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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2313382

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2313382

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2313382
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantZOUBKOVA-ALLIEIS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête enregistrée le 10 octobre 2023 au greffe du tribunal administratif de Paris et le 14 décembre 2023 au greffe du présent tribunal sous le numéro 2313380, M. A C, représenté par Me Zoubkova-Alleis, demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 8 octobre 2023 par lequel le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de deux ans.

II - Par une requête enregistrée le 10 octobre 2023 au greffe du tribunal administratif de Paris et le 14 décembre 2023 au greffe du présent tribunal sous le numéro 2313382, M. A C, représenté par Me Zoubkova-Alleis, demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 8 octobre 2023 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français.

Il soutient que les décisions en cause ont été signées par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière et qu'elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors qu'il peut entrer sur le territoire sans visa.

Les requêtes ont été communiquées le 14 décembre 2023 au préfet de police de Paris qui n'a présenté aucun mémoire en défense.

Vu :

- les arrêtés attaqués ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) 2016/399 du Parlement Européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le règlement (UE) 2018/1806 du Parlement Européen et du Conseil du 14 novembre 2018 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des États membres et la liste de ceux dont les ressortissants sont exemptés de cette obligation ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-les ordonnances du président du tribunal administratif de Paris du 11 décembre 2023 transmettant au tribunal administratif de Melun les requêtes de M. C au motif de la résidence déclarée de l'intéressé à Thorigny-sur-Marne (Seine-et-Marne) ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 12 mars 2024, tenue en présence de Mme Adelon, greffière d'audience, présenté son rapport en l'absence du requérant et du préfet de police de Paris, ou de leurs représentants, dûment convoqués.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant moldave né le 25 juillet 1991 à Singerei, a fait l'objet, le 8 octobre 2023, par le préfet de police de Paris, d'une obligation de quitter sans délai le territoire français, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, motivée par les circonstances que sa présence sur le territoire présentait une menace pour l'ordre public car il avait été interpellé pour exercice illégal de l'activité d'exploitant de taxi et défaut de permis de conduire, l'intéressé ayant par ailleurs indiqué être en France depuis deux ans. Par deux requêtes enregistrées le 10 octobre 2023 au greffe du tribunal administratif de Paris, il a demandé l'annulation de ces deux décisions. Ses requêtes ont été transmises au présent tribunal au motif de la résidence déclarée de l'intéressé à Thorigny-sur-Marne (Seine-et-Marne), 8 avenue de la Gare.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; ".

3. Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (). ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

4. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, par un arrêté n° 2023-01047 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police de Paris a donné à M. B D, attaché d'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions relatives à la police des étrangers, dans la limite de ses attributions en cas d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi, ni même allégué qu'elles n'aient été empêchées ou absentes. Le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions attaquées manquent en fait et doit être écarté

5. En deuxième lieu, si l'intéressé, de nationalité moldave, peut effectivement pénétrer dans l'espace Schengen sans visa, en application de l'annexe II du règlement (UE) du 14 novembre 2018 susvisé, dès lors qu'il détient un passeport passeports biométrique délivré en conformité avec les normes de l'Organisation de l'aviation civile internationale, ce qui n'est au demeurant pas démontré en l'espèce, sa présence est toutefois limitée à une période de trois mois et en l'autorise pas à travailler. Or, il ressort des pièces du dossier que M. C a indiqué être en France depuis deux ans à la date de la décision attaquée et qu'il exerçait, au moment de son interpellation, la profession de taxi sans disposer d'une autorisation de travail et qu'il a ainsi méconnu les dispositions de l'article 6 du règlement (UE) du 9 mars 2016 susvisé. C'est donc sans erreur de droit que le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de deux ans.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les requêtes de M. C ne pourront qu'être rejetées dans l'ensemble de leurs composantes.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. C sont rejetées.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A C, au préfet de police de Paris et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : M. Aymard

La greffière,

Signé : MD. Adelon

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris et au préfet de Seine-et-Marne en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. Adelon

2313380-2313382

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