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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2313469

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2313469

mercredi 19 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2313469
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation14ème chambre, DALO
Avocat requérantLUBAKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 décembre 2023, M. et Mme A, représentés par Me Lubaki Ludivine, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 janvier 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne a rejeté leur recours amiable tendant à ce que leur demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente, ensemble la décision du 6 avril 2023 prise sur recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de les déclarer prioritaires et devant être relogés en urgence ou, à titre subsidiaire, de réexaminer leur demande tendant à la reconnaissance de leur droit à un logement décent et indépendant tenant compte de leurs besoins et capacités, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre

des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure, en tant qu'elles ne permettent pas de s'assurer de la composition de la commission de médiation ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors que la commission a ajouté des conditions à la loi en leur demandant de produire une décision d'expulsion, alors même qu'ils ont établi être hébergés par un tiers et qu'ils ont justifié avoir dû quitter leur précédent logement en raison de l'arrêté du préfet portant interdiction d'y habiter, celui-ci étant impropre à l'habitation ;

- en ne mettant pas en œuvre son pouvoir d'instruction, la commission a entaché ses décisions d'une erreur de droit ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le ménage aurait dû être déclaré prioritaire en raison du caractère insalubre de leur logement, avec la présence de deux personnes handicapées, du délai anormalement long attaché à leur demande et au caractère précaire de leur hébergement par des tiers.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. et Mme A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B, premier vice-président, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de

l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. B, les parties n'y étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A ont présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne un recours amiable enregistré le 13 mars 2022 tendant à ce que leur demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Cette commission de médiation a rejeté leur recours par une décision du 26 janvier 2023 dont M.

et Mme A demandent l'annulation. Ils demandent également l'annulation de la décision du 6 avril 2023 par laquelle cette commission a rejeté leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, si M. et Mme A contestent la régularité de la composition de la commission de médiation du Val-de-Marne, ils n'apportent toutefois aucun élément à l'appui de ce moyen et n'ont pas sollicité la communication des procès-verbaux des deux commissions afin de s'assurer de leurs compositions. Dès lors, les requérants ne sauraient être regardés comme assortissant ce moyen de précisions suffisantes pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition des formations de la commission de médiation du Val-de-Marne est irrecevable et ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier du dossier de demande de logement social déposé par les requérants, que ceux-ci ne se sont pas bornés à indiquer être dépourvus d'hébergement mais ont indiqué être menacés d'expulsion. Dès lors, en sollicitant la production d'une décision d'expulsion, la commission de médiation du Val-de-Marne, qui n'a pas ajouté de condition à la loi, n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit.

4. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la commission de médiation du Val-de-Marne, qui a apprécié les mérites de la demande de logement social des requérants, ait entendu renoncer à exercer son pouvoir d'appréciation. Le moyen tiré d'une telle erreur de droit doit être écarté.

5. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant [] est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Cet article L. 441-2-3 prévoit : " (). II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. /(). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement, ainsi que, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires. /(). Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. Elle peut faire toute proposition d'orientation des demandes qu'elle ne juge pas prioritaires. /() ".

6.D'autre part, aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; - être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; - avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; - être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 ; - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus ".

7.Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. La commission de médiation dispose du pouvoir de procéder, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à un examen global de la situation du demandeur, sans être limitée par le motif invoqué dans la demande, afin de vérifier s'il se trouve dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence. En conséquence, le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur un autre fondement que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

8. Pour rejeter le recours amiable et le recours gracieux présentés par

M. et Mme A la commission de médiation a relevé, d'une part, que les requérants ne pouvaient être regardés comme étant hébergés par un tiers, d'autre part, qu'ils ne justifiaient pas du caractère avéré de la menace d'expulsion dont ils se prévalaient, et qu'enfin, tout en reconnaissant que M. A était en situation de handicap et que la demande avait atteint un délai anormalement long, que les intéressés n'apportaient pas d'éléments suffisamment probants concernant la situation déclarée dans leur recours.

9. S'il ressort des pièces du dossier qu'après avoir reçu interdiction d'habiter dans leur précédent logement, M. et Mme A ont été hébergés par leur fille et sa famille, titulaires du bail, il ressort toutefois des termes d'un courrier du bailleur social du logement concerné du 19 juin 2023, répondant à une demande de transfert de bail émanant

de M. et Mme A, que les titulaires de ce bail ont quitté leur logement

le 9 décembre 2022. Dès lors, M. et Mme A n'établissent pas qu'ils étaient dépourvus de logement et hébergés par leur fille. Enfin s'il ressort des pièces du dossier que M.

et Mme A sont reconnus comme étant des personnes handicapées, avec un taux d'incapacité compris entre 50 et 80 % pour Monsieur et supérieur ou égal à 80% pour Mme, il ne ressort d'aucune pièce versée au dossier que leur situation de handicap rendrait le logement inadapté à leur situation. Dès lors, le moyen tiré de ce que la commission de médiation aurait fait une inexacte application des dispositions précitées doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais d'instance :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A, au préfet

du Val-de-Marne et à la ministre chargée du logement.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2025.

Le magistrat désigné,

O. B

Le greffier,

S. BONINE

La République mande et ordonne à la ministre chargée du logement en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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