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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2313439

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2313439

mardi 26 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2313439
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCLAUDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2023, M. A B demande au tribunal d'annuler les décisions du 7 décembre 2023 par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de

trois ans.

Le requérant soutient que :

- les décisions contestées sont entachées d'un vice d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'illégalité ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- les décisions méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision de placement en rétention administrative est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Meyrignac, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties de la date de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Meyrignac qui a relevé d'office l'incompétence du juge administratif pour se prononcer sur la légalité de la décision de placement en rétention administrative ;

- et les observations de Me Claude, représentant M. B présent, qui maintient ses conclusions et moyens, et soutient que le préfet n'a pas examiné sa situation dès lors qu'il s'est fondé sur une fiche de renseignements datée de 2020, que sa vie privée et familiale est en France où réside sa famille et où il a été scolarisé et qu'il dispose d'un diplôme de cuisinier.

Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 15 février 1995, a été condamné à trois mois d'emprisonnement pour des faits de détention, offre ou cession, acquisition et transport de stupéfiants par un jugement du tribunal correctionnel de Paris en date du 17 septembre 2019, à

trois ans d'emprisonnement pour des faits identiques par un arrêt de la cour d'assises de Paris en date du 13 octobre 2021 et à cinq mois d'emprisonnement pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants, récidive et recel de biens provenant d'un délit par jugement du tribunal correctionnel d'Evry-Courcouronnes en date du 14 octobre 2022. Par arrêté du 7 décembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la requête précitée, l'intéressé demande l'annulation de ces décisions.

Sur la légalité des décisions contestées :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français,

2. En premier lieu, par un arrêté n° 23/BC/129 du 26 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département de la Seine-et-Marne du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation de signature à Mme C D, directrice de l'immigration et de l'intégration, aux fins de signer les décisions relevant des attributions de sa direction dont les décisions litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions contestées qui comportent l'énoncé des considérations de fait, notamment relatives à la situation de l'intéressé au regard notamment des condamnations précitées, et de droit sur lesquelles elles sont fondées, sont suffisamment motivées.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de

Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen réel, sérieux et approfondi de la situation de M. B, au regard des éléments dont il avait connaissance et alors même que la notice de renseignements, produite en défense, a été remplie par l'intéressé le 3 juillet 2020 à la prison de Fresnes.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre

public () ".

6. Il ressort des mentions de l'arrêté contesté que le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur les 1° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français. A supposer qu'en invoquant une erreur de droit, le requérant conteste l'application de ces dispositions, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, M. B ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français, ni qu'il disposerait d'un titre de séjour en cours de validité et, d'autre part, eu égard à la gravité des faits pour lesquels il a été condamné, ainsi qu'il a été dit au point 1, son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Le moyen précité doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Le requérant soutient qu'il dispose en France de sa famille, qu'il y a suivi sa scolarité et qu'il dispose d'un diplôme de cuisinier. Toutefois, il est célibataire et sans enfant, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, et ne justifie pas de liens privés et familiaux sur le territoire national inscrits dans la durée et la stabilité. Par ailleurs, eu égard à la gravité des faits pour lesquels il a été condamné, sa présence en France constitue une menace à l'ordre public. Ainsi et compte tenu de la durée et des conditions de son séjour sur le territoire national, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

9. En sixième lieu, si le requérant invoque la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit pas ce moyen des précisions nécessaires pour en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". L'article L. 612-2 de ce code prévoit que " Par dérogation à l'article

L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ".

11. Si l'intéressé soutient que les motifs justifiant cette décision manquent en fait et les faits allégués par l'administration ne pouvaient caractériser un risque de fuite, il ressort des mentions de l'arrêté contesté que le préfet de Seine-et-Marne ne s'est pas fondé sur un risque de fuite, mais sur la circonstance que le comportement de M. B constitue une menace à l'ordre public, ainsi qu'il a été dit précédemment. Le moyen précité doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

13. Le requérant soutient que cette décision porte une atteinte manifestement disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Toutefois, il n'établit pas ainsi, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, l'existence de circonstances humanitaires de nature à s'opposer à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre.

En ce qui concerne la décision portant placement en rétention administrative :

14. En vertu des dispositions de l'article L. 741-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité judiciaire est seule compétente pour connaître d'une contestation de la décision de placement en rétention. Dès lors, à supposer que M. B entende contester cette décision, de telles conclusions doivent être rejetées comme présentées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne en date du 7 décembre 2023 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Lu en audience publique le 26 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : P. MeyrignacLa greffière,

Signé : O. Dusautois

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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