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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2400374

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2400374

lundi 12 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2400374
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGARRIGUES BEAULAC ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 janvier 2024, Mme A B, représentée par

Me Delacharlerie, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 10 novembre 2023 par laquelle le maire de

Pontault-Combault l'a suspendue de ses fonctions pour une durée d'un an jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à l'administration de la réintégrer et de lui verser les traitements qui lui sont dus ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Pontault-Combault une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- la décision la prive de traitement pendant un an ; elle est hospitalisée et se trouve dans une situation de précarité sociale qu'elle ne souhaite à personne ; le maire est de plus son bailleur et l'a assignée en expulsion locative, nonobstant l'indécence de son logement qui l'a conduite à initier une procédure DALO ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ; les motifs indiqués dans la décision attaquée sont trop peu précis : aucun article du code général de la fonction publique n'est identifié ; rien n'est indiqué quant au choix de la sanction et son niveau sur l'échelle légale ;

- elle dément catégoriquement avoir commis les faits reprochés ; certains sont intervenus en dehors de la sphère professionnelle ; eu égard à leur faible gravité intrinsèque, ils ne justifiaient pas une sanction aussi sévère.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, la commune de

Pontault-Combault, représentée par Me Beaulac, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- la requérante ne justifie pas de la condition d'urgence ; elle n'apporte pas d'éléments suffisants sur les charges dont elle doit s'acquitter et sur la circonstance qu'elle serait dans l'incapacité de le faire ; l'intérêt public s'oppose à ce que la condition d'urgence soit reconnue : la nature des fautes de comportement commises par la requérante fait que l'intérêt public doit primer sur son propre intérêt, une réintégration dans la commune n'étant plus envisageable au détriment du bon fonctionnement du service public communal.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le

fondement ; elle permet à la requérante de comprendre les raisons de la sanction infligée ;

- la matérialité des faits est établie : son comportement déplacé et inadapté envers les services de la commune est établi par le directeur général des services dans son rapport du

31 mai 2023 concernant le service logement et le service ressources humaines ; elle outrepasse son devoir de réserve ; le directeur général des services précise qu'elle a eu un comportement déplacé envers le maire lors des élections législatives de juin 2022 ; elle a eu une attitude agressive en mairie le 10 octobre 2022 et a été évacuée par l'intervention de la police municipale ; le

27 mai 2023, elle a proféré des insultes racistes envers le maire en public lors d'une fête du centre social et culturel ; un témoignage d'une présidente d'association confirme la réalité des faits ;

- ces faits sont constitutifs de fautes graves commises dans le service et en dehors du service ;

- la sanction n'est manifestement pas disproportionnée eu égard aux faits commis : l'avis du conseil de discipline proposait la révocation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2400371 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 89-667 du 18 septembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Guillou, premier conseiller honoraire, pour statuer en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 26 janvier 2024 en présence de Mme Do Novo, greffière d'audience, M. Guillou a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Delacharlerie représentant Mme B qui persiste en tous points dans les termes de sa requête ;

- les observations de Me Beaulac représentant la commune de Pontault-Combault qui persiste en tous points dans les termes de son mémoire en défense.

A l'issue de cette audience, la clôture de l'instruction a été différée au 31 janvier 2024 à 17 heures puis rouverte et différée au 2 février 2024 à 17 heures.

Trois mémoires ont été produits par Me Delacharlerie représentant Mme B les

31 janvier, 1er et 2 février 2024 qui persiste en tous points dans les termes de la requête et soutient en outre que :

- l'urgence est établie : elle est privée de traitement alors qu'elle est mère de deux enfants scolarisés ; elle n'a pas droit aux allocations pour perte d'emploi alors qu'elle a un arriéré locatif important ; la commune n'établit pas l'intérêt public qu'elle fait valoir pour opposer l'urgence ; ses derniers entretiens d'évaluation révèlent une progression dans ses acquis professionnels ; les faits qui lui sont reprochés ont été commis alors qu'elle était absente du service, en congé de longue durée, hors de son lieu de travail, en dehors du centre de loisirs où elle est affectée en qualité d'adjointe d'animation ;

