jeudi 18 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2400420 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL NEGREVERGNE-FONTAINE-DESENLIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Desenlis, demande au tribunal, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre la décision par laquelle le département de Seine-et-Marne a implicitement rejeté sa demande de contrat " jeune majeur " ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de procéder au réexamen de sa demande de contrat " jeune majeur ", dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui procurer, dans un délai de quarante-huit heures, une solution d'hébergement et une prise en charge de ses besoins alimentaires, sanitaires et médicaux, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du conseil départemental de Seine-et-Marne le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- il est pris en charge par l'aide sociale depuis plusieurs mois ; il a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle en juillet 2023 et n'est depuis lors ni scolarisé ni en activité professionnelle ; il a sollicité un contrat " jeune majeur " par courrier du 27 octobre 2023 qui n'a pas obtenu de réponse et sa demande a par suite été implicitement rejetée le 27 décembre 2023 ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est actuellement sans prise en charge, qu'il ne dispose d'aucune place en foyer, qu'il n'a ni titre de séjour ni récépissé, qu'il est seul sur le territoire national, sans hébergement et sans accompagnement, qu'il n'a pas de travail et est sans ressources ;
- la décision contestée porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale, garantie par les dispositions du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, de continuer à bénéficier de l'aide sociale à l'enfance, dès lors qu'il est âgé de moins de 21 ans et qu'il ne bénéficie ni de ressources ni d'un soutien familial suffisants et qu'il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 janvier 2024, le département de
Seine-et-Marne, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence imminente n'est pas remplie au regard du délai mis par
M. B pour saisir le tribunal, de l'absence de justification d'une privation d'hébergement, de l'épargne dont le requérant dispose pour mettre en œuvre de façon autonome une solution d'hébergement, de ce que le droit au logement prévu par les dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles relève de la compétence de l'Etat ;
- aucune atteinte grave et manifestement illégale n'est portée à une liberté fondamentale, dès lors que le requérant n'établit pas être privé d'hébergement et dispose d'une épargne qui lui permet de trouver de façon autonome une solution d'hébergement, qu'il détient un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 25 avril 2024 qui l'autorise à travailler, qu'il a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle " maintenance des véhicules " en juillet 2023, qu'il dispose d'une complémentaire santé valable jusqu'au 30 avril 2024 et que la référente du service d'aide sociale à l'enfance n'a pas sollicité de contrat " jeune majeur " pour l'intéressé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 16 janvier 2024 en présence de Mme Dusautois greffière d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Negrevergne, représentant M. B, présent, qui reprend les conclusions et moyens de la requête en soulignant que le département, qui a produit un mémoire en défense dans un délai très restreint, ne donne aucune précision sur l'incapacité qui aurait été la sienne de prendre une décision explicite et motivée de rejet de la demande du requérant ; si ce dernier est désormais en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour, ce document est insuffisant pour lui permettre de trouver une solution d'hébergement stable en dehors du 115 ; l'intégralité des conditions posées au 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles est remplie, de sorte que l'urgence comme l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale sont caractérisées ;
- les observations de Me Altwegg, représentant le département de Seine-et-Marne, qui reprend les conclusions et les observations du mémoire en défense en soulignant que
M. B a mis plusieurs jours à saisir le tribunal, qu'il dispose d'une épargne lui permettant de trouver une solution d'hébergement, d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler et d'un diplôme lui permettant de travailler, ainsi que d'une complémentaire santé, de sorte qu'un contrat " jeune majeur " ne se justifie pas ;
- les observations de M. B qui déclare qu'il a engagé les démarches pour trouver un hébergement, qu'elles n'ont cependant pas abouti, dans la mesure où il est dépourvu de contrat de travail et de garantie visa, qu'il est actuellement hébergé par un ami.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures () ".
2. L'usage par le juge des référés des pouvoirs qu'il tient des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonné à la condition qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention d'une mesure destinée à la sauvegarde d'une liberté fondamentale dans les quarante-huit heures.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 111-2 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes de nationalité étrangère bénéficient dans les conditions propres à chacune de ces prestations : 1° Des prestations d'aide sociale à l'enfance ; () / Elles bénéficient des autres formes d'aide sociale, à condition qu'elles justifient d'un titre exigé des personnes de nationalité étrangère pour séjourner régulièrement en France () ". Aux termes de l'article
L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : / () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article (). ". Il résulte de ces dispositions que, depuis l'entrée en vigueur de celles du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, dont elles sont issues, les jeunes majeurs de moins de vingt-et-un an ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge à titre temporaire par ce service lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.
