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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2400912

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2400912

lundi 25 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2400912
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12ème chambre, éloignement
Avocat requérantSTEPHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 janvier 2024 Mme B A, alors retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représentée par Me Stephan, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

Mme A soutient que les décisions litigieuses :

- sont entachées d'incompétence ;

- sont insuffisamment motivées ;

- sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- sont entachées d'une erreur de droit ;

- ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne

- méconnaissent l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaissent l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le12 novembre 2024, la préfète de l'Essonne, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binet, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Binet

- et les observations de Me Stephan, représentant Mme A, absente, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La préfète de l'Essonne n'était ni présente ni représentée.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante roumaine, a été interpellée le 20 janvier 2024 pour des faits de tentative de vol commis à Montgeron. Par un arrêté du 21 janvier 2024, la préfète de l'Essonne a obligé l'intéressée à quitter le territoire français sans délai en application de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé une interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de trois ans. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 21 janvier 2024.

2. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention susvisée relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / (). ". En application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence d'un citoyen de l'Union européenne autre que la France sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

3. Pour justifier la mesure d'éloignement en litige, la préfète de l'Essonne retient que le comportement de l'intéressée constitue, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française au motif qu'elle a été interpelée le 20 janvier 2024 par les services de police de Montgeron pour des faits délictueux et que son comportement trouble de façon récurrente l'ordre public. Il ressort du relevé décadactylaire produit en défense que Mme A a été signalisée le 10 avril 2013 pour des faits d'outrage sur personne dépositaire de l'autorité publique, le 16 mars 2013 pour des faits d'escroqueries et d'abus de confiance, le 08 février 2014 pour des faits de vol et de détention de produits stupéfiants, le 1er avril 2014 pour des faits de vol avec violence, le 18 avril 2014 pour des faits de violence aggravée sur dépositaire d'une mission publique et tentative de vol en réunion, le 21 juin 2018 pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas 08 jours par une personne étant ou ayant conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, le 22 septembre 2018 et le 13 décembre 2018 pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, le 05 mars 2019 pour des faits de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, le 15 mars 2019 pour des faits de conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, de circulation sans assurance et d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, le

13 mai 2019 pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, le 03 novembre 2020 pour des faits de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui et de violation de domicile, le 18 mai 2021 pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et de conduite d'un véhicule sans permis, et qu'elle a été interpellée et placée en garde à vue le 20 janvier 2024 pour des faits de de tentative de vol avec violence violences. Il ressort du procès-verbal d'interpellation produit en défense que les forces de police sont intervenues alors que Mme A a tenté d'arracher un sac à main à une femme qui venait de quitter son véhicule et l'aurait trainée sur plusieurs mètres avant de lui donner un coup. Eu égard à l'ensemble des éléments, le comportement de l'intéressée doit être analysé comme pouvant entrer dans les prévisions des dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que Mme A est née en France et qu'elle est mère de deux enfants âgés de 7 et 10 ans, eux-mêmes nés en France et scolarisés, et sur lesquels elle exerce seule l'autorité parentale. En outre, il n'est pas contesté que Mme A est accompagnée par l'association Paroles de Femmes-Le Relais de Sénart depuis le 23 mars 2021 et bénéficie d'un accompagnement social global et d'un soutien relatif à sa réinsertion socio-professionnelle au regard de son histoire familiale et des violences dont elle a été victime et que son fils bénéficie d'un accompagnement spécialisé en classe ULIS. Si la préfète soutient que Mme A ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, les éléments rapportés ci-avant démontrent que sa vie privée et familiale se déroule uniquement en France, et ce depuis sa naissance. Enfin, les enfants de Mme A, exposés aux difficultés d'insertion de leur mère, seraient particulièrement affectés par l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et par une installation dans un pays qu'ils ne connaissent pas et dans lequel leur mère serait encore plus isolée et fragilisée. Dans ces conditions, compte tenu de la situation d'urgence sociale dans laquelle Mme A se trouve, alors que ses enfants vivent régulièrement en France depuis leur naissance, l'obligation de quitter le territoire porte, dans les circonstances de l'espèce, à l'intérêt supérieur des enfants et au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et méconnaît ainsi les stipulations citées au point 2.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligée à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de 24 mois.

6. Enfin, l'annulation prononcée n'implique aucune injonction.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 janvier 2024, par lequel la préfète de l'Essonne a obligé Mme A à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de 3 ans, est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024 .

Le magistrat désigné,

Signé : D. BINET

La greffière,

Signé : S. AÏT MOUSSA

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. AÏT MOUSSA

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