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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2400022

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2400022

lundi 22 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2400022
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPELLIET-RIBEYRE MURIEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 janvier 2024 sous le n° 2400022, Mme E D, actuellement retenue au centre de rétention n° 2 du Mesnil-Amelot sis 2 rue de Paris au Mesnil-Amelot (77990), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté notifié le 29 décembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine :

- l'a obligée à quitter le territoire français ;

- lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- a fixé le pays de destination ;

- et l'a interdite de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'être assistée d'un avocat commis d'office ;

3°) d'ordonner au préfet, en application du III de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la communication de son entier dossier sur la base duquel l'arrêté litigieux a été pris.

Mme D soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté litigieux n'est pas établie ;

- les décisions querellées sont entachées d'insuffisance de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- le préfet a méconnu le principe du contradictoire garanti à l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'arrêté litigieux viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il viole l'article 8 de la même convention en ce qu'elle a effectué toute sa scolarité en France jusqu'à ses 18 ans, a obtenu un CAP commerce et est mère d'un enfant mineur de nationalité française né le 31 mars 2020 dont elle a seule la charge puisque son père ne veut pas s'en occuper.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête en faisant valoir, à titre principal, qu'elle est irrecevable car tardive en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-2 du code de justice administrative et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté litigieux du préfet des Hauts-de-Seine en date du 29 décembre 2023 ;

- les pièces complémentaires, enregistrées les 18, 20 et 22 janvier 2024, présentées par Mme D ;

- les pièces, présentées par le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot, enregistrées le 19 janvier 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Freydefont pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 22 janvier 2024 en présence de Mme Riellant, greffière d'audience :

- M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport et informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de soulever d'office un moyen d'ordre public tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 29 décembre 2023 sont irrecevables car tardives en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les observations de Me Stoyanova, représentant Mme D, requérante présente car sous escorte policière et qui parle et comprend le français, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, que l'arrêté litigieux lui a été notifié le 29 décembre 2023 à 11 heures 40 ; par suite, le délai de recours de 48 heures expirait le 31 décembre 2023, qui tombait un dimanche ; de plus, le 1er janvier est un jour férié et aucune association n'était présente au centre de rétention pour formaliser sa volonté de déposer un recours contre l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine ; c'est pour cela qu'elle a dû attendre le mardi 2 janvier 2024 pour pouvoir faire enregistrer sa requête qui n'est donc pas tardive ; sur le fond, elle a été placée en garde à vue et entendue au commissariat de Nanterre pour des faits de violences sur mineur et de soustraction à ses obligations parentales suite à une dénonciation mensongère de la part d'une de ses fréquentations qui a d'ailleurs été diagnostiquée peu stable mentalement, mais aucune poursuite pénale n'a été engagée par le parquet pour ces faits et elle est ressortie totalement libre ; par suite, le préfet a entaché son obligation de quitter le territoire français d'erreur d'appréciation en estimant que son comportement représentait une menace actuelle et grave à un intérêt fondamental de la société ; de plus, elle est arrivée en France à l'âge de 4 ans et y a toujours vécu depuis ; sa mère est également présente sur le territoire français ; elle est mère d'un enfant français âgé de trois ans, le jeune C, dont le père, A B, refuse de s'occuper ; elle est embauchée par la mairie de Rueil-Malmaison comme agent territorial spécialisé des écoles maternelles (ATSEM) dans une école de la ville ; pour toutes ces raisons, le préfet a méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il a également méconnu l'intérêt supérieur de son fils de trois ans, qui a besoin d'avoir sa mère à ses côtés, en violation de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Le préfet des Hauts-de-Seine, défendeur, n'est ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ". Aux termes de l'article L. 251-7 du même code : " Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les interdictions de circulation sur le territoire français prises en application du présent chapitre peuvent être contestées devant le tribunal administratif dans les conditions prévues au chapitre IV du titre I du livre VI. L'article L. 614-5 n'est toutefois pas applicable. " Aux termes de l'article L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. "

2. Par un arrêté en date du 29 décembre 2023 notifié le même jour à 11 heures 40, le préfet des Hauts-de-Seine a, sur le fondement du 2° de l'article L. 251-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé Mme E D, ressortissante portugaise née le 29 mai 2001 à Porto, à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdite de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la requête susvisée, enregistrée le 2 janvier 2024 à 16 heures 44, Mme D demande l'annulation des décisions contenues dans l'arrêté préfectoral du 29 décembre 2023.

Sur la communication du dossier administratif du requérant :

3. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. " L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de Mme D détenu par l'administration.

Sur la recevabilité de la requête :

4. Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. " Aux termes du II de l'article R. 776-5 du même code : " Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. " Enfin, aux termes de l'article R. 776-10 de ce code : " Les dispositions de la présente sous-section sont applicables aux recours formés, en application des articles L. 614-4 ou L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, contre les décisions d'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement de l'article L. 251-1 () "

5. Il ressort des pièces du dossier, et plus précisément de l'arrêté litigieux, que celui-ci comporte en page 3 mention des voies et délais de recours applicables au présent litige, c'est-à-dire une requête devant le tribunal administratif territorialement compétent dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'arrêté. Cette notification ayant été faite par voie administrative le 29 décembre 2023 à 11 heures 40, Mme D pouvait faire enregistrer sa requête jusqu'au 31 décembre 2023 à 11 heures 40, soit dans le délai de 48 heures de l'article L. 614-6 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui se décompte d'heure à heure, ne saurait recevoir aucune prorogation en application du II de l'article R. 776-5 du code de justice administrative et d'une jurisprudence ancienne mais constante du Conseil d'Etat (n° 200615 du 15 mars 1999) et n'est donc pas un délai franc. En tout état de cause, quand bien même ce délai aurait été franc, il aurait été reporté au mardi 2 janvier 2024 à 11 heures 40 puisque le 31 décembre 2023 tombait un dimanche et que le lundi 1er janvier 2024 était un jour férié. Or, la requête de Mme D n'a été enregistrée que le 2 janvier 2024 à 16 heures 44. Par suite, elle est tardive et doit donc être rejetée comme irrecevable.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Lu en audience publique le 22 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2400022

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