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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2313710

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2313710

mardi 19 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2313710
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHALIMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Halimi, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel le maire de Champigny-sur-Marne le met en demeure dans un délai de cinq jours de supprimer deux dispositifs d'enseigne et de pré-enseigne sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de tout titre exécutoire sur le fondement de cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au maire de retirer ou d'abroger tout titre exécutoire et de ne prendre aucun titre exécutoire jusqu'à la notification du jugement statuant au fond ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Champigny-sur-Marne une somme de

2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice

administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- elle est établie ; il exerce une activité de commerce d'alimentation sur le territoire de la commune et a fait l'objet d'un arrêté du 21 juillet 2022 par lequel le maire de

Champigny-sur-Marne le met en demeure dans un délai de cinq jours de supprimer deux dispositifs d'enseigne et de pré-enseigne ; à défaut de quoi, il sera redevable d'une astreinte de 200 euros par jour de retard ; or, l'arrêté litigieux ne lui a jamais été notifié ; il n'a pas été en mesure de s'y conformer ; l'astreinte atteint à ce jour 80 000 euros, ce qui représente quatre fois son bénéfice annuel ; le paiement de cette astreinte met gravement en péril la survie de son activité : il est âgé de 60 ans et ne dispose d'aucune autre source de revenu que celle issue de son épicerie dans laquelle il travaille depuis plus de trente ans avec son épouse ; il a d'ores et déjà retiré son enseigne et pré-enseigne ; il entend solliciter la suspension de l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel la commune a décidé la mise en recouvrement à son encontre d'une astreinte de 43 000 euros.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- la décision est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions des articles L. 581-28 et R. 581-22 du code de l'environnement : l'arrêté ne lui a pas été notifié et ne lui est pas opposable ;

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- le principe du contradictoire n'a pas été respecté, l'arrêté de mise en demeure ne lui ayant pas été notifié ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit : la plupart des textes visés dans l'arrêté n'ont rien à voir avec l'infraction qui lui est reprochée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il a reçu en 2019 un courrier de la commune l'exonérant de toute taxe sur les enseignes, suite à une délibération du conseil municipal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2024, la commune de

Champigny-sur-Marne conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant une somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

Elle soutient que :

Sur la recevabilité :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ; les policiers municipaux ont notifié l'arrêté en mains propres le 3 novembre 2022, point de départ du délai de recours contentieux ; il a été notifié à son épouse ; il en avait parfaitement connaissance un an avant la date de réception du titre de recettes ; même en l'absence d'indications des voies et délais de recours, le délai de contestation ne saurait excéder un an.

Sur l'urgence :

- le requérant ne justifie pas de la condition d'urgence ; il a laissé perdurer la situation en n'enlevant les enseignes qu'un an après ; il s'est sciemment mis en infraction et n'a pas voulu se conformer à la réglementation malgré les différentes tentatives amiables et la bonne foi de la

ville ; l'intérêt public s'oppose à ce que la condition d'urgence soit reconnue.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision n'est pas entachée d'un vice de procédure ;

- elle est régulièrement signée par le maire de la commune ;

- le maire étant en situation de compétence liée, le principe du contradictoire n'a pas à être respecté ; le procès-verbal n'est pas un document exécutoire ;

- la décision est suffisamment motivée ;

- elle n'est entachée ni d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2313726 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le décret n° 2012-1246 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Guillou, premier conseiller honoraire, pour statuer en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 12 janvier 2024 en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, M. Guillou a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Halimi représentant M. B, absent, qui persiste en tous points dans les termes de sa requête ;

- et les observations de M. C, responsable des affaires juridiques, représentant le maire de Champigny-sur-Marne qui persiste en tous points dans les termes de son mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été différée au 17 janvier 2024 à 17 heures.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 janvier 2024, le directeur départemental des finances publiques du Val-de-Marne conclut à la mise hors de cause du service de gestion comptable de Saint-Maur-des-Fossés, la demande portant sur le bien-fondé de la créance ; la compétence et la responsabilité de l'émission des titres de recettes relèvent uniquement de l'ordonnateur ; le comptable public était tenu d'exercer l'action en recouvrement des quatre titres exécutoires émis par la commune entre le 31 décembre 2022 et le 10 novembre 2023.

Par un nouveau mémoire enregistré le 16 janvier 2024, M. B conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre que :

- la notification de la décision est irrégulière : elle ne respecte pas le mode de notification (lettre recommandé avec accusé de réception) figurant dans le code de l'environnement ; le document fourni par la commune comporte une contradiction de date ; contrairement à ce qu'elle indique, il n'a pas été remis en mains propres ; seul le procès-verbal du 1er février 2023 atteste de la prise de connaissance par ses soins de cet arrêté ; son recours a été fait dans le délai d'un an et est donc recevable ; sur l'urgence, il n'a pas compris les faits qui lui sont reprochés et notamment que la difficulté porte sur le caractère lumineux des enseignes ; sur le doute sérieux, le défaut de motivation est avéré dans la mesure où la commune indique qu'il appartenait au requérant de connaitre et d'identifier les dispositifs en cause sans qu'ils ne soient expressément mentionnés dans l'arrêté ; les dispositions des articles L. 181-18 et R. 181-6 du code de l'environnement ne figurent pas dans les visas de l'arrêté qui ne permettent pas d'identifier l'infraction reprochée.

