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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2400088

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2400088

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2400088
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantKERAVEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Keravec, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2023 du préfet de Seine-et-Marne en tant qu'il lui a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2000 euros à son avocat, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

Sur la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Leconte a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant roumain né en 1961 en Roumanie, est entré en France en 1997 selon ses déclarations. Il a sollicité l'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 juillet 2023, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il lui refuse le séjour, l'oblige à quitter le territoire français et fixe le pays de destination.

Sur la légalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce les motifs pour lesquels le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner l'exhaustivité des faits caractérisant la situation de M. B, a considéré que cette dernière n'ouvrait pas droit à l'admission au séjour. L'arrêté énonce ainsi les considérations en fait et en droit qui le fonde. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, la circonstance que certains éléments relatifs à la situation de M. B ne soient pas mentionnés dans l'arrêté attaqué ne saurait, à elle seule, caractériser un défaut d'examen de la demande de titre de séjour. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour serait entachée d'illégalité à cet égard.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. B soutient être arrivé en France en 1997, accompagné de son épouse et de son fils, et que ce dernier et lui-même présentent une situation de handicap nécessitant un important suivi. Toutefois, tout d'abord, le requérant ne justifie pas de sa présence continue sur le territoire français à compter de la date alléguée d'arrivée en France. Ainsi, il ressort seulement des pièces du dossier que M. B a effectué des consultations au sein d'une maison médicale entre 2009 et 2021, après une première en 2006, à raison de moins d'une dizaine de consultations certaines années et aucune en 2014, qu'il bénéficie en outre d'une prise en charge à l'hôtel par le 115 depuis 2015 et qu'il a initié en 2017 une démarche auprès du juge des tutelles pour obtenir un régime de protection pour son fils. Ensuite, s'il ressort des pièces du dossier que M. B vit avec sa compagne et leur fils en France, ceux-ci ont également fait l'objet, le même jour que lui, d'arrêtés préfectoraux portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Enfin, si le requérant produit un certificat médical, établi le 6 janvier 2022 par son médecin généraliste, dont il résulte qu'il présente une problématique de santé d'une extrême gravité faisant l'objet d'un suivi médical régulier en France, il n'est toutefois pas fait état d'élément dont il résulterait un obstacle à poursuivre une telle prise en charge en Roumanie. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en ne faisant pas usage de son pouvoir de régularisation à son profit, le préfet de Seine-et-Marne aurait porté sur sa situation une appréciation manifestement erronée, ni que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations susvisées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, par suite, être écartés.

Sur la légalité de l'obligation à quitter le territoire français :

6. Pour les mêmes motifs qu'énoncés au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en édictant à l'encontre de M. B la mesure d'éloignement en litige, l'autorité préfectorale aurait porté sur la situation de l'intéressé une appréciation manifestement erronée. Ce moyen doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

8. M. B invoque être exposé en Roumanie à un défaut d'accès à une prise en charge adaptée à son handicap, sans toutefois apporter d'éléments à l'appui de ses assertions. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions de la requête à fin d'injonction et de celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Seine-et-Marne et à Me Keravec.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, première conseillère,

Mme Massengo, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

S. LECONTELa présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

L. LE GRALL

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme

La greffière,

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