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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2400922

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2400922

vendredi 3 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2400922
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème chambre
Avocat requérantSELARL AEQUAE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a annulé l'arrêté préfectoral du 25 octobre 2023 refusant un titre de séjour à un ressortissant malgache et lui enjoignant de quitter le territoire. Le tribunal a jugé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne tenant pas compte de l'intégration professionnelle et personnelle du requérant, notamment de ses liens familiaux en France, au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du CESEDA et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Par conséquent, le refus de titre de séjour et les mesures d'éloignement associées sont annulés, et l'administration est invitée à réexaminer la situation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2024, M. B... A..., représenté par Me Vitel, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 25 octobre 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié », sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
- elle méconnaît le droit d’être entendu et le principe du contradictoire, composantes du principe du respect des droits de la défense garantis par l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 114-5 du code des relations entre le public et l’administration ;
- elle est entachée d’erreurs de fait ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation sur la situation de M. A... ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l’illégalité entachant la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour ;
- elle méconnaît le droit d’être entendu et le principe du contradictoire, composantes du principe du respect des droits de la défense garantis par l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- elle est entachée d’une erreur de droit, le préfet s’étant cru en situation de compétence liée ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie de conséquence de l’illégalité entachant les décisions portant refus de délivrance d’un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l’illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale de New-York relative aux droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, notamment son article 41 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus, au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Teste,
- et les observations orales de Me Fonkoua, substituant Me Vitel, représentant M. A..., et de M. A..., le préfet de Seine-et-Marne n’étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

M. B... A..., ressortissant malgache né le 22 mars 1978, est entré en France le 21 août 2019 sous couvert d’un visa court séjour. Il a adressé une demande de titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement de l’admission exceptionnelle au séjour à la préfecture de Seine-et-Marne. Par la présente requête, M. A... demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 25 octobre 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité :

En premier lieu, l’arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et notamment son article 8, le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et notamment son article L. 435-1. Par ailleurs, la décision attaquée mentionne les conditions d’entrée en France du requérant et le fait qu’il produit à l’appui de sa demande un contrat de travail établi le 1er mars 2021 auprès de la société Informatika Team Services pour exercer comme technicien informatique en indiquant que le seul fait de disposer d’un contrat de travail ne saurait constituer à lui seul un motif exceptionnel au sens des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et que M. A... ne justifie pas d’une ancienneté de travail suffisamment établie. La décision attaquée mentionne également que M. A... se déclare célibataire, père de cinq enfants de nationalité malgache dont un enfant mineur qui réside à Madagascar. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet de Seine-et-Marne ne serait pas livré à un examen particulier de la situation du requérant.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l’article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d’une procédure contradictoire préalable ». Par ailleurs, aux termes de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (…) ». Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne que si les stipulations de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ne s’adressent pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l’Union et que le moyen tiré de leur violation par une autorité d’un Etat membre est ainsi inopérant, le droit d’être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l’Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d’une procédure administrative avant l’adoption de toute décision susceptible d’affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l’autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d’entendre l’intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

En l’espèce, M. A... ne peut utilement soutenir que la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour a été prise sans qu’ait été respecté le droit d’être entendu ou le principe du contradictoire dès lors que cette décision a été prise à la suite d’une demande qu’il a lui-même déposée dans laquelle il a pu faire état de tous les éléments qui étaient selon lui de nature à justifier son admission au séjour et que l’intéressé ne démontre pas, ni même ne soutient, qu’il n’aurait pas été mis en mesure, après l’avoir déposée, de la compléter par tout autre nouvel élément qu’il aurait été utile de porter à la connaissance de l’administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d’être entendu et du principe du contradictoire doit être écarté.

