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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2313647

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2313647

jeudi 18 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2313647
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLAROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 19 décembre 2023 et 11, 16 et 18 janvier 2024, Mme B F se disant Anssa E, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier.

Mme F se disant E soutient que la décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- viole l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- viole l'article 21 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- elle viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés respectivement les 22 et 21 décembre 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient :

- à titre principal, l'irrecevabilité de la requête pour défaut de moyen et de conclusions ;

- à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens soulevés par Mme F se disant E n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- les observations de Me Larose, représentant Mme F se disant E, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et Mme F se disant E qui déclare être née dans le département de la Seine-Saint-Denis et être séparée de sa fille depuis dix jours ce qui est très difficile.

La préfète de l'Oise n'était ni présente ni représentée.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 16h15.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante serbe, née le 23 septembre 2000, se disant Mme E, née en tout état de cause le 15 avril 2002 à Belgrade (République de Serbie), a été condamné le 16 octobre 2023 par le tribunal correctionnel de Senlis à une peine d'emprisonnement de quatre mois pour des faits de refus de se soumettre au prélèvement biologique destine à l'identification de son empreinte génétique par une personne soupçonnée d'infraction entrainant l'inscription au fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg), récidive, et refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques intègres dans un fichier de police par personne soupçonnée de crime ou délit, récidive, et vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance, ainsi qu'à la peine complémentaire d'interdiction du territoire français pour une durée d'un an et a été écrouée au centre pénitentiaire de Beauvais dont elle a été libérée pour fin de peine le 18 décembre 2023. Pour l'exécution de cette interdiction judiciaire du territoire français, par arrêté du 5 décembre 2023 notifié le 7 suivant, la préfète de l'Oise a fixé le pays à destination duquel Mme F se disant E pourra être éloignée d'office. Par arrêté du 17 décembre 2023, la même autorité l'a placée en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, placement prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 20 décembre 2023. Mme F se disant E demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 5 décembre 2023.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par la préfète du Val-d'Oise :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ". Aux termes de l'article R. 776-2 du même code : " II.- Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. Cette notification fait courir ce même délai pour demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement dans les conditions prévues à l'article L. 752-5 du même code. ". Aux termes de l'article R. 776-5 du code précité : " II. - Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. / Lorsque le délai est de quarante-huit heures (), le second alinéa de l'article R. 411-1 n'est pas applicable et l'expiration du délai n'interdit pas au requérant de soulever des moyens nouveaux, quelle que soit la cause juridique à laquelle ils se rattachent. / Le requérant qui, dans le délai de quarante-huit heures (), a demandé l'annulation de l'une des décisions qui lui ont été notifiées simultanément peut, jusqu'à la clôture de l'instruction, former des conclusions dirigées contre toute autre de ces décisions. ". Aux termes de son article R. 776-26 : " L'instruction est close soit après que les parties ont formulé leurs observations orales, soit, si ces parties sont absentes ne sont pas représentées, après appel de leur affaire à l'audience. ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'instruction d'une demande tendant à l'annulation d'une décision fixant le pays à destination duquel un étranger pourra être reconduit d'office, y compris pour l'application d'une interdiction judiciaire du territoire français, comporte une phase d'instruction écrite suivie d'une audience publique. Lors de cette audience, il est loisible aux parties d'invoquer tout moyen de droit ou de fait et donc d'expliciter les moyens sommairement soulevés (voir par exemple de manière constante CAA Douai, n° 20DA02035 ou encore CAA Bordeaux, n° 21BX00263). Il est constant que la requête contient des moyens clairs qui ont été développés à l'audience soit avant la clôture de l'instruction conformément aux dispositions précitées de l'article R. 776-26. En outre, si la préfète soutient que la requête ne comporte aucune conclusion, outre la circonstance qu'elles ont été, comme les moyens, explicitées et développées à l'audience, il est constant que la requête sommaire indique clairement qu'elle est dirigées contre la préfète de l'Oise " en sa décision fixant la Serbie comme mon pays de renvoi, notifiée le 07/12/2023 à 13hl0 " ne laissant ainsi aucun doute et alors qu'au demeurant la préfète de l'Oise a parfaitement compris les conclusions en défendant ladite décision. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir soulevée en défense par le préfet du Val-d'Oise ne peut qu'être écartée.

