vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2313459 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Chambre Reconduite à la frontière 12 |
| Avocat requérant | DESMOT |
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;
- les observations de Me Desmot, représentant M. et Mme A assistés de Mme C, interprète assermentée en langue turque, qui conclut aux mêmes fins que la requête et précise qu'il n'y a lieu de prendre en compte que les moyens présentés dans les mémoires complémentaires ;
- M. A assisté de Mme C, interprète assermentée en langue turque, qui explique avoir quitté la Turquie car sa vie est en danger et que son épouse et lui voient actuellement un médecin en vue d'avoir un enfant ;
- et Mme A, assistée de Mme C, interprète assermentée en langue turque, qui indique souhaiter vouloir rester en France et apprendre le français.
Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 12h05.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A, ressortissants turcs d'origine kurde nés respectivement le 10 juin 1984 à Eleskirt et le 9 avril 1990 à Agri en République de Turquie, sont entrés en France respectivement le 28 décembre 2019 et le 22 juillet 2022, selon le relevé des informations de la base de données " TelemOfpra " produit en défense. M. A a sollicité l'asile qui lui a été refusé par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) le 6 octobre 2021 contre laquelle les conclusions en annulation ont été rejetées par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 3 mars 2022. Ses deux demandes de réexamen ont été rejetées par des décisions d'irrecevabilité de l'Office des 9 juin 2022 et 24 janvier 2023 contre lesquelles les conclusions en annulation ont été rejetées par la Cour par une décision du 21 novembre 2022 puis par une ordonnance du 21 avril 2023. Mme A a sollicité l'asile qui lui a été refusé par une décision de l'Ofpra le 31 janvier 2023 contre laquelle les conclusions en annulation ont été rejetées par une décision du 19 octobre 2023. Par deux arrêtés du 21 novembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de les admettre au séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignés d'office. M. et Mme A demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés du 21 novembre 2023.
2. Les requêtes susvisées n° 2313458 et n° 2313459 présentent à juger la légalité des mesures d'éloignement concernant un couple de ressortissants étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 de ce code prévoit que " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ".
4. En premier lieu, le premier alinéa de de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".
5. D'une part, M. et Mme A ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration à l'appui du moyen tiré du défaut de motivation des décisions litigieuses dès lors que la motivation des obligations de quitter le territoire français est explicitement prévue au premier alinéa de l'article L. 613-1 précité.
6. D'autre part, les décisions querellées du 21 novembre 2023 du préfet de Seine-et-Marne mentionnent de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que les demandes d'asile des intéressés ont été rejetées par l'Ofpra et par la CNDA, et que les décisions prises ne contreviennent pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation des intéressés, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé ses décisions. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les intéressés aient informé le préfet de la présence sur le territoire de membres de leur famille. En outre, il ne ressort ni des termes de ces arrêtés, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de ses décisions, à un examen particulier de la situation personnelle des intéressés. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation des décisions en litige et du défaut d'examen de la situation personnelle des intéressés doivent être écartés.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
8. M. et Mme A font valoir que leur vie privée et familiale se trouve en France dès lors que M. A y est établi depuis 2019 et son épouse depuis 2022, qu'ils vivent depuis leurs arrivées respectives chez le frère du requérant. Toutefois, ils ne présentent au dossier que des documents d'identité et des décisions de l'Ofpra ou de la CNDA concernant des personnes avec lesquelles le lien de filiation n'est d'ailleurs pas établi. Par ailleurs, à supposer qu'il s'agisse effectivement de membres de leur famille, ils ne présentent pas de documents attestant de relations intenses avec ces personnes. À cet égard, s'ils soutiennent être hébergé chez M. D A, frère que requérant, force est de constaté qu'aucune attestation d'hébergement ne figure au dossier. Enfin, M. et Mme A, de même nationalité et sans enfant à charge, ne sauraient être regardés comme dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine où ils ont vécu au moins jusqu'à l'âge de 35 ans pour M. A et 32 ans pour Mme A. Ainsi les requérants ne justifient pas, à supposer même établie la durée de séjour qu'ils invoquent, avoir en France le centre de leurs intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, M. et Mme A, et même s'ils déclarent effectivement leurs impôts, ne sont pas fondés à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels chacune des décisions a été prise. Par suite, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées doivent être écartés.
9. En dernier lieu, si M. A fait valoir dans ses écrits travailler, la seule mention dans la déclaration de revenus de salaire pour un montant inférieure à 5 000 euros sur l'année est insuffisante pour permettre de considérer l'intéressé comme justifiant d'une intégration professionnelle suffisante en France. Par suite, et compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences que les décisions emportent sur la situation personnelle de M. et Mme A doit être écarté.
Sur les décisions fixant le pays de destination :
10. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français (). ". Le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du même code prévoit qu'" Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " aux termes duquel : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
11. D'une part, M. A fait valoir qu'il encourt un risque en cas de retour en République de Turquie en raison de son origine kurde et de son engagement politique passé. À cet effet, il produit à l'audience une traduction d'une attestation du Parti démocratique des peuples (HDP) en date du 21 décembre 2022 indiquant qu'il en est membre depuis 2016 et qu'il a participé à plusieurs activités pour le parti. Cette attestation décrit l'état de la procédure judiciaire engagé contre lui par les autorités turques. Il présente également la traduction d'une " décision justifiée " émanant de la cour d'assisse d'Agri du 13 avril 2021, d'un mandat d'arrêt émis par la même cour en date du 23 avril 2021 et d'un acte d'accusation établi par le Parquet général d'Agri le 20 novembre 2019. Toutefois, ces documents sont antérieurs au moins à la dernière décision rendue par la CNDA sans qu'il ne ressorte des pièces du dossier que cette dernière n'ait pas été en mesure de les recevoir par le requérant avant que la Cour ne prenne l'ordonnance citée au point 1.
12. D'autre part, Mme A fait valoir qu'elle encourt un risque en retournant en République de Turquie en raison des soupçons qui pèse sur elle par les autorités turques d'aide et complicité à l'organisation Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et du placement sous contrôle judiciaire le 27 décembre 2021 puis du mandat d'arrêt en date du 12 juin 2022 dont elle a fait l'objet en sorte que son militantisme en faveur des kurdes de Turquie l'expose à des persécutions en cas de retour dans son pays d'origine. À cet égard, elle produit la traduction d'un procès-verbal de perquisition établi le 13 juin 2022 par le commandement de la gendarmerie départementale d'Eleskirt, d'un document daté du 27 décembre 2021 portant la mention " affaire d'exécution " et d'un mandat d'arrêt émis par le Parquet général d'Eleskirt du 12 juin 2022. Toutefois, ces documents, y compris dans leur version traduite à février 2023, sont antérieurs au moins à la dernière décision rendue par la CNDA sans qu'il ne ressorte des pièces du dossier que cette dernière n'ait pas été en mesure de les recevoir par la requérante avant que la Cour ne prenne la décision citée au point 1.
13. Compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 11 et 12, les requérants ne présentent donc à l'appui de leurs récits aucun document nouveau permettant de les étayer, alors même que la CNDA a rejeté leur recours respectif. Dans ces conditions, M. et Mme A ne peuvent être considérés comme encourant un risque personnel et actuel au sens des stipulations susmentionnées de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions également susmentionnées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations et dispositions doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions, contenues dans les arrêtés du 21 novembre 2023, par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne les a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignés d'office. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E A est rejetée.
Article 2 : La requête de Mme B A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Mme B A et au préfet de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.
Le magistrat désigné,
Signé : G. Girard-Ratrenaharimanga
La greffière,
Signé : N. Riellant
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N° 2313458
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026