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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2402042

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2402042

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2402042
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBLT DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 19 février et 7 mars 2024, Mme C B, représentée par Me Sarhane, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de prononcer la suspension de la décision du 29 janvier 2024 par laquelle la directrice de l'institut de formation en soins infirmiers de Provins a prononcé son exclusion temporaire pour une durée de cinq ans ;

3°) d'enjoindre à la directrice de l'institut de formation en soins infirmiers de procéder à sa réintégration, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'institut de formation en soins infirmiers une somme de 2 500 euros, à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que la décision en litige l'empêche de poursuivre ses stages et de valider sa deuxième année de formation, la prive de toute possibilité de redoublement et du statut d'élève infirmière ;

- en conséquence de cette décision, Pôle Emploi a mis fin au financement de sa formation, tandis que la région Île-de-France a supprimé la bourse dont elle bénéficiait ;

- la décision contestée a été prise en méconnaissance de l'autorité de la chose jugée par ce tribunal le 29 septembre 2023 ;

- les parties à la présente affaire sont identiques, de même que la cause puisque la nouvelle sanction repose sur les mêmes faits, alors que le jugement rendu par ce tribunal est devenu définitif, faute pour l'institut de formation d'avoir formé un appel ;

- en l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, la seconde convocation devant le conseil de discipline était irrégulière ;

- la sanction en litige est disproportionnée et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, alors que l'altercation intervenue le 31 mars 2023 était de l'initiative de

Mme A, qui n'a fait l'objet d'aucune sanction ;

- elle est une élève infirmière sérieuse, motivée et appliquée, ainsi qu'en attestent la réussite à l'ensemble de ses examens ainsi que les bonnes appréciations de ses stages ;

- le plagiat ne constitue pas un fait nouveau puisqu'il a été évoqué et retenu comme grief à son encontre dans le cadre du premier conseil de discipline.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 et le 7 mars 2024, l'institut de formation en soins infirmiers Simone Veil, représenté par Me Bonnet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- l'urgence de la demande de Mme B n'est pas constituée dès lors que le comportement général de la requérante, qui a désorganisé le bon fonctionnement de l'institut et perturbé l'enseignement, fait obstacle à la suspension de la décision litigieuse ;

- l'intérêt général peut justifier que la demande de suspension soit rejetée, même lorsque la décision en litige place le requérant dans une situation de précarité financière ;

- si la requérante n'était pas à l'origine de la première gifle le 31 mars 2023, elle s'est montrée véhémente et ingérable, et a répliqué par des coups très violents ;

- contrairement à Mme A, Mme B a refusé de s'excuser dans un premier temps, sans rechercher l'apaisement ;

- l'attitude conflictuelle de Mme B, contraire aux valeurs de la profession, a entraîné une perturbation des enseignements ;

- il est également reproché à la requérante d'avoir plagié un devoir, alors en outre qu'elle doit rattraper 4 UE du premier semestre ;

- l'interruption du versement de la bourse par la région n'est pas établie, tandis que le financement de la formation par Pôle Emploi n'est pas constitutif d'un revenu pour

Mme B ;

- la requérante n'a pas perdu une chance d'obtenir sa deuxième année ;

- l'annulation contentieuse d'une sanction disciplinaire pour disproportion ne fait pas obstacle à ce qu'une nouvelle sanction soit prononcée, à l'issue d'une nouvelle procédure disciplinaire, qui peut être plus sévère lorsque des faits nouveaux ont été portés à la connaissance de l'administration ;

- le jugement rendu par ce tribunal ne remet pas en cause la matérialité des faits reprochés à Mme B dans le cadre de l'altercation, et la nouvelle sanction est également fondée sur le plagiat lors d'un devoir ;

- la sanction contestée est proportionnelle aux faits reprochés à Mme B, alors que la sincérité de ses excuses tardives est discutable, tandis que Mme A, qui s'est immédiatement inscrite dans une démarche constructive, a fait l'objet d'un blâme ;

- les compétences professionnelles de la requérante, qui n'ont pas été remises en cause, sont sans incidence sur l'appréciation de la sanction ;

- Mme B ne conteste pas la matérialité des faits intervenus à l'occasion de l'altercation, tandis que les faits de plagiat sont établis.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 6 mars 2024 à 14h00 en présence de

Mme Aubret, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort ;

- les observations de Me Meite, représentant Mme B, présente, qui soutient en outre que du fait de sa gravité, la sanction en jeu constitue de facto une exclusion définitive de la formation, que la disparition de sa bourse la prive de toute revenu, qu'en l'espèce l'autorité de la chose jugée est absolue dès lors que le jugement portait sur un recours en excès de pouvoir, que la sanction contestée repose sur les mêmes faits et ne pouvait donc pas être plus sévère que la sanction censurée par ce tribunal pour disproportion et que le plagiat n'est pas un fait nouveau justifiant que la seconde sanction soit plus lourde que la précédente ;

- et les observations de Me Denizot, représentant l'institut de formation en soins infirmiers, qui fait valoir en outre que l'appréciation de l'urgence repose sur une balance des intérêts alors que le comportement de Mme B a désorganisé durablement la formation, au point que des protocoles ont dû être mis en place pour l'attribution des sièges de cours, que la requérante n'a pas conscience de la gravité des faits reprochés, que ses excuses ont été présentées tardivement et juste avant sa convocation en conseil de discipline, que la nouvelle procédure est fondée sur des faits nouveaux puisque Mme B est également l'autrice d'un plagiat à plus de 60%, qui n'a pas fait l'objet de la première procédure et qui suffit à lui seul pour justifier une sanction lourde, et que les faits reprochés à la requérante sont graves et contraires au principe de probité des infirmières.