Sur la communication du dossier administratif de la requérante :

4. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de Mme F se disant E détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (). ". L'article L. 721-4 du même code prévoit que " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

6. En vertu du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal, l'interdiction du territoire français prononcée, comme en l'espèce, contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit " entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou sa réclusion ". Aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de cette peine complémentaire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution. Et l'obligation pour l'intéressée de quitter le territoire français résulte nécessairement, dans ce cas, de la décision du juge pénal et non de la décision distincte du préfet qui fixe le pays de renvoi.

7. En premier lieu, la préfète de l'Oise produit la décision pénale interdisant à Mme F se disant E de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an et sur laquelle cette autorité administrative s'est fondée pour prendre la décision en litige. Dans ces conditions, et alors que l'intéressée ne conteste utilement pas l'existence de cette décision pénale, l'autorité administrative pouvait se fonder sur cette décision pénale pour décider du pays à destination duquel Mme F se disant E pourra être éloignée d'office. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. En deuxième lieu, en soutenant dans sa requête et à l'audience être née et avoir grandi en France et que, faisant partie de la communauté des " gens du voyage ", elle se trouve en réalité apatride, ne connaissant pas ses origines, Mme F se disant E doit être considérée comme soutenant l'erreur de droit et l'erreur d'appréciation quant à la désignation par la préfète de l'Oise de la République de Serbie comme pays dont elle a la nationalité. À cet égard, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'intéressée a présenté à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) une demande de reconnaissance d'une apatridie. Par ailleurs, les documents judiciaires présentés indiquent de manière constante qu'elle est née à Belgrade, capitale de la République de Serbie, et de nationalité serbe. D'ailleurs, dans le jugement correctionnel transmis en défense, jugement contradictoire, il est indiqué la présidente de la formation de jugement a constaté l'identité de la requérante ce qui ne fait aucune contestation retranscrite dans ledit jugement. En outre, dans son audition citée au point 14, il est constant qu'elle a été entendue en langue serbe alors qu'elle indique avoir toujours vécu en France, et qu'elle déclare avoir " déjà passé toute [sa] vie en Serbie " et que " cela ne fait que depuis 2 ou 3 [qu'elle est] en France ". Enfin, dans sa réponse citée au point 14, elle ne conteste nullement sa nationalité. Dans ces conditions, l'intéressée n'apporte aucun élément susceptible d'estimer qu'elle ne serait pas serbe au regard des pièces versées au dossier. Par suite, même si la préfète de l'Oise ne présente aucun argument sur ce point et pour aussi regrettable que cela puisse être, le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation, doit être écarté.

9. En troisième lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, par l'arrêté du 14 septembre 2023 portant " délégation de signature donnée à M. Frédéric Bovet, administrateur de l'État du deuxième grade secrétaire général de la préfecture de l'Oise, sous-préfet de Beauvais ", et non celui du même jour présenté en défense portant " délégation de signature donnée à M. A C, sous-préfet, chargé de mission Politique de la ville auprès de la préfète de l'Oise " qui ne confère aucune délégation directe de la préfète de l'Oise pour signer la décision en litige, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, la préfète de l'Oise a donné, en cas d'absence concomitante de M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, et de Mme D G, directrice de cabinet de la préfète de l'Oise, délégation à M. A C, sous-préfet, délégation de signature aux fins de signer l'arrêté litigieux. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

10. En quatrième lieu, l'arrêté du 5 décembre 2023 de la préfète de l'Oise mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment vise la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que l'intéressé fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire et que ce dernier pourra être reconduit dans le pays dont il a la nationalité. En outre, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que la préfète de l'Oise n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés comme manquant en fait.

