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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2401947

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2401947

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2401947
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBOUSQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 février 2024, M. A B, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a maintenu en rétention administrative ;

2°) de procéder sans délai et sous astreinte à la délivrance d'une attestation de demande d'asile au titre de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) et de lui fournir les droits prévus par la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 et un lieu susceptible de l'accueillir ainsi qu'une allocation journalière.

Il soutient que :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- est entaché d'un défaut de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- a été pris en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- méconnaît le droit au recours effectif devant la CNDA ;

- méconnaît l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le droit à l'information.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 11 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Cyril Dayon, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15,

R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dayon ;

- les observations de Me Bousquet, représentant M. B assisté de Mme C, interprète assermentée en langue russe qui rappelle que M. B a séjourné en France, est retourné en Russie puis a voulu revenir en France en raison de la crainte d'être mobilisé dans le cadre de la guerre en Ukraine, et qu'il est arrivé sur le territoire français en juillet 2023 ; il explique que M. B a présenté en juillet 2023 une demande de réexamen de sa demande d'asile, et produit, au cours de l'audience, le formulaire de demande de réexamen complété et comportant l'indication d'une réception par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofrpa) le 31 juillet 2023 ; il en déduit que la demande d'asile déposée le 13 février 2024 n'avait pas pour seule raison d'échapper à l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre par le préfet du Val-d'Oise, compte tenu de l'évolution de la situation dans son pays d'origine et de la présentation, en 2019 puis en 2023 de demandes de réexamen alors qu'il n'était pas en rétention, et invoque le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- et les observations de M. B, assistée de Mme C, interprète assermentée en langue russe, qui explique avoir effectué en juillet 2023 une demande d'asile dans laquelle il faisait part de ses craintes quant à une mobilisation au sein des forces armées russes dans le cadre de la guerre en Ukraine, il précise que cette demande lui a été retournée en raison de son caractère incomplet.

Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15H14.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant russe, né le 7 mars 1991 à Grozny (Russie), est arrivé en France, selon ses dires, en 2008. Le 8 février 2024, M. B a été interpellé par la police nationale de Deuil-la-Barre. Par des arrêtés du 8 février 2024, le préfet du Val-d'Oise a, d'une part, prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et, d'autre part, l'a placé en rétention administrative pour une durée de 48 heures. Le placement de M. B a été prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux le 11 février 2024, pour une durée de 28 jours. M. B a, alors qu'il était en rétention administrative, déposé une demande d'asile le 13 février 2024. Par un arrêté du 14 février 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a prononcé son maintien en rétention administrative. Par une décision du 26 février 2024, le directeur général de l'Ofpra a rejeté la demande d'asile présentée par M. B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". L'article L. 754-3 du même code précise que " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. / A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. ". L'article L. 754-4 de ce code dispose prévoie que " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. / Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue après la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides relative au demandeur, dans un délai qui ne peut excéder quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours, dans les conditions prévues aux articles L. 614-7 à L. 614-13. (). ". Il résulte notamment de ces dispositions que, hormis le cas particulier où il a été placé en rétention en vue de l'exécution d'une décision de transfert vers l'État responsable de l'examen de sa demande d'asile, prise en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cas étranger au présent litige, il doit en principe être mis fin à la rétention administrative d'un étranger qui formule une demande d'asile. Toutefois, l'administration peut maintenir l'intéressé en rétention, par une décision écrite et motivée, dans le cas où elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre.

3. Pour prononcer le maintien en rétention administrative de M. B, le préfet du Val-d'Oise a relevé que l'intéressé avait déposé une demande d'asile qui avait été rejetée par une décision du directeur général de l'Ofpra le 26 mai 2010, confirmée par une décision du 12 avril 2011 de la Cour nationale du droit d'asile, que sa demande de réexamen de sa demande d'asile avait été rejetée par une décision du 21 août 2019 par le directeur général de l'Ofpra, puis par une décision du 15 novembre 2019 de la Cour nationale du droit d'asile, et que M. B n'avait formulé aucune demande avant son placement en rétention pour faire état de circonstances nouvelles. Il résulte toutefois de ce qui a été dit à l'audience publique que M. B avait présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile, qui avait été reçue par l'Ofpra le 31 juillet 2023, ainsi qu'en atteste le cachet figurant sur le formulaire. Si cette demande présentait un caractère incomplet, en sorte qu'elle n'a pas été examinée par l'Ofpra et n'apparaît pas dans la fiche " TelemOfrpa " produite en défense par le préfet du Val-d'Oise et relative à la situation de M. B, il y a lieu de considérer que ce dernier avait effectué des démarches, préalablement à son placement en rétention, pour faire état de circonstances nouvelles dans le cadre d'une demande de réexamen de sa demande d'asile. Dans ces conditions, c'est à tort que le préfet du Val-d'Oise a estimé que l'intéressé a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile après son placement en rétention administrative dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du

8 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a ordonné son maintien en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En cas d'annulation de la décision de maintien en rétention, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. Dans ce cas l'étranger peut être assigné à résidence en application de l'article L. 731-3. ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.

6. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de mettre fin à la rétention dont M. B fait l'objet à la date de l'audience. Eu égard au motif retenu, l'annulation prononcée n'implique aucune autre injonction.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 14 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a maintenu en rétention administrative est annulé.

Article 2 : Il est mis fin aux mesures de surveillance dont fait l'objet M. A B.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Lu en audience publique le 14 mars 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : C. DayonLa greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2401947

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