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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2313525

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2313525

mercredi 7 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2313525
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET SYMCHOWICZ - WEISSBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 18 décembre 2023 et 7 janvier 2024, la société Corbeille de la patate, représentée par Me Genies, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 1er décembre 2023 par laquelle le maire de Noisiel a prononcé son exclusion du marché forain du Luzard ;

2°) d'enjoindre à la commune de Noisiel de lui permettre de réintégrer ce marché dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Noisiel la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-sa requête est recevable, dès lors qu'elle a conservé sa personnalité morale malgré sa radiation du registre du commerce et des sociétés et que la décision en litige fait l'objet d'une requête en annulation ;

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors qu'ayant pour effet de lui faire perdre l'important chiffre d'affaires qu'elle réalisait sur le marché forain du Luzard, où elle était présente depuis plusieurs années et où elle avait réussi à fidéliser une clientèle, la décision en litige lui cause un grave préjudice économique qui remet en cause la pérennité de son activité ainsi que celle des emplois de deux de ses salariés ;

-il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige pour les raisons suivantes :

*cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

*elle est insuffisamment motivée ;

*elle est intervenue irrégulièrement, à défaut de mise en œuvre de la procédure contradictoire préalable prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

*elle est entachée d'erreur de droit et de fait et est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2024, la commune de Noisiel, représentée par la SELARL Symchowicz - Weissberg et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Corbeille de la patate au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la requête est irrecevable, dès lors que, la société Corbeille de la patate ayant été radiée du registre du commerce et des sociétés le 5 décembre 2023, soit antérieurement à l'introduction de l'instance, n'a plus de personnalité morale et est ainsi dépourvue de capacité à agir en justice ;

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie ;

-il n'est fait état d'aucun moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 8 janvier 2024 à 10h00 en présence de Mme Do Novo, greffière d'audience, ont été entendus :

-le rapport de M. Zanella, juge des référés ;

-les observations de Me Genies, représentant la société Corbeille de la patate, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

-les observations de Me Scanvic, de la SELARL Symchowicz - Weissberg et Associés, représentant la commune de Noisiel, qui a conclu aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes motifs.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

3. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision du 1er décembre 2023 par laquelle le maire de Noisiel a prononcé son exclusion du marché forain du Luzard, la société Corbeille de la patate fait valoir que cette décision a pour effet de lui faire perdre l'important chiffre d'affaires qu'elle réalisait sur ce marché et qu'elle lui cause ainsi un grave préjudice économique qui remet en cause la pérennité de son activité ainsi que celle des emplois de deux de ses salariés. Toutefois, il résulte de l'instruction et n'est au demeurant pas contesté qu'elle a cessé son activité le 5 décembre 2023 et que sa radiation du registre du commerce et des sociétés a été publiée le surlendemain au bulletin officiel des annonces civiles et commerciales. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance que sa personnalité morale subsisterait néanmoins pour les besoins de sa liquidation, en vertu des dispositions de l'article L. 237-2 du code de commerce, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie en l'espèce.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Noisiel, que la requête de la société Corbeille de la patate doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a par ailleurs pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme que la commune de Noisiel réclame au même titre.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête de la société Corbeille de la patate est rejetée.

Article 2 :Les conclusions présentées par la commune de Noisiel au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :La présente ordonnance sera notifiée à la société Corbeille de la patate et à la commune de Noisiel.

Fait à Melun, le 7 février 2024.

Le juge des référés,

Signé : P. ZANELLALa greffière,

Signé : M. DO NOVO

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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