mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2402234 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL NEGREVERGNE-FONTAINE-DESENLIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 février 2024, complétée les 29 février et 5 mars 2024, M. C A, représenté par Me Desenlis, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, après l'avoir admis à l'aide juridictionnelle provisoire :
1°) d'ordonner la suspension de la décision de refus du 7 février 2024, par laquelle l'Aide Sociale à l'Enfance a mis fin à sa prise en charge à la date du 14 février 2024 ;
2°) d'enjoindre au conseil départemental de Seine-et-Marne de procéder au réexamen de sa demande de renouvellement de son contrat de jeune majeur dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance et de lui procurer, dans un délai de 48 heures, une solution d'hébergement et une prise en charge de ses besoins alimentaires, sanitaires et médicaux, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du conseil départementale de Seine-et-Marne la somme de 1.500 euros à payer à son conseil par application des dispositions de l'article L761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, que le bénéficiaire aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide.
Il indique que, de nationalité ivoirienne, il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance du département de Seine-et-Marne, qu'il a sollicité la conclusion d'un contrat " jeune majeur " en octobre 2023 mais que cela lui a été refusé le 20 novembre 2023, que l'exécution de cette décision a été suspendue par une ordonnance du juge des référés du présent tribunal du 29 novembre 2023, qu'un contrat de quelque jours lui a été accordé à la suite de cette ordonnance, et que par une décision du 7 février 2024, il a été informé que sa prise en charge prendrait fin le 14 février 2024.
Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite car il n'a pas de logement alors qu'il est en contrat d'apprentissage et, sur le doute sérieux, que cette décision méconnait les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles car il n'a trouvé aucune solution d'hébergement et qu'elle porte atteinte à son droit à l'éducation et à la protection de la santé.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 mars 2024, le département de Seine-et-Marne, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite, car l'intéressé a refusé les solutions qui lui ont été proposées et que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision contestée,
- les autres pièces du dossier.
Vu
- le code de l'action sociale et des familles ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 8 février 2024, sous le numéro 2401569, M. A a demandé l'annulation de la décision attaquée.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 5 mars 2024, en présence de Madame Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Desenlis, représentant M. A, requérant, présent, qui maintient que la condition d'urgence est satisfaite car il n'est plus pris en charge depuis le 14 février 2024, qu'il n'a plus d'hébergement et ne bénéficie que d'un récépissé de demande de titre de séjour alors qu'il est en cours de formation en maçonnerie, qu'il ne peut puas avoir de place en foyer de jeune travailleur, que sans hébergement, il ne pourra pas être régularisé, qui indique aussi que son contrat d'apprentissage a été interrompu car il n'était pas payé mais qu'il a trouvé un autre employeur, que sa demande de contrat " jeune majeur " était soutenue par ses éducateurs, qui conteste le fait de refuser toute colocation et précise qu'il n'a jamais eu de problèmes lors de ses précédents hébergements, et qu'un récépissé lui a été remis valable jusqu'en juin 2024 et en apprentissage jusqu'en août 2025 ;
- les observations de Me Coquillon, représentant le département de Seine-et-Marne, qui constate que le requérant est autonome sur son suivi administratif, qui maintient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite car elle n'est démontrée par aucune pièce du dossier, qu'il n'a fait aucune démarche pour sn logement et a été hébergé par un oncle en 2022 et qui soutient qu'il n'a pas participé à la réalisation de ses objectifs de son précédent contrat " jeune majeur ".en l'absence du requérant et de la préfète du Val-de-Marne, ou de leurs représentants, dûment convoqués.
