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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2402198

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2402198

lundi 12 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2402198
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTHISSE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme B, ressortissante nigériane reconnue réfugiée le 3 juillet 2023, qui n'a pu déposer sa demande de carte de résident en raison d'un défaut de transmission de sa fiche "Telemofpra" par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) à la préfecture. Le juge a constaté l'urgence de la situation, Mme B se trouvant sans titre de séjour ni autorisation provisoire depuis sept mois. Il a enjoint au préfet de Seine-et-Marne de convoquer Mme B pour enregistrer sa demande de carte de résident et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction valant autorisation de travail, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. La demande dirigée contre l'OFPRA a été rejetée comme irrecevable, le juge des référés n'étant pas compétent pour lui adresser des injonctions.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2024, Mme A B, représentée par Me Thisse, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner au préfet de Seine-et-Marne de la convoquer afin d'enregistrer sa demande de carte de résident dans un délai de 7 jours à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°) d'ordonner au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction d'une demande de titre de séjour dans un délai de 7 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard valant autorisation de travail ;

3°) d'ordonner à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de transmettre au préfet de la Seine-et-Marne l'attestation d'état civil en vue de la fabrication du titre de séjour prévue au point 38 de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de procéder à la mise à jour de la fiche Telemopfra de la requérante dans un délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) à lui verser la somme de

1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que, de nationalité nigériane, elle a été reconnue réfugiée le 3 juillet 2023 par la Cour nationale du droit d'asile, qu'il ne lui a pas été possible de déposer sa demande de carte de résident sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France, celle-ci ne la reconnaissant pas comme réfugiée, car sa " fiche Telemofpra " n'avait pas été transmise à la préfecture, que la situation n'a pas changé depuis sept mois, que la condition d'urgence est satisfaite car elle n'a pas de titre de séjour alors qu'elle est réfugiée, et que la mesure sollicitée est utile dès lors qu'elle a ce statut et ne fait obstacle à aucune décision administrative.

Par un mémoire enregistré le 23 février 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, le tribunal administratif n'étant pas compétent pour statuer sur la demande présentée par la requérante.

Par un mémoire en réplique enregistré le 6 mars 2024, Mme B, représentée par Me Thisse, conclut aux mêmes fins.

La requête a été communiquée le 23 février 2024 au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui n'a présenté aucun mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret

n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1 Par une décision du 3 juillet 2023, la Cour nationale du droit d'asile a reconnu le statut de réfugiée à Mme B, ressortissante nigériane née le 5 septembre 1995 à Benin City (Etat d'Edo). Il ne lui a pas été possible de déposer sa demande de carte de résident sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France, celle-ci ne la reconnaissant pas comme bénéficiaire d'une protection internationale. Il s'est avéré que ce blocage était dû au fait que la " fiche Telemofpra " la concernant n'avait pas été réceptionnée par la préfecture de Seine-et-Marne. Tous les échanges ultérieurs avec l'Agence nationale des titres sécurisés comme avec l'Office de protection des réfugiés et apatrides se sont révélés par la suite infructueux, de même que la saisine directe de la préfecture de Seine-et-Marne, Mme B se retrouvant sans titre de séjour ni autorisation provisoire de séjour. Par une requête enregistrée le 22 février 2024, elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner au préfet de Seine-et-Marne de la convoquer afin d'enregistrer sa demande de carte de résident dans un délai de 7 jours à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer une attestation de prolongation.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2 Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3 Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4 Mme B, reconnue réfugiée depuis le 3 juillet 2023 n'a pas été mise en possession de sa carte de résident depuis cette date ni même d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de justifier de la régularité de son séjour et de travailler. La condition d'urgence doit donc être considérée comme satisfaite.

5 Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du

livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. ". Aux termes de l'article

L. 424-2 du même code : " Après avoir déposé sa demande de carte de résident, et dans l'attente de la délivrance de cette carte, l'étranger mentionné à l'article L. 424-1 a le droit d'exercer la profession de son choix dans les conditions prévues à l'article L. 414-10 () ". Aux termes de l'article L. 424-4 du même code : " Le délai pour la délivrance de la carte de résident prévue à l'article L. 424-1 après la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile est fixé par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 ou L. 424-3 dans un délai de trois mois à compter de la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. () ".

6 Il ressort des pièces du dossier que la requérante n'est pas en mesure de déposer sa demande de titre de séjour sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France car son dossier n'a pas été mis à jour par les services du préfet de Seine-et-Marne à qui il appartient de consulter la base de données " Telemofpra ", tenue par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, relative à l'état des procédures de demandes d'asile, et au besoin de solliciter cet Office aux fins de cette mise à jour, une telle démarche qui concerne le fonctionnement interne de l'administration ne pouvant être, en tout état de cause, mise à la charge des demandeurs.

7 Dans ces conditions, la fin de non-recevoir soulevée par le préfet de Seine-et-Marne, tirée de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître de la demande présentée par Mme B ne pourra qu'être écartée, la " fiche Telemofpra " n'étant que le reflet des informations contenues dans une base de données tenue par l'administration et l'attestation d'état-civil, requise par l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers pour la délivrance d'une carte de résident aux bénéficiaires d'une protection internationale, n'étant pas un document d'état-civil au sens de l'article L. 121-9 du code du même code.

8 Par suite, d'une part, et en l'absence de toute information des parties à la date de la présente ordonnance sur une modification de la situation administrative de l'intéressée, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne d'enregistrer la demande de titre de séjour de

Mme B en qualité de bénéficiaire de la protection internationale et de lui délivrer, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé ce délai de dix jours, une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail qui sera le cas échéant renouvelée sans discontinuité jusqu'à la remise effective de la carte de résident à laquelle elle a droit.

9 D'autre part, il y a lieu d'enjoindre au directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de transmettre au préfet de Seine-et-Marne l'attestation d'état civil prévue à l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vue de la fabrication de la carte de résident, dans un délai d'un mois à compter de la présente ordonnance.

Sur les frais du litige :

10 Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

11 Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à celle-ci () ".

12 Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) une somme de 1 200 euros qui sera versée à Me Thisse, conseil de Mme B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme B en qualité de bénéficiaire de la protection internationale et de lui délivrer, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de

50 euros par jour de retard passé ce délai de dix jours, une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail qui sera le cas échéant renouvelée sans discontinuité jusqu'à la remise effective de la carte de résident à laquelle elle a droit.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de transmettre au préfet de Seine-et-Marne l'attestation d'état civil de Mme B, prévue à l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vue de la fabrication de la carte de résident, dans un délai d'un mois à compter de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat (préfet de Seine-et-Marne) versera une somme de 1 200 euros à Me Thisse, conseil de Mme B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Thisse, à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera communiquée au préfet de Seine-et-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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