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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2401572

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2401572

lundi 19 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2401572
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSERRE et BOULEBSOL AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 février 2024, M. A C B, représenté par Me Desenlis, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, après l'avoir admis à l'aide juridictionnelle provisoire :

1°) d'ordonner la suspension implicite de refus opposée par l'aide Sociale à l'Enfance de Seine-et-Marne opposée à sa demande de contrat " jeune majeur " présentée le 4 décembre 2023 ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de procéder au

réexamen de sa demande de renouvellement de son contrat " jeune majeur " dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance et de lui procurer, dans un délai de 48 heures, une solution d'hébergement et une prise en charge de ses besoins alimentaires, sanitaires et médicaux, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de condamner le conseil départemental de Seine-et-Marne à payer à son conseil la somme de 1.500 euros par application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, que le bénéficiaire aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide.

Il indique que, de nationalité tunisienne, il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance le 30 juin 2022, qu'il a sollicité un contrat " jeune majeur " à sa majorité qui ne lui a été accordé qu'après une ordonnance du tribunal administratif de Melun du 16 mai 2023, qu'il en a sollicité le renouvellement par une lettre du 28 novembre 2023 reçue par le département le 4 décembre 2023 et qu'il n'a eu aucune réponse.

Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il n'a aucun soutien et n'a pas d'hébergement et que la décision contestée porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à bénéficier d'un accompagnement en qualité de " jeune majeur " en application de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 février 2024, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne, représenté par Me Boulebsol, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés, le contrat " jeune majeur " du requérant étant arrivé à échéance le 1er octobre 2023 et l'intéressé ayant quitté le service le 2 octobre 2023 sans en demander le renouvellement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 13 février 2024, tenue en présence de Madame Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Dubreuil, représentant M. B, requérant, présent, qui rappelle qu'il a déjà bénéficié d'un contrat " jeune majeur " et qu'il a demandé son renouvellement, qu'il n'a pas de titre de séjour et plus d'hébergement, sa formation ayant été interrompue,

- les observations de Me Boulebsol, représentant le conseil départemental de Seine-et-Marne, qui rappelle que l'intéressé a quitté de lui-même le centre d'hébergement le 2 octobre 2023, qu'il n'a plus donné aucune nouvelle de lui jusqu'au 4 décembre 2023, qu'il a été convoqué le 4 janvier 2024 pour faire le point sur son cas et qu'il n'est pas venu et qu'en conséquence la condition d'urgence n'est pas satisfaite.

Considérant ce qui suit :

1 M. A B, ressortissant tunisien né le 2 mai 2005 à Zarzis (Gouvernorat de Médenine), a été pris en charge par le conseil départemental de Seine-et-Marne à compter du 4 juillet 2022 dans le cadre d'un placement jusqu'à sa ma,jorité ordonné par le juge des enfants du tribunal judiciaire de Melun. Il a sollicité le 31 mars 2023 du président du conseil départemental de Seine-et-Marne, la conclusion d'un contrat " jeune majeur " sur le fondement de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles. Cette demande a été rejetée le 25 avril 2023. Par une ordonnance du 13 mai 2023, le juge des référés du présent tribunal a suspendu l'exécution de cette décision et a enjoint au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation. Un contrat d'accueil a été conclu, permettant à M. B de disposer notamment d'un hébergement jusqu'au 2 octobre 2023, et de suivre une formation d'agent de restauration dans un centre de formation des apprentis à Emerainville (Seine-et-Marne). L'intéressé l'a quitté à cette date, sans solliciter de renouvellement de son contrat " jeune majeur ". Il ne l'a fait que par une lettre du 28 novembre 2023, reçue le 4 décembre 2023. M. B a été convoqué en réponse le 4 janvier 2024 à la maison départementale des solidarités mais ne s'est pas rendu à ce rendez-vous. Considérant s'être vu opposer une décision implicite de rejet à sa demande, il a formé un recours gracieux le 4 février 2024 et, par sa requête du 8 février 2024, sollicite du juge des référés qu'il soit enjoint au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de lui faire bénéficier d'un nouveau contrat " jeune majeur ".

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2 Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3 Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. / Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes du premier alinéa de l'article

R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit justifier de l'urgence de l'affaire. "

4 Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521- 2 précité de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement et tenir compte du fait que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette pas d'invoquer utilement -ni sérieusement- la notion d'urgence. Il en est notamment ainsi lorsque la situation d'urgence découle directement de la négligence ou de la carence du requérant, ou de tout autre acte positif qui lui est directement imputable. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de l'ordonnance.

5 Aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article et à l'exclusion de ceux faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Peuvent être également pris en charge à titre temporaire, par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance, les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.".

6 Il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié d'un contrat " jeune majeur " jusqu'au 2 octobre 2023, qu'il a quitté le centre où il était hébergé à cette date sans en informer le service, qu'il n'a sollicité le renouvellement de son contrat que par une lettre du

28 novembre 2023, soit près de deux mois plus tard et qu'il n'a pas répondu à une convocation des services départementaux pour le 4 janvier 2024. Ainsi, le requérant s'est de lui-même placé dans une situation que ne lui permet plus d'invoquer utilement ou sérieusement devant le juge des référés la condition d'extrême urgence de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

7 Par suite, la requête de M. B ne pourra qu'être rejetée dans l'ensemble de ses composantes.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A B n'est pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Desenlis, au président du conseil départemental de Seine-et-Marne et au préfet de Seine-et-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. AymardLa greffière,

Signé : S. Aubret

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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