Par une ordonnance du 8 février 2024, le juge des référés a sursis à statuer sur la présente requête dans l'attente du résultat d'une procédure de médiation diligentée en application de l'article L. 213-7 du code de justice administrative.

Par une lettre enregistrée au greffe du tribunal le 20 février 2024, le maire de

Champigny-sur-Marne a refusé d'entrer en médiation : il y a dès lors lieu de statuer sur la présente requête.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a installé sur son commerce d'alimentation générale sis 148 avenue Maurice Thorez à Champigny-sur-Marne, à une date indéterminée, des enseignes lumineuses ; par un arrêté du 21 octobre 2022, le maire de ladite commune lui a enjoint de supprimer ces enseignes ; l'intéressé ne l'a pas fait et une saisie administrative à tiers détenteur d'un montant de 43 000 euros lui a été notifiée le 15 novembre 2023 pour la période du 27 octobre au 30 juin 2023. Une saisie de 18 000 euros a été effectuée sur le compte personnel sur livret de M. B le

15 novembre 2023. Il a procédé au retrait des enseignes le 27 novembre 2023. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés la suspension de l'arrêté du 21 octobre 2022 du maire de Champigny-sur-Marne.

Sur les conclusions présentées par le directeur départemental des finances publiques du Val-de-Marne :

2. Il y a lieu de faire droit aux conclusions du directeur départemental des finances publiques du Val-de-Marne tendant à sa mise hors de cause.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " ; et l'article L. 522-1 dudit code dispose : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () " ; enfin le premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code dispose : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

Sur la recevabilité :

4. Il ressort des pièces du dossier d'une part qu'il est constant que la commune n'a pas notifié la décision contestée dans la forme (lettre recommandée avec accusé de réception) prévue expressément par l'article R. 581-22 du code de l'environnement, d'autre part si elle soutient qu'une notification par voie administrative est équivalente à celle figurant dans l'article précité, ce qui reste à démontrer, ladite notification ne peut être considérée comme régulièrement effectuée le requérant n'étant pas présent : dans ces conditions la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête ne peut qu'être écartée.

Sur l'urgence :

5. Il résulte des dispositions citées au point 2 que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ; il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement,

compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

6. Il ressort des pièces du dossier au regard de l'importance des sommes dues par l'intéressé s'élevant d'ores et déjà à 43 000 euros, au fait que la direction départementale des finances publiques n'a pu saisir sur son compte d'épargne que 18 000 euros, au regard du chiffre d'affaires de son commerce et de sa situation financière personnelle, la décision litigieuse met en péril la poursuite de l'exploitation du commerce de M. B et porte une atteinte grave et immédiate à sa situation financière ; dans ces circonstances, alors que la commune en défense ne conteste pas la gravité de cette situation financière, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision contestée a fait l'objet d'une notification irrégulière au regard notamment des dispositions de l'article R. 581-22 du code de l'environnement est de nature à faire naître un doute sérieux quant à sa légalité.

8. Les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel le maire de Champigny-sur-Marne met en demeure le requérant dans un délai de cinq jours de supprimer deux dispositifs d'enseigne et de pré-enseigne.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative :

" Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. " ; aux termes de l'article L. 911-1 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " ; aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".

10. En deuxième lieu, le deuxième alinéa du 1° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales prévoit que : " () l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale () suspend la force exécutoire du titre ".

11. M. B a saisi la juridiction de céans d'une requête distincte par laquelle il demande l'annulation des titres exécutoires en litige, et dans laquelle il conteste le bien-fondé de la créance. Par suite, l'introduction de cette instance suffit, à elle seule, à suspendre la force exécutoire des titres en litige, qui ne peuvent faire l'objet d'une exécution forcée d'office contre le débiteur tant que le tribunal ne se sera pas prononcé. Ainsi, les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. B sont d'une part sans objet ; d'autre part, il ne relève pas de la compétence du juge des référés qui ne peut enjoindre qu'à des mesures provisoires de retirer ou d'abroger un acte ; les conclusions aux fins d'injonction de M. B ne peuvent dans ces conditions qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

12. M. B n'étant pas la partie perdante dans la présente instance de référé, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme réclamée par la commune de Champigny-sur-Marne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Champigny-sur-Marne une somme de

1 500 euros qui sera versée à M. B, en application des dispositions de l'article précité du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel le maire de

Champigny-sur-Marne a mis en demeure M. B dans un délai de cinq jours de supprimer sur son commerce deux dispositifs d'enseigne et de pré-enseigne sous astreinte de 200 euros par jour de retard est suspendu.

Article 2 : La commune de Champigny-sur-Marne versera à M. B une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Champigny-sur-Marne présentés sur ce même fondement sont rejetées.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au maire de la commune de Champigny-sur-Marne et au directeur départemental des finances publiques du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : J-R GuillouLa greffière,

Signé : O. Dusautois

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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