Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2313346

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2313346
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre Reconduite à la frontière 12
Avocat requérantKABSI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun annule l'arrêté du 24 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne avait obligé M. A, ressortissant moldave, à quitter le territoire français. Le juge retient que le préfet a commis une erreur de droit en ne vérifiant pas le droit au séjour de l'intéressé au regard des articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que M. A est marié à une citoyenne roumaine et père d'un enfant de même nationalité. L'État est condamné à verser 1 200 euros à M. A au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu le dossier de la requête, transmis par une ordonnance de la présidente du Tribunal administratif de Versailles en date du 11 décembre 2023.

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2023, M. B A demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 24 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

- que l'obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- qu'elle est insuffisamment motivée ;

- qu'elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation ;

- qu'elle est entachée d'erreur de droit du fait de la non prise en compte par le préfet de sa nationalité roumaine ;

- qu'elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'Enfant ;

- qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- que la décision fixant le pays de destination est privée de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 septembre 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Combes, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants et R. 776-15 et suivants du code de justice administrative, en vigueur à la date de la décision attaquée.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

- Le rapport de M. Combes, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision en date du 24 novembre 2023, le préfet de l'Essonne a obligé M. B A, ressortissant moldave né le 24 mars 1993, à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : /1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; /2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; /3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; /4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; /5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ". Et aux termes de l'article L. 233-2 du même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois.

Il en va de même pour les ressortissants de pays tiers, conjoints ou descendants directs à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées au 3° de l'article L. 233-1 ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est marié depuis le 22 août 2023 avec une ressortissante roumaine, citoyenne de l'Union européenne, et qu'il père d'un enfant né le 4 juin 2014, de la même nationalité. Le requérant produit, par ailleurs, la traduction d'un certificat de nationalité roumain, qui lui aurait été délivré par les autorités de ce pays le

13 septembre 2023. Dès lors, le préfet de l'Essonne était tenu, avant de prendre les mesures contestées, de vérifier le droit au séjour de M. A au regard des dispositions précitées, dont les mentions de l'arrêté attaqué ne font nullement état. Dans ces circonstances, le requérant est fondé à soutenir que cet arrêté est entaché d'erreur de droit.

4. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèces, de condamner l'Etat, partie perdante, à verser à M. A la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté attaqué du préfet de l'Essonne en date du 24 novembre 2023 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

R. Combes

La greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,