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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2400245

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2400245

mercredi 13 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2400245
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET SEBAN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 janvier 2024, M. C B, représenté par Me Cofflard, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 6 octobre 2023 par laquelle le maire de la commune de Choisy-le-Roi a résilié son abonnement pour occuper un emplacement dans la halle du marché de la ville, exploité sous l'enseigne " My Coffee " ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Choisy-le-Roi une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que la décision en litige le prive de toute recette et l'empêche de payer ses charges fixes, en particulier ses deux salariées ;

- la commission des marchés doit se réunir au début du mois de février 2024 et pourrait décider de l'attribution de son emplacement à une activité commerciale ;

- la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure, à défaut pour la commune d'avoir respecté le principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, alors qu'il a toujours vendu des produits de restauration depuis le début de son commerce, activité qui figurait bien dans son autorisation initiale ;

- aucun motif d'intérêt général ni d'autres circonstances ne justifient la sanction prononcée à son encontre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2024, la commune de

Choisy-le-Roi, représentée par Me Gauch, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis la somme de 2 500 euros à la charge de M. B.

Elle fait valoir que :

- le requérant ne saurait se prévaloir de l'urgence de sa situation alors qu'elle lui est imputable, à défaut d'avoir respecté le règlement du marché par l'exercice d'une activité de restauration alors que son abonnement portait uniquement sur une activité de buvette ;

- M. B ne produit aucun élément de nature à étayer son affirmation selon laquelle une commission des marchés se réunirait prochainement pour l'attribution de son ancien emplacement ;

- la société Les Fils de Mme A a informé le requérant de sa méconnaissance du règlement du marché par une lettre du 14 novembre 2022, puis l'a mis en garde par un second courrier du 3 mai 2023, auxquels il n'a pas répondu ;

- M. B a également disposé de la possibilité de présenter des observations orales lors de la réunion en mairie du 6 octobre 2023 ;

- les articles 24 et 46 du règlement du marché interdisent le changement ou l'adjonction de commerce, susceptible d'une sanction d'exclusion de longue durée après

un premier avertissement écrit ;

- l'abonnement accordé en septembre 2020 porte sur une activité de buvette, mentionnée sur les factures relatives aux droits de place, que M. B n'a pas respecté en exerçant également une activité de restauration ;

- le requérant a fait installer une hotte professionnelle et une plaque en inox sur son emplacement, sans avoir sollicité l'autorisation préalable du maire, prévue à l'article 39 du règlement des marchés ;

- la photographie du seul commerce " Les Délices de Cylia " ne permet pas de démontrer que l'ensemble des commerces de boissons du marché vendraient également des produits de restauration.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 26 janvier 2024 à 14h00 en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort ;

- les observations de Me Cofflard, représentant M. B, présent, qui soutient en outre qu'il a pris la suite d'un commerce assurant déjà la vente de boissons et de la restauration, que son activité est restée inchangée depuis son installation sans susciter aucune réaction avant 2022, qu'il risque de perdre l'ensemble de ses investissements, qu'il n'a jamais reçu l'unique pièce produite en défense, plus de huit mois après la première mise en demeure, et qu'il n'a pas reçu la communication de son dossier ;

- et les observations de Me Millard, représentant la commune de Choisy-le-Roi, qui fait valoir en outre que l'écoulement du temps n'a pas pour effet de régulariser une irrégularité initiale, que la demande d'abonnement présentée par M. B vise expressément une activité de buvette, sans demander l'installation d'équipements, que le placier l'a régulièrement interpellé sur la nature de son activité pendant deux ans, sans que

M. B envisage de régulariser sa situation, que l'article 17 du règlement du marché impose de signaler tout changement d'adresse de sorte que le défaut de réception du second courrier est imputable au requérant, qui s'est lui-même placé dans sa situation, que les nuisances olfactives ont été constatées par des agents assermentés de la police municipale, et qu'aucune commission pour l'attribution des places du marché n'est programmée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. M. B, gérant d'une entreprise individuelle, exploite une activité de commerce ambulant de boissons et de restauration sous la dénomination commerciale

" My Coffee " depuis septembre 2020 au sein de la halle du marché de la commune de Choisy-le-Roi. Par deux lettres du 14 novembre 2022 puis du 3 mai 2023, M. B a été mis en demeure de respecter la nature de l'activité commerciale autorisée, et de présenter le cas échéant une demande écrite pour l'adjonction d'un autre commerce. Par un arrêté du

6 octobre 2023, le maire de la commune a prononcé la résiliation de son abonnement.