- en ce qui concerne le doute sérieux, le renvoi au code général de la fonction publique sans référence à un ou plusieurs articles constitue une motivation en droit insuffisante et

imprécise ; la commune n'explique pas en quoi les faits reprochés à la requérante constituent une faute disciplinaire ; elle ne précise pas les propos qui lui sont prêtés ; elle n'indique pas le motif qui l'a conduite à prendre une décision de sanction autre que celle proposée par le conseil de discipline ;

- la décision est entachée d'erreur de droit, le manquement au devoir de réserve ne peut légalement lui être adressé ;

- l'inexactitude matérielle des faits est établie : elle conteste ferment les insultes qu'on lui prête ; les attestations versées aux débats et le rapport de police ne peuvent fonder la matérialité des griefs : ils ne lui ont pas été communiqués en méconnaissance des droits de la défense ;

- une erreur d'appréciation voire une inexacte qualification des faits entache la décision : ses faits se rapportent à un conflit de nature privée avec le maire de la commune, relatif à son logement ; ils ont été commis hors du service, alors qu'elle était en congés de maladie ; certains faits sont étrangers à la sphère professionnelle ; leur faible gravité intrinsèque ne justifiait pas une sanction aussi sévère ;

- la sanction est disproportionnée : elle aurait dû prendre en compte son niveau hiérarchique, l'altération de son état de santé, la progression dans ses évaluations, l'absence d'impact avéré des faits sur le service.

Un mémoire a été produit par Me Beaulac représentant la commune de

Pontault-Combault le 2 février 2024 qui conclut aux mêmes fins que son mémoire en défense et soutient en outre que concernant l'urgence, la requérante se contente de se retrancher derrière des principes généraux sans verser aux débats le moindre justificatif ou élément concret prouvant les charges auxquelles elle doit faire face ou les revenus qu'elle perçoit par ailleurs (CAF, pension alimentaire) ; la décision d'exclusion ne l'empêche pas d'avoir un autre emploi ; la dette locative existait avant la décision querellée. Concernant le défaut de motivation, le moyen sera rejeté : le fait que l'arrêté ne mentionne pas les insultes ne signifie pas qu'il n'est pas motivé ; toutes les pièces du dossier sont concordantes pour établir la matérialité des faits qu'il appartient à la requérante de contester par des attestations idoines ce qu'elle n'a pas fait ; les attestations versées aux débats ne font que confirmer les faits ; ils sont directement liés à sa qualité d'agent public ; en proférant des injures et des insultes racistes envers le maire, elle a méconnu son devoir de réserve mais aussi de loyauté, de respect et de neutralité ; le faits ont été commis en public en mairie mais aussi en dehors de la mairie.

Deux notes en délibéré ont été produites par Me Delacharlerie représentant Mme B les 5 et 6 février 2024 après la deuxième et dernière clôture et non communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, adjointe territoriale d'animation, est affectée dans les services de la commune de Pontault-Combault depuis 2007. Elle est absente du service pour maladie depuis 2017. Pour des faits survenus le 12 juin 2022, le 10 octobre 2022 et le 27 mai 2023, la sanction de révocation a été proposée par le maire au conseil de discipline ; Ce dernier, à la majorité de ses membres, a émis un avis favorable à cette sanction. Par un arrêté du 10 novembre 2023, le maire de Pontault-Combault a prononcé à l'encontre de l'intéressée une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'un an. Mme B demande au juge des référés la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation,

le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état

d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " ; et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " ; enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

Sur le doute sérieux quant à la légalité de décision attaquée :

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence, l'une des deux conditions posées par l'article L. 521-1 précité du code de justice administrative n'étant pas remplie, il y a lieu, de rejeter les conclusions de Mme B aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée ; par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article

L. 761-1 dudit code doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au maire de

Pontault-Combault.

Le juge des référés,

Signé : J-R GuillouLa greffière,

Signé : M. Do Novo

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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