En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 100-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Le présent code régit les relations entre le public et l’administration en l’absence de dispositions spéciales applicables ». L’article L. 114-5 du même code dispose que : « Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. (…) / Le délai (…) au terme duquel, à défaut de décision expresse, la demande est réputée rejetée est suspendu pendant le délai imparti pour produire les pièces et informations requises. Toutefois, la production de ces pièces et informations avant l'expiration du délai fixé met fin à cette suspension. / La liste des pièces et informations manquantes, le délai fixé pour leur production et la mention des dispositions prévues, selon les cas, au deuxième ou au troisième alinéa du présent article figurent dans l'accusé de réception prévu à l'article L. 112-3. Lorsque celui-ci a déjà été délivré, ces éléments sont communiqués par lettre au demandeur. » Les dispositions législatives et règlementaires du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoient la procédure de dépôt, d’instruction et de délivrance des différents titres autorisant les étrangers à séjourner en France. Ainsi, selon l’article R. 431-10 de ce code : « L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2, le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents ». L’article R. 431-12 du même code dispose que : « L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. (…) ». Ainsi que le précise l’article L. 431-3 de ce code, la délivrance d’un tel récépissé ne préjuge pas de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. En outre, selon l’article R. 431-11 de ce code : « L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. (…) », cet arrêté dressant une liste de pièces pour chaque catégorie de titre de séjour.

Les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile constituent des dispositions spéciales régissant le traitement par l’administration des demandes de titres de séjour, en particulier les demandes incomplètes, que le préfet peut refuser d’enregistrer. Par suite, la procédure prévue à l’article L. 114-5 du code des relations entre le public et l’administration n’est pas applicable à ces demandes. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 114-5 du code des relations entre le public et l’administration peut être écarté comme inopérant. En tout état de cause, M. A... soutient que si le préfet considérait qu’il n’avait pas apporté suffisamment d’éléments probants de nature à justifier de sa présence réelle et continue en France depuis le 21 août 2019 ainsi que de son expérience professionnelle, il aurait dû lui adresser une demande de pièces complémentaires. Cependant, M. A... ne justifie pas que le dossier qu’il a transmis à la préfecture aurait été considéré comme incomplet par la préfecture et aurait dû donner lieu à une demande de communication des pièces manquantes en application des dispositions de l’article L. 114-5 du code des relations entre le public et l’administration. Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne, qui a uniquement estimé, au regard de son pouvoir d’appréciation, que M. A... ne remplissait pas les conditions prévues à l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, n’a pas méconnu les dispositions de l’article L. 114-5 du code des relations entre le public et l’administration. Par suite, le moyen doit être écarté.

En cinquième lieu, d’une part, si M. A... soutient que le préfet s’est uniquement fondé sur son contrat de travail pour examiner sa demande de titre de séjour et qu’il n’a aucunement pris en compte les autres documents qu’il a produits pour justifier de son activité professionnelle, à savoir, un formulaire CERFA de demande d’autorisation de travail, une lettre de son employeur motivant son recrutement, un extrait K-BIS de la société de moins de trois mois, une attestation de fourniture des déclarations sociales des URSSAF, les statuts de la société, son curriculum vitae, une déclaration préalable à l’embauche, un contrat de travail à durée indéterminée à temps plein, un ancien contrat de travail à durée déterminée à temps plein et ses bulletins de salaire depuis mars 2021, le préfet de Seine-et-Marne n’était pas tenu d’énumérer tous les éléments produits par le requérant mais devait uniquement apprécier sa situation professionnelle en France notamment au regard de sa durée et du secteur d’activité professionnelle. Ainsi, en mentionnant que le seul fait de disposer d’un contrat de travail ne saurait constituer à lui seul un motif exceptionnel au sens de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet de Seine-et-Marne n’a pas commis d’erreur de fait. D’autre part, si M. A... soutient que contrairement à ce qu’indique la décision attaquée, il est père de quatre enfants dont un enfant mineur né en France et résidant sur le territoire national, il ressort du formulaire de demande d’admission exceptionnelle au séjour rempli par ses soins le 15 septembre 2023 qu’il a indiqué que son enfant était né en France en 2002 et qu’un autre de ses enfants, né en 2007, résidait à Magadascar, de sorte qu’en indiquant qu’il était père d’un enfant mineur résidant à Madagascar, le préfet n’a pas entaché la décision attaquée d’une erreur de fait au vu des informations qui avaient été portées à sa connaissance par l’intéressé à la date de son édiction. Par ailleurs, si la décision attaquée mentionne que M. A... est père de cinq enfants et non de quatre enfants, cette circonstance n’a pas été de nature à elle-seule à influer sur le sens de la décision attaquée par laquelle le préfet a dû statuer sur la demande de titre de séjour « salarié » de M. A.... Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d’erreurs de fait doit être écarté.

En sixième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (…) ».