La clôture de l'instruction a été différée au 11 mars 2024 à 17h.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général de la fonction publique ;

- l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. Mme B, élève au sein de l'institut de formation en soins infirmiers

Simone Veil de Provins depuis l'année scolaire 2022-2023, a fait l'objet d'une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de la formation pour une durée d'un an, prononcée le

4 mai 2023. L'exécution de cette sanction a été suspendue par une ordonnance du juge des référés de ce tribunal en date du 20 juin 2023, et par un jugement du 29 septembre suivant, ce tribunal a prononcé l'annulation contentieuse de cette décision. Le 26 janvier 2024,

Mme B a de nouveau été convoquée devant le conseil de discipline, et par une nouvelle décision du même jour, la directrice de l'institut de formation en soins infirmiers de Provins a prononcé l'exclusion temporaire de la requérante pour une durée de cinq ans.

Mme B demande la suspension des effets de cette dernière sanction disciplinaire.

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.

5. Pour justifier de l'urgence à demander la suspension de l'exécution de la décision en litige, Mme B soutient que l'exclusion de l'institut de formation en soins infirmiers de Provins pour une durée de cinq ans présente des effets similaires à ceux d'une exclusion définitive, faisant obstacle à la poursuite de ses stages ainsi qu'à la validation de sa

deuxième année de formation, et la privant de toute possibilité de redoublement. De plus, la requérante se prévaut des décisions prises par Pôle Emploi et par la région Île-de-France de mettre fin au financement de sa formation, en conséquence de la sanction disciplinaire prise à son encontre.

6. Si Mme B ne produit aucune pièce de nature à démontrer la suppression de la bourse versée par le conseil régional dans le cadre de sa formation en soins infirmiers, la décision attaquée, qui prononce son exclusion de l'institut de formation de Provins pour une durée de cinq ans, a pour conséquence de faire obstacle à la validation de ses stages et examens de deuxième année et de mettre un terme à la poursuite de ses études. En conséquence, la sanction en litige préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à la situation de la requérante. L'institut de formation en soins infirmiers Simone Veil ne saurait valablement contester l'urgence résultant des effets de la sanction prononcée en se prévalant de la désorganisation de son fonctionnement engendrée par le comportement de Mme B, alors qu'il ne produit aucune pièce pour l'établir et que les faits reprochés à cette dernière reposent principalement sur une altercation physique et verbale avec une autre stagiaire, intervenue de façon ponctuelle le 31 mars 2023. Ainsi, au regard des circonstances de l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que la suspension de l'exécution de la décision litigieuse serait inconciliable avec un intérêt public particulier. Il s'ensuit que la condition tenant à l'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

7. Il ressort des pièces du dossier que la sanction disciplinaire d'exclusion d'une durée de cinq ans prononcée à l'encontre de Mme B le 26 janvier 2024 est fondée, d'une part, sur sa participation à une altercation physique et verbale intervenue le

31 mars 2023 avec une autre élève de l'institut, et d'autre part sur la réalisation d'un plagiat pour l'analyse de l'UE 2.10. Si la défense se prévaut de l'absence d'identité d'objet des

deux sanctions successivement prononcées à l'encontre de Mme B, dès lors que le champ d'application de la seconde serait plus large que la première, il ressort des termes du jugement n° 2305530 du 29 septembre 2023 que, pour annuler la sanction d'exclusion dont la requérante avait fait initialement l'objet le 4 mai 2023 pour une durée d'un an, le présent tribunal s'est fondé, d'une part, sur l'existence d'un vice de procédure, faute pour la convocation devant la section disciplinaire d'avoir précisé les faits reprochés à

Mme B alors que le compte-rendu de sa réunion faisait également état, notamment, du même plagiat, et d'autre part sur le caractère disproportionné de la sanction avec l'altercation du 31 mars 2023. Dans un tel contexte, le présent tribunal ne saurait être entendu comme ayant considéré que la sanction annulée aurait été exclusivement fondée sur les faits d'altercation. En conséquence, et à défaut de la production de la décision du 4 mai 2023 par aucune des parties, il ne résulte pas de l'instruction que la seconde sanction disciplinaire, plus sévère, reposerait sur des faits distincts de ceux ayant fondé la première sanction, dont l'annulation prononcée par ce tribunal est devenue définitive en l'absence de recours en appel contre ce jugement. Il s'ensuit qu'en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 29 janvier 2024 par laquelle l'institut de formation en soins infirmiers Simone Veil a prononcé l'exclusion de Mme B pour une durée de cinq ans.

8. Il résulte de ce qui précède que l'exécution de la décision du 29 janvier 2024 doit être suspendue.

Sur les conclusions à fin d'injonction avec astreinte :

9. La suspension prononcée implique nécessairement que l'institut de formation en soins infirmiers de Provins procède à la réintégration de Mme B dans le délai

d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, à titre provisoire et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur son recours en excès de pouvoir, sans préjudice de la possibilité de prendre une nouvelle sanction disciplinaire à l'encontre de la requérante. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par la requête.

Sur les frais de justice :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que l'institut de formation en soins infirmiers demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'institut de formation en soins infirmiers de Provins le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Sarhane, au titre des honoraires et frais que Mme B aurait exposés si elle n'avait pas bénéficié de l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision de l'institut de formation en soins infirmiers

Simone Veil du 29 janvier 2024 est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à l'institut de formation en soins infirmiers Simone Veil de Provins de procéder à la réintégration à titre provisoire de Mme B, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur son recours en excès de pouvoir.

Article 4 : L'institut de formation en soins infirmiers Simone Veil de Provins versera la somme de 1 500 euros à Me Sarhane, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Les conclusions présentées par l'institut de formation en soins infirmiers Simone Veil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au centre hospitalier Léon Binet.

La juge des référés,La greffière,

Signé : C. LetortSigné : S. Aubret

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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