Considérant ce qui suit :
1 M. C A, ressortissant ivoirien né le 4 décembre 2005 à Hermankono (Région du Lôh-Djiboua), entré en France le 1er mars 2022, a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance de Seine-et-Marne du 18 août 2022 jusqu'à sa majorité, depuis une ordonnance de placement provisoire du 22 août 2022 confirmée par un jugement en assistance éducative du 1er septembre 2022 jusqu'à sa majorité soit le 4 décembre 2023. Sa prise en charge par le même service lui a dans un premier temps été refusé par une décision du conseil départemental de Seine-et-Marne du 10 octobre 2023, dont l'exécution a été suspendu par une ordonnance du juge des référés du présent tribunal du 29 novembre 2023 qui a enjoint ensuite a président du conseil départemental de Seine-et-Marne, d'une part, de réexaminer la demande de M. A tendant à la poursuite temporaire de sa prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance sous la forme d'un contrat " jeune majeur ", et d'autre part, de lui procurer, à compter de son majorité, une solution d'hébergement ainsi qu'une prise en charge de ses besoins alimentaires, sanitaires et médicaux. Un nouveau contrat a été conclu à compter du 14 décembre 2023 pour une durée de deux mois. Le 7 février 2024, il a été informé que son contrat ne serait pas renouvelé car il n'avait pas suivi les conseils du service en commençant une formation en maçonnerie alors qu'il disposait d'un titre professionnel comme agent de restauration qui lui aurait permis de trouver un emploi, il lui avait été demandé d'élargir ses champs de recherche de logement au-delà des foyers de jeunes travailleurs, ce qu'il n'avait pas fait pouvait solliciter les dispositifs d'hébergement de droit commun et il avait fait preuve le 7 janvier 2024 d'une attitude déplacée à l'égard d'un éducateur. Il a formé un recours préalable le 8 février 2024 et a demandé au présent tribunal, le même jour, l'annulation de sa cette décision. Une première requête sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, formée également le 8 février 2024, a été rejetée par le juge des référés du présent tribunal le 12 février 2024, la condition d'urgence particulière de cet article n'étant pas satisfaite. Par une nouvelle requête formée le 23 février 2024, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, il demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision du 7 février 2024.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du même code : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
5. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement et tenir compte notamment du fait que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette plus d'invoquer utilement - ni sérieusement - la notion d'urgence.
6. Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'aide sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du même code : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : (.) : 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article et à l'exclusion de ceux faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.".
7. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, qui a modifié cet article sur ce point, les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.
8. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A dispose sur le territoire d'un membre de sa famille qui l'a hébergé lors de son arrivée en France en mars 2022 et jusqu'à sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance à compter du mois d'août 2022. S'il indique qu'il n'a plus de contact avec cette personne, il n'établit pas que celui-ci ne serait pas en mesure de l'aider à nouveau pour trouver une solution de logement en attendant de voir sa situation au regard de son droit au séjour stabilisée lui permettant de bénéficier d'une place en foyer de jeune travailleur. Par ailleurs, le préfet de Seine-et-Marne a renouvelé, le 22 février 2024, c'est-à-dire postérieurement à la décision contestée et pour une durée de trois mois, le récépissé de demande de carte de séjour de l'intéressé qui l'autorise à travailler et il peut donc poursuivre son apprentissage au centre des formations des apprentis de Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis) en vue d'obtenir un certificat d'aptitude professionnelle de maçon. Enfin, il résulte du rapport établi par la référente de l'aide sociale à l'enfance de Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne) que, si l'intéressé se mobilise dans le cadre de son contrat jeune majeur, son " manque d'authenticité et l'absence de prise en compte des préconisations ", notamment en matière de logement, dans la mesure où il n'a pas élargi ses recherches en vue d'en trouver un, est de nature à entraver l'accompagnement qui lui a été prodigué depuis le 14 décembre 2023.
9. Il résulte de ce qui précède que, à la date de la présente ordonnance, la condition d'urgence ne peut être considérée comme satisfaite, puisque l'intéressé ne démontre pas être totalement isolé sur le territoire national, il dispose des moyens de poursuivre sa formation et est en situation régulière sur le territoire français.
10. Il suit de là que la demande de M. A tendant à la suspension de l'exécution de la décision refusant sa prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance doit être rejetée. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
11. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge du département, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Desenlis et au département de Seine-et-Marne.
Copie en sera communiquée au préfet de Seine-et-Marne.
Le juge des référés,La greffière,
B : M. AymardB : S. Aubret
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2402234
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026