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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2313504

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2313504

mercredi 29 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2313504
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantREYNOLDS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 décembre 2023, Mme D C veuve B, représentée par Me Reynolds, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2023 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder sans délai à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- elle est illégale dès lors que le préfet s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 425-9 alors qu'elle est de nationalité algérienne ;

- en l'absence de communication de l'avis du collège des médecins de l'OFII, le respect des dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être examiné ;

- elle méconnaît l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du fait de son état de santé nécessitant une prise en charge médicale dont le défaut ou l'interruption entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et de l'impossibilité pour elle de bénéficier d'une prise en charge médicale effective en Algérie ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'incompétence ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 janvier 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C veuve B ne sont pas fondés.

La demande d'aide juridictionnelle de Mme C veuve B a été rejetée par une décision du 15 novembre 2023.

Par ordonnance du 7 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 7 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Jean a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C veuve B, ressortissante algérienne née en 1950, est entrée en France le 11 décembre 2019 sous couvert d'un visa de court séjour. Par arrêté du 17 juillet 2023, le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours. Par la présente requête, Mme C veuve B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme F E, attachée d'administration de l'Etat, aux fins de signer l'ensemble des décisions litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme C veuve B préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale, de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne différents éléments de la situation personnelle et familiale du requérant. La décision contestée est donc suffisamment motivée en droit comme en fait.

5. En quatrième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe, n'impose à l'autorité administrative de communiquer l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Au demeurant, le préfet de police a, dans le cadre de la présente instance, communiqué l'avis du collège de médecins de l'OFII du 26 juin 2023 ainsi que le bordereau de transmission de cet avis à ses services. Par suite, le moyen tiré du défaut de communication de cet avis de l'OFII doit être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable () ".

7. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent sous réserve des conventions internationales. En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 précité régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ces derniers peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de la validité des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Par suite, pour refuser à Mme C veuve B, ressortissante algérienne, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", le préfet de police ne pouvait légalement se fonder sur les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point. En l'espèce, les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien étant de portée équivalente aux dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision attaquée trouve son fondement légal dans ces stipulations qui peuvent être substituées, ainsi que le demande le préfet en défense, aux dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être accueilli.

9. En sixième lieu, pour refuser de délivrer à Mme C veuve B un titre de séjour sur le fondement sur le fondement des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, le préfet de police s'est fondé sur l'avis émis le 26 juin 2023 par le collège de médecins du service médical de l'OFII, lequel a considéré que, si l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. La requérante soutient qu'à la suite d'un lymphome pour lequel elle a été traitée il y a plusieurs années, elle a développé un lymphœdème secondaire du membre supérieur droit, qu'elle souffre également d'un syndrome anxiodépressif, d'acouphènes et d'un diabète de type II et qu'elle ne pourra bénéficier d'une prise en charge médicale effective en Algérie. Elle se prévaut en particulier de deux attestations du Docteur A G en date du14 juillet 2021 et du 4 janvier 2023 faisant état de l'absence " de pressothérapie dans [son] service pour prise en charge des lymphœdèmes " et fait valoir qu'elle ne dispose pas de ressource, ni de couverture sociale, lui permettant d'avoir accès à un traitement approprié dans son pays d'origine. Toutefois, ces certificats, au demeurant postérieurs à l'arrêté attaqué pour l'un d'entre eux, sont insuffisants, eu égard notamment à leur imprécision, pour remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII quant à la possibilité pour l'intéressée de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, en refusant de délivrer à la requérante un titre de séjour sur le fondement du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, le préfet de police n'a pas méconnu ces stipulations.

10. En septième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Si Mme C veuve B soutient être entrée sur le territoire français le 11 décembre 2019 et résider de façon continue depuis lors chez l'une de ses filles, de nationalité française, qui subvient à ses besoins et l'accompagne lors de ses rendez-vous médicaux, ces seules circonstances ne permettent pas d'établir l'intensité de ses liens personnels et familiaux en France, alors qu'elle est veuve, que son autre fille réside en Algérie et qu'elle a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 69 ans. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris l'arrêté attaqué et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, et compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le préfet de police n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en adoptant l'arrêté contesté.

11. En dernier lieu, compte tenu de ce qui précède, Mme C veuve B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision de refus de séjour pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme C veuve B doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C veuve B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C veuve B et au préfet de police.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 15 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2025.

La rapporteure,

A. JeanLe président,

N. Le Broussois

La greffière,

L. Darnal

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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