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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2400886

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2400886

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2400886
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de la préfète du Val-de-Marne refusant le renouvellement du titre de séjour de Mme A épouse D. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, la requérante ne démontrant pas une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation, malgré ses allégations sur son état de santé et l'absence de titre de séjour. La solution retenue s'appuie sur l'appréciation concrète de l'urgence, en rappelant que si le refus de renouvellement d'un titre de séjour présume en principe l'urgence, cette présomption peut être écartée au vu des circonstances de l'espèce. Aucun texte spécifique n'a été appliqué au fond, la décision étant uniquement fondée sur le constat de l'absence d'urgence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2024, Mme E A épouse D, représentée par Me Pigot, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'ordonner à la préfète du Val-de-Marne, à titre principal de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou à titre subsidiaire de réexaminer cette demande et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le recours en excès de pouvoir introduit le 25 juillet 2022 contre la décision en litige est recevable, à défaut de toute information relative aux voies et délais de recours ;

- la condition tenant à l'urgence est présumée remplie puisque sa demande porte sur le renouvellement d'un titre de séjour, et alors en outre qu'elle se trouve dépourvue de tout justificatif de la régularité de son séjour, sans possibilité de travailler et de soigner le diabète dont elle souffre ;

- cette situation la prive de la possibilité de voyager alors que l'état de santé de sa mère s'est gravement dégradé et qu'elle est désormais en phase terminale, et que le délai d'instruction de son recours au fond apparaît déraisonnable ;

- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation, à défaut pour la préfète du Val-de-Marne d'avoir répondu dans le délai imparti à sa demande de communication des motifs du rejet implicite de sa demande de titre, reçue le 22 juillet 2022 ;

- la préfète du Val-de-Marne aurait dû saisir la commission du titre de séjour, dès lors qu'elle justifie de plus de dix ans de résidence habituelle sur le territoire français ;

- la décision litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'elle séjourne en France depuis 2009 avec l'ensemble de sa famille, en qualité de membre de la famille d'un diplomate, puis sous le régime de droit commun en conséquence du changement de profession de son époux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard de l'ancienneté de son séjour en France, de la stabilité de sa situation familiale, de ses problèmes de santé et du travail qu'elle effectue depuis août 2021 pour de multiples particuliers.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence () le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, le premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code précise que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

4. Mme A épouse D, ressortissante sri lankaise née le

30 novembre 1964 à Maradana (Sri Lanka), entrée en France le 26 octobre 2009 sous couvert d'un visa mention " Famille de diplomate ", a bénéficié de titres de séjour régulièrement renouvelés jusqu'au 7 octobre 2016, date de l'expiration de sa dernière carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ". Le 13 avril 2021, la requérante a saisi la préfecture du Val-de-Marne d'une demande de délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " et a été mise en possession de récépissés de cette demande, renouvelés jusqu'au 12 décembre 2021. Mme A épouse D demande la suspension des effets de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté cette demande.

5. Pour soutenir que la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative serait remplie, Mme A épouse D se prévaut de la présomption qui s'attache aux demandes de renouvellement de titre de séjour, ainsi que de la précarité de sa situation administrative depuis l'expiration de son dernier récépissé alors que son état de santé nécessite des soins médicaux, qu'elle est privée de la possibilité de travailler et de se rendre au chevet de sa mère, dont l'état de santé est extrêmement dégradé sans perspective d'amélioration. Toutefois, Mme A épouse D n'allègue pas avoir bénéficié de titres de séjour entre le

7 octobre 2016, date de l'expiration du dernier titre dont elle justifie, et le 13 avril 2021, date d'enregistrement de la demande de titre dont elle conteste le rejet implicite. Par suite, cette demande doit être regardée comme portant sur une première délivrance de titre de séjour, et non sur un renouvellement de titre. Ainsi, alors qu'il appartient à la requérante de justifier des atteintes graves et immédiates portées à sa situation personnelle, Mme A épouse D n'apporte aucune précision sur l'interruption de la régularité de son séjour en 2016, alors que son conjoint comme leur fils G C ont bénéficié du renouvellement de leurs titres de séjour respectifs depuis cette période, tandis qu'il ne résulte pas de l'instruction que leur second fils, F B, né le 28 décembre 1990, aurait bénéficié de titres de séjour depuis sa majorité. En outre, alors que la requérante s'est maintenue en situation irrégulière depuis la fin de l'année 2016 et que son recours au fond a été enregistré le 25 juillet 2022, elle n'allègue pas que sa situation actuelle menacerait les emplois qu'elle justifie avoir occupés sur cette période chez des particuliers, dont l'actualité n'est d'ailleurs pas démontrée. Dans un tel contexte, et pour malheureuse qu'elle soit, la circonstance que la mère de Mme A épouse D soit en mauvais état de santé ne saurait suffire à elle seule à démontrer l'urgence qui s'attacherait à la suspension immédiate de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'absence de titre de séjour n'ayant pas pour conséquence d'empêcher son départ, mais de soumettre son retour à la délivrance d'un visa. Il s'ensuit qu'au cas d'espèce, la condition tenant à l'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne saurait être regardée comme satisfaite.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de cette décision, que les conclusions présentées par Mme A épouse D sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction avec astreinte ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par Mme A épouse D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E A épouse D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

La juge des référés,

Signé : C. Letort

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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