4. Une carence caractérisée dans l'accomplissement par le président du conseil départemental des missions fixées par les dispositions rappelées au point précédent, notamment dans les modalités de prise en charge des besoins du mineur ou du jeune majeur relevant de l'aide sociale à l'enfance, lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour l'intéressé, est de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
5. En l'espèce, M. B, ressortissant burkinabé né le 20 novembre 2005, a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance de Seine-et-Marne à compter du 25 janvier 2021 et jusqu'à sa majorité, soit jusqu'au 20 novembre 2023. Par un courrier dont il a été accusé réception le 27 octobre 2023, il a demandé la poursuite temporaire de sa prise en charge par le même service au-delà de cette date sous la forme d'un contrat " jeune majeur ". A défaut de réponse explicite dans un délai de deux mois, le département de Seine-et-Marne a implicitement refusé de faire droit à cette demande. Par la requête susvisée, et après avoir exercé un recours préalable obligatoire, M. B demande la suspension de l'exécution de cette décision.
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction qu'à la date de la présente ordonnance, M. B, qui est devenu majeur le 20 novembre 2023, est dépourvu de soutien familial en France, qu'il ne bénéficie plus d'aucune ressource autre que l'épargne qu'il a constituée et dont il n'est pas établi qu'elle lui permettrait de trouver à brève échéance une solution d'hébergement stable, que l'employeur auprès duquel il a effectué sa scolarité n'a pas pu, faute de moyens, lui proposer une embauche, qu'en dépit du récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'au 25 avril 2024, qui lui a été remis, les nombreuses démarches qu'il a jusqu'à présent effectuées pour trouver un emploi ont échoué en raison de son manque d'expérience, qu'il n'a plus d'hébergement stable et est temporairement accueilli chez un ami. Ainsi, et alors qu'il a mis seulement une quinzaine de jours à saisir le tribunal, M. B se trouve dans une situation qui, dans les circonstances de l'espèce, doit être regardée comme étant de nature à caractériser une urgence particulière au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
7. En second lieu, il est constant que M. B, actuellement âgé de dix-huit ans, a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance avant sa majorité. Il ne peut être regardé, en dépit de l'épargne qu'il a pu constituer à la faveur de son apprentissage avant sa majorité, alors qu'aucune famille ne lui est connue, que ses nombreuses démarches de recherche d'emploi ont échoué du fait d'une expérience insuffisante et qu'aucune perspective d'emploi à brève échéance n'est avérée, comme bénéficiant de ressources ou d'un soutien familial suffisants. Son accueil temporaire chez un ami ne saurait constituer une solution d'hébergement stable. M. B est ainsi au nombre des jeunes majeurs mentionnés au 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles. Il s'ensuit que le président du conseil départemental ne pouvait, sans méconnaître les dispositions de cet article, refuser de poursuivre la prise en charge de l'intéressé au titre de l'aide sociale à l'enfance. Le refus de satisfaire à cette obligation résultant de la décision litigieuse révèle ainsi une carence caractérisée dans l'accomplissement des missions qui lui incombent en vertu des mêmes dispositions et porte, dans les circonstances de l'espèce, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a implicitement rejeté la demande de contrat " jeune majeur " formulée par M. B par un courrier réceptionné le 27 octobre 2023.
9. L'exécution de la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de réexaminer, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, la demande de M. B tendant au bénéfice d'un contrat " jeune majeur " et de procurer à l'intéressé, dans les quarante-huit heures, une solution d'hébergement ainsi qu'une prise en charge de ses besoins alimentaires, sanitaires et médicaux, sans qu'il soit besoin d'assortir des injonctions d'une astreinte.
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne le versement d'une somme de 1 500 euros à
Me Desenlis, avocate de M. B, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle. Dans l'hypothèse où M. B ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision par laquelle le président du conseil départemental de
Seine-et-Marne a implicitement rejeté la demande de contrat " jeune majeur " formulée par
M. B par un courrier réceptionné le 27 octobre 2023 est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au président du conseil départemental de Seine-et-Marne, d'une part, de réexaminer, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, la demande de M. B tendant au bénéfice d'un contrat " jeune majeur ", d'autre part, de procurer à l'intéressé, dans un délai de quarante-huit heures, une solution d'hébergement ainsi qu'une prise en charge de ses besoins alimentaires, sanitaires et médicaux.
Article 4 : Le département de Seine-et-Marne versera une somme de 1 500 euros à Me Desenlis, conseil de M. B en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour elle de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans l'hypothèse où M. B ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée directement.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au département de
Seine-et-Marne et à Me Desenlis.
Fait à Melun, le 18 janvier 2024.
Le juge des référés,
Signé : C. CLa greffière,
Signé : O. Dusautois
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026