 2023 par M. A D, dont il n'est pas contesté qu'il est mineur non émancipé, représenté par Me Clerc, son conseil. Or, il ressort des dispositions précitées de l'article R. 511-49 du code de l'éducation que, dans le cas où un avocat forme un tel appel contre une décision d'un conseil de discipline, il doit agir pour le compte des représentants légaux et est présumé disposer d'un mandat pour défendre les intérêts de l'élève mineur. Dans ces conditions, alors que cette décision ne pouvait être contestée, dans le cas d'un enfant mineur, que par son représentant légal, qui pouvait au demeurant être assisté d'un conseil, et alors que Me Clerc n'a pas produit, dans le cadre de la procédure disciplinaire, le mandat qu'il tire des représentants légaux du jeune A, la rectrice n'a pas commis d'erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article 6 de la loi du 31 décembre 1971. Par suite, ce moyen ne pourra qu'être écarté.

8. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer une méconnaissance de l'article 6 §3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que la décision attaquée relève d'un domaine purement administratif et, par conséquent, étranger aux stipulations de l'article 6 §3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui s'applique en matière pénale. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

9. En quatrième et dernier lieu, si le requérant fait valoir que la décision attaquée méconnait les droits de la défense, les dispositions de l'article R. 511-49 du code de l'éducation imposent explicitement que le recours formé devant le recteur de l'académie le soit par le représentant légal de l'élève ou bien par son mandataire agissant pour le compte du représentant légal de l'élève. En l'espèce, la décision attaquée ne fait pas obstacle à ce que le jeune A soit entendu, et se borne à tirer les conséquences des conditions dans lesquelles le recours a été introduit pour le compte du jeune A, mineur non émancipé. Par suite, ce moyen ne pourra qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du requérant doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,

M. Collen-Renaux, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La rapporteure,

J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

H. KELI

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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