11. En quatrième lieu, il résulte de la lecture combinée des dispositions citées aux points 5 et 6 que la mesure d'éloignement est la conséquence nécessaire de l'interdiction du territoire français prononcée par le juge pénal à l'encontre du requérant, qui emporte de plein droit cette mesure. Il est constant que la décision attaquée a été prise en vue de l'exécution du jugement du 16 octobre 2023 par lequel le tribunal correction de Senlis a condamné Mme F se disant E à une interdiction du territoire français pour une durée d'un an. Dans ces conditions, la reconduite à la frontière de la requérante est la conséquence nécessaire de l'interdiction du territoire français prononcée par le juge pénal à son encontre, qui emporte de plein droit cette mesure. Il s'ensuit que la préfète de l'Oise qui s'est bornée à tirer les conséquences de l'interdiction prononcée par le juge judiciaire était dès lors en situation de compétence liée pour procéder à l'éloignement de Mme F se disant E et pour fixer le pays de destination de cette mesure. Il s'ensuit que les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation qu'emporte la décision sur la situation personnelle de l'intéressé et de l'erreur de droit qui en résulte ne peuvent être utilement invoqué à l'encontre de cette dernière décision.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " Cette garantie procédurale ne peut être écartée que dans les cas énumérés aux 1° à 4° de l'article L. 121-2, et en particulier " en cas d'urgence " ou " lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public. " Selon l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-1 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () " La décision fixant le pays à destination duquel un étranger doit être éloigné en vue de l'exécution d'une mesure judiciaire d'interdiction du territoire français constitue une mesure de police qui est soumise aux stipulations et dispositions précitées de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, en l'absence d'une procédure contradictoire particulière prévue avant l'édiction d'une telle décision.

13. Mme F se disant E soutient que l'autorité préfectorale a méconnu le principe du contradictoire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la préfète de l'Oise a, par un courrier du 27 novembre 2023 notifié le lendemain à 12 heures 10, sollicité de l'intéressée ses observations dans un délai de quarante-huit sur le projet de fixation de la Serbie comme pays de destination en application de l'interdiction judiciaire du territoire dont il fait l'objet. Par un courrier du 29 suivant, reçu au greffe du centre de rétention administrative le jour même, l'intéressée a fait des observations claires et notamment celles consistant à indiquer qu'elle : " ne [peut] envisager de quitter la France pour aller en Serbie, pays [qu'elle] ne [connaît] pas et dans lequel [elle n'a] pas de famille ". Il n'est par ailleurs ni établi, ni même allégué, que Mme F se disant E aurait disposé d'autres informations pertinentes à cet égard qui auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Dans ces conditions, l'intéressée a été en mesure de présenter ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté. L'autorité préfectorale n'a davantage en tout état de cause pas méconnu le principe du contradictoire issu des principes généraux du droit de l'Union européenne garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

14. En septièmelieu, si Mme F se disant E soutient que la décision en litige méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui précise que " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ", elle n'apporte aucun élément en ce sens alors même que, lors de son audition par les militaires de la gendarmerie nationale le 12 octobre 2023 à 9 heures 35, elle n'a fait aucune objection à un éventuel éloignement vers le pays dont elle a la nationalité en sorte qu'elle ne peut être considérée comme encourant un risque personnel et actuel en cas de retour en République de Serbie. Par suite, le moyen doit être écarté.

15. Enfin, Mme F se disant E, qui n'est pas une citoyenne de l'Union européenne, ne peut utilement se prévaloir du principe de libre circulation consacré par l'article 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (CAA Paris, 1er juillet 2022, n° 21PA03571).

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F se disant E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 5 décembre 2023 par laquelle la préfète de l'Oise a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B F se disant Anssa E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F se disant Anssa E et à la préfète de l'Oise.

Lu en audience publique le 18 janvier 2024 à 16h45.

Le magistrat désigné,

Signé : G. Girard-Ratrenaharimanga

La greffière,

Signé : MD. Adelon

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. Adelon

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