M. B demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.

4. Il résulte de l'instruction que, si le requérant n'apporte aucun élément attestant du maintien de l'emploi de deux salariées à la date de la présente ordonnance, l'activité immatriculée par M. B le 15 septembre 2020 porte exclusivement sur l'exploitation du commerce ambulant sous le nom commercial " My Coffee ", pour lequel le requérant bénéficiait de l'attribution d'un emplacement sur le marché Jean Jaurès de la commune de Choisy-le-Roi. Par conséquent, la décision par laquelle le maire de la commune a prononcé la résiliation de son abonnement est de nature à compromettre de manière grave et immédiate l'existence même de l'activité de commerce exploitée par M. B. Au regard de ces circonstances, la condition tenant à l'urgence doit être regardée comme remplie au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 2224-18 du code général des collectivités territoriales : " Les délibérations du conseil municipal relatives à la création, au transfert ou à la suppression de halles ou de marchés communaux sont prises après consultation des organisations professionnelles intéressées qui disposent d'un délai d'un mois pour émettre un avis. / Le régime des droits de place et de stationnement sur les halles et les marchés est défini conformément aux dispositions d'un cahier des charges ou d'un règlement établi par l'autorité municipale après consultation des organisations professionnelles intéressées ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 8 du règlement des marchés de la commune de Choisy-le-Roi : " Les commerçants désirant être inscrits pour obtenir une place à l'abonnement, doivent en faire la demande par écrit au Maire. A l'appui de la demande, ils doivent obligatoirement fournir pour qu'il en soit tenu compte, les renseignements

suivants : () nature précise du commerce souhaité y être exercé () ". Selon l'article 9 de ce règlement : " () Les décisions d'attributions aux places d'abonnés sont consignées par le délégataire sur le registre spécialement réservé à cet effet () ". Enfin, l'article 24 du même règlement dispose que : " Il est interdit au commerçants de changer la nature de leur commerce ou des articles autorisés pour lesquels un emplacement leur a été attribué, comme d'y adjoindre la vente d'articles nouveaux. / Toute modification ou adjonction doit faire l'objet d'une demande écrite (). / Toute modification ou adjonction non autorisée entraîne le retrait de la place et la résiliation de l'abonnement ".

7. Pour prononcer la résiliation de l'abonnement accordé à M. B pour l'occupation d'un emplacement au sein du marché Jean-Jaurès de la commune, le maire de Choisy-le-Roi s'est fondé sur la circonstance que le requérant aurait vendu des produits de restauration non autorisés, en méconnaissance des dispositions de l'article 24 du règlement des marchés. Toutefois, la commune ne produit pas la demande d'abonnement présentée par M. B, dans laquelle le requérant a décrit la nature de l'activité qu'il souhaitait exploiter sur le marché. Si les factures établies par la société A, en charge de la gestion du marché, comportent la mention " activité : buvette ", un tel terme renvoie aux modalités d'aménagement du local, essentiellement composé d'un comptoir ainsi qu'en atteste la photographie de l'enseigne " My Coffee ", sans permettre d'exclure toute activité de restauration. Dans de telles conditions, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 24 du règlement des marchés est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision de résiliation prise le 6 octobre 2023 par le maire de la commune de Choisy-le-Roi.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'exécution de cette décision doit être suspendue.

Sur les frais de justice :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Choisy-le-Roi demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Choisy-le-Roi une somme de

1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du maire de la commune de Choisy-le-Roi du

6 octobre 2023 est suspendue.

Article 2 : La commune de Choisy-le-Roi versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Choisy-le-Roi au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et à la commune de Choisy-le-Roi.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

La juge des référés,La greffière,

Signé : C. LetortSigné : S. Aubret

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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