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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2400574

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2400574

mercredi 29 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2400574
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantBECHIEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 janvier 2024, M. B C D, représenté par Me Bechieau, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision révélée par un courrier électronique du 23 novembre 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'annuler la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir à son profit les conditions matérielles d'accueil ;

4°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter de la date à laquelle elle a été refusée, dans un délai de 3 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge E français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il disposait d'un droit à se maintenir sur le territoire français à la date des décisions attaquées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut à l'irrecevabilité de la requête.

Il soutient qu'aucune décision administrative faisant grief à M. C D n'a été prise à son encontre.

Par un courrier du 7 janvier 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la situation de compétence liée dans laquelle se trouvait l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour cesser le versement de l'allocation de demandeur d'asile en application des dispositions des articles L. 551-13 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le droit pour M. C D de se maintenir sur le territoire français avait pris fin à la date des décisions attaquées.

M. C D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Duhamel a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant afghan, est entré en France le 1er décembre 2021. Il a déposé une demande d'asile le 14 décembre 2021 auprès des services de la préfecture de police de Paris et a accepté les conditions matérielles d'accueil le 15 décembre 2021. Par une décision du 16 janvier 2023, l'Office français des réfugiés et des apatrides (OFII) a déclaré sa demande d'asile irrecevable au motif qu'il bénéficiait de la protection internationale en Italie depuis le 12 septembre 2017. Par une décision révélée par un courrier électronique du 23 novembre 2023, l'OFII a cessé de lui verser l'allocation demandeur d'asile dont il bénéficiait au titre des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de mars 2023. Par un courrier du 16 septembre 2023, M. C D a sollicité auprès de l'OFII le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. M. C D doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil révélée par le courrier électronique du 23 novembre 2023 ainsi que la décision implicite de rejet de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil du 16 septembre 2023.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. C D ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 21 février 2024, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur la fin de non-recevoir opposée par l'OFII :

3. L'office français de l'immigration et de l'intégration oppose une fin de non-recevoir tirée de ce que les conclusions à fin d'annulation de la décision révélée par le courrier électronique qu'elle a adressé à M. C le 23 novembre 2023 serait une décision informative. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'alors que M. C bénéficiait des conditions matérielles d'accueil depuis le 15 décembre 2021, celles-ci ont cessé, ce qui a été révélé par ledit courrier électronique qui produit des effets de droit et constitue donc une décision qui fait grief au requérant. Par suite, cette fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée, si elle comporte une motivation en fait dès lors qu'elle précise que " le jugement d'irrecevabilité de l'OFPRA clôture les droits ", ne comporte aucune motivation en droit, de sorte qu'il est impossible pour M. C de connaitre les dispositions légales sur lesquelles l'office français de l'immigration et de l'intégration s'est fondé pour décider de la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision implicite portant cessation des conditions matérielles d'accueil à son bénéfice révélée par le courrier électronique du 23 novembre 2023 ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil formulée le 16 septembre 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif qui en constitue le fondement, l'annulation prononcée par le présent jugement n'implique pas nécessairement le rétablissement des conditions matérielles d'accueil de M. C. L'exécution du présent jugement implique seulement d'enjoindre au directeur E français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer la demande de M. C tendant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII le versement de la somme de 1 200 euros à Me Bechieau dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et à l'article 108 du décret du 19 décembre 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. C D.

Article 2 : La décision implicite de cessation des conditions matérielles d'accueil au bénéfice de M. C E français de l'immigration et de l'intégration révélée par le courrier électronique du 23 novembre 2023 et la décision implicite de rejet de la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil formulée par M. C le 16 septembre 2023 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général E français de l'immigration et de l'intégration de procéder au réexamen de la demande de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Bechieau une somme de 1 200 euros en application des dispositifs du 2° alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bechieau renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C D et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée, pour son information, au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,

M. Duhamel, premier conseiller,

Mme Prissette, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2025.

Le rapporteur,

B. DUHAMEL

La présidente,

I.GOUGOT

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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