A l’appui de sa demande, M. A... soutient qu’il justifiait de plus de quatre ans de présence au moment du dépôt de sa demande de titre de séjour le 25 septembre 2023 et qu’il travaille depuis le 1er mars 2021 à temps plein en qualité de technicien informatique. Il soutient également qu’il a ancré sa vie privée et familiale sur le territoire français depuis plus de quatre ans où il a eu un fils né en 2022 et se prévaut de deux attestations d’amis. Toutefois, eu égard à la durée de son activité professionnelle sur le territoire français, à la situation irrégulière dans laquelle se trouve son épouse et au caractère récent de sa présence sur le territoire français, ces éléments ne sont pas suffisants à eux seuls pour considérer que le préfet de Seine-et-Marne a entaché l’arrêté litigieux d’une erreur manifeste d’appréciation en estimant que l’intéressé ne justifiait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de l’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés.

En septième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ». En vertu du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatives, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ».

En l’espèce, M. A... se prévaut d’être entré en France en 2019, d’avoir travaillé depuis le 1er mars 2021 pour une société en tant que technicien informatique, d’être père d’un enfant de nationalité malgache né en France en 2022 et résidant sur le territoire national ainsi que d’attestations d’amis. Cependant, par les documents qu’il produit au soutien de sa demande de titre de séjour, notamment la seule attestation de l’assistante maternelle agréée du 12 janvier 2024 affirmant qu’il vient chercher son fils quand la mère n’est pas disponible, M. A... ne justifie pas contribuer à l’entretien et à l’éducation de son fils mineur né en France. Aussi, il ne fait état d’aucune circonstance empêchant la reconstitution de la cellule familiale à Madagascar, pays dont le requérant, son enfant né en France et la mère de ce dernier ont la nationalité. Enfin, M. A... n’établit pas être dépourvu d’attaches dans son pays d’origine où il a vécu jusqu’à l’âge de 41 ans et où résident trois de ses enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n’est pas entachée d’illégalité. Par suite, M. A... n’est pas fondé à se prévaloir de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de celle entachant la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité.

En deuxième lieu, le droit d'être entendu, mentionné à l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne précité, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas où la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l’obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.

Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l’obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

M. A..., qui se borne à soutenir que son droit d’être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d’informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu’il a été empêché de porter à la connaissance de l’administration avant que ne soit prise la mesure d’éloignement attaquée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à y faire obstacle. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d’être entendu et du principe du contradictoire doit être écarté.

En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet se serait cru en situation de compétence liée, celui-ci ayant apprécié si M. A... remplissait les conditions pour bénéficier d’un titre de séjour au titre de son activité professionnelle et qu’il pouvait, par suite, faire l’objet d’une mesure d’éloignement sur le fondement du 3° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de droit doit être écarté.

En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 10 et 12 du présent jugement, il y a lieu d’écarter les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ainsi que celui tiré de l’erreur manifeste d’appréciation commise par le préfet de Seine-et-Marne.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les décisions portant refus de délivrance d’un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas illégales. Par suite, M. A... n’est pas fondé à se prévaloir de l’illégalité de la décision fixant le délai de départ volontaire par voie de conséquence de l’illégalité entachant les décisions portant refus de délivrance d’un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 10 et 12 du présent jugement, il y a lieu d’écarter les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, de l’erreur manifeste d’appréciation commise par le préfet de Seine-et-Marne ainsi que celui tiré de la méconnaissance des dispositions du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n’est pas illégale. Par suite, M. A... n’est pas fondé à se prévaloir de l’illégalité de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l’illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 25 octobre 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Il y a également lieu de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Janicot, présidente,
M. Delamotte, conseiller,
M. Teste, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2026.


Le rapporteur,
Signé : H. TESTE
La présidente,
Signé :M. JANICOT


La greffière,



Signé : S. DOUCHET



La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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CEExcès de pouvoir

Conseil d'État — N° 509363

Le Conseil d’État refuse d’admettre le pourvoi de M. B... contre l’ordonnance rejetant sa demande d’hébergement d’urgence et d’allocation pour demandeur d’asile. Le moyen unique de dénaturation, tiré de l’absence d’urgence particulière, est jugé insuffisant pour permettre l’admission. Cette décision confirme le rejet de la requête en référé-liberté.

09/04/2026

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