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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2313703

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2313703

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2313703
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBEN YOUNES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 décembre 2023 au greffe du tribunal administratif de Versailles, complétée le 22 décembre 2023, et le 20 décembre 2023 au greffe du présent tribunal, M. B A, représenté par Me Ben Younès, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du Préfet de l'Essonne en date du 13 décembre 2023, portant obligation de quitter le territoire français sans délai à compter de la notification de la décision, pour rejoindre son pays d'origine ou le pays dans lequel il est légalement admissible à son encontre, prononce une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 1 an à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour en raison de son illégalité tant externe qu'interne ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1.000 euros, pour ses frais irrépétibles, engagés pour l'instance, et non compris dans les dépens, par application de l'Article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision contestée est insuffisamment motivée dans l'ensemble de ses dispositions et qu'elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il vit en France auprès de sa sœur.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

-la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-l'ordonnance de la présidente du tribunal administratif de Versailles du 20 décembre 2023 transmettant au tribunal administratif de Melun la requête de M. A au motif de la résidence déclarée de l'intéressé à Meaux (Seine-et-Marne) ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 26 mars 2024, tenue en présence de Mme Adelon, greffière d'audience, présenté son rapport en l'absence du requérant et du préfet de l'Essonne, ou de leurs représentants, dûment convoqués.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 19 août 1994 à Ksar Hellal (Gouvernorat de Monastir), entré en France selon ses dires le 28 octobre 2022, a fait l'objet, le 7 décembre 2022, par le préfet de police de Paris, d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, non exécutée. Le 12 décembre 2023, il a été interpellé par les forces de police à Bièvres (Essonne) en train de déchirer des colis déjà déposés dans une boîte aux lettres. Placé en garde à vue et auditionné, il a indiqué être né à Milan (Italie), être de nationalité italienne, demeurer à Franconville (Val d'Oise), travailler comme chauffeur-livreur depuis octobre 2023, tout en n'ayant aucun permis et être marié. Par une décision du 13 décembre 2023, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de un an. Par une requête enregistrée le 14 décembre 2023 au greffe du tribunal administratif de Versailles, il a demandé l'annulation de cette décision. Sa requête a été transmise au présent tribunal au motif de la résidence déclarée de l'intéressé à Meaux (Seine-et-Marne), 21 boulevard Jean Rose, chez Madame A, sa sœur.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; ( ) ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". La décision querellée du 13 décembre 2023 du préfet de l'Essonne mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressé s'était maintenu sur le territoire français sans disposer d'un titre de séjour et que la décision prise ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressée, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige et du défaut d'examen de sa situation personnelle, dans l'ensemble de ses dispositions, doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Si le requérant soutient qu'il vivrait chez sa sœur, résidente régulière, il ressort de ses déclarations devant les forces de police qu'il serait marié avec une compatriote sans apporter aucun justificatif de la situation administrative de son épouse, ni de son existence même. Il ne saurait donc soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations rappelées au point précédent.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A ne pourra qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A, au préfet de l'Essonne et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : M. Aymard

La greffière,

Signé : MD. Adelon

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. Adelon

2313703

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