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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2402291

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2402291

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2402291
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET ASLOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 février 2024, Madame D A, représentée par

Me Julié, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'il soit statué sur sa légalité :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 12 décembre 2023, notifiée le 21 sans mention des voies et délais de recours, de mise en fermeture provisoire du débit de tabac n° 9400106V situé 65 bis, avenue Paul Vaillant-Couturier à Gentilly (Val-de-Marne), de résiliation du contrat de gérance lié à l'exploitation du débit de tabac n° 9400106V, de fermeture définitive du débit de tabac, de suppression de sa qualité de suppléant, de refus de permutation entre conjoints du débit de tabac, et celle de refus d'implanter un nouveau débit de tabac ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle indique qu'elle a acquis en 2014 un fonds de commerce de bar-brasserie avec une licence de vente de boissons de 4ème catégorie à Gentilly (Val-de-Marne), que ce fonds de commerce a été exploité en entreprise individuelle par son conjoint, elle-même en assurant l'exploitation, qu'elle est devenue française en 2018 et acquis la qualité de suppléante du débit de tabac, qu'une permutation a été accordée le 15 janvier 2021 par l'administration des douanes puis refusée par son conjoint, que celui-ci l'a menacée de mort ce qui a entraîné son placement sous contrôle judiciaire le 5 novembre 2021 avec interdiction de la rencontrer, qu'il a été condamné le 15 avril 2022 à une peine de 18 mois d'emprisonnement avec sursis, que l'administration des douanes n'a pris aucune sanction après cette condamnation contre lui, qu'elle a engagé une procédure de divorce le 18 octobre 2022, et que par un jugement du 26 juillet 2023, le juge aux affaires familiales de Créteil lui a confié provisoirement la gestion du fonds de commerce, qu'elle a relancé l'administration des douanes en vue de la permutation, et qu'elle a reçu, le 21 décembre 2023, une décision de fermeture provisoire du débit de tabac adressée le 12 décembre 2023 à son conjoint, d'une décision de résiliation du contrat de gérance de son conjoint, d'une décision de fermeture définitive du débit de tabac en conséquence de la résiliation du contrat de gérance, de la suppression de sa qualité de suppléante le 25 octobre 2022 et du refus de la permutation du contrat de gérance entre conjoints sur le fondement de l'article 21 du décret n° 2010-720, et du refus de l'implantation.

Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car la décision en cause prive le fonds de commerce de l'essentiel de ses revenus et risque d'entraîner sa saisie, et, sur le doute sérieux, que la décision en cause a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle a prise sans le respect de la procédure contradictoire, qu'elle méconnait plusieurs dispositions de décret n0 2010-720 du 28 juin 2020, et qu'elle est entachée d'une dénaturation des faits.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mars 2024, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, représenté par Me Maurice, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Madame A d'une somme de 3.200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il oppose une fin de non-recevoir tirée du caractère purement informatif de la lettre du 12 décembre 2023 et du défaut d'intérêt à agir de la requérante, qui n'est plus suppléante depuis le 25 octobre 2022.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés, la condition d'urgence n'étant pas satisfaite dès lors que la décision de mise en fermeture du débit de tabac a été prise le 11 décembre 2023, laquelle n'a pas été contestée.

Par un mémoire en réplique enregistré le 14 mars 2024, Madame D A, représentée par Me Julié, conclut aux mêmes fins.

Vu

- la décision contestée,

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

-le décret n° 2010-720 du 28 juin 2010 modifié relatif à l'exercice du monopole de la vente au détail des tabacs manufacturés ;

- le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 24 février 2024 sous le numéro 2402297, Madame A a demandé l'annulation de la décision contestée.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 14 mars 2023, tenue en présence de

Madame Dusautois, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Julié, représentant Madame A, requérante, présente, qui rappelle que ce dossier s'inscrit dans un contexte de conflit conjugal, que la lettre du

12 décembre 2023 comprend six décisions, qui maintient que la condition d'urgence est satisfaite car le débit de tabac couvre 30 à 40 % du chiffre d'affaires et que le fonds est grevé d'une forte dette, que la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie, qu'il s'agit d'une décision de fermeture provisoire qui a été prise sans le respect des dispositions de l'article 36 du décret du

28 juin 2010 et sans procédure contradictoire, que la décision de résiliation du contrat de gérance doit respecter un délai de trois semaines, qu'il n'y a aucune procédure contradictoire pour la fermeture définitive, que le refus de la permutation ne respecte pas le principe de loyauté car l'administration des douanes savait que c'était elle qui gérait le fonds de commerce en raison du conflit familial , que son mari prenait de l'argent dans la caisse et qu'elle lui a reconnu le permis d'exercer à la suite de la condamnation, que le juge des affaires familiales lui a d'ailleurs confié la gestion du fonds, que le refus d'implantation d'un nouveau débit de tabac est erronée et qui demande qu'il soit enjoint à l'administration de communiquer les décisions de création des débits de tabac sur la commune de Gentilly ;

- les observations de Me Maurice, représentant le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, qui rappelle que le fonds de commerce était exploité par le mari de la requérante de manière individuelle, que celui-ci a perdu l'exploitation de son bar, que l'entreprise individuelle a été radiée et que cette fermeture entraîne la fin de l'exploitation,, qui maintient que la lettre du 12 décembre 2023 est une simple lettre d'information et pas une décision administrative car elle détaille les effets de décisions antérieures et que la décision de fermeture provisoire de l'entreprise du mari de la requérante est toujours exécutoire et n'a pas encore été contestée et que les décisions contestées ne concernent pas la requérante ;

- les observations complémentaires de Me Julié, représentant Madame A, qui maintient que des décisions ont été révélées par ce courrier et qui indique que l'entreprise n'est pas dissoute.

Considérant ce qui suit :

1. Par une lettre du 12 décembre 2023, le directeur régional des douanes de Paris-Est a informé Madame A que son mari, M. B, avait été destinataire d'une " notification de mise en en fermeture provisoire du débit de tabac n° 9400106V dont il était personnellement et individuellement signataire d'un contrat de gérance lui en permettant l'exploitation " et lui indiquait les conséquences de la radiation de l'entreprise individuelle de M. B laquelle entraînait " l'impossibilité de maintenir l'activité de vente de produits du tabac " dans son fonds de commerce. Cette lettre prenait acte de la cessation d'activité de l'entreprise individuelle de M. B à la date du 26 juillet 2023, comme publié le 21 septembre 2023, à la suite du jugement du tribunal judiciaire de Créteil et que, par conséquent, il ne respectait plus la condition de pleine et entière propriété du fonds de commerce associé au débit de tabac et que son contrat de gérance devait être résilié à cette date. Madame A était aussi informée que le débit de tabac devait fermer définitivement, faute de permutation, que son exploitation devait cesser, que sa propre qualité de suppléante avait été supprimée le 25 octobre 2022 et qu'elle devait être considérée comme gérante de fait postérieurement à cette date, et qu'il n'était pas possible d'implanter un nouveau débit de tabac ordinaire permanent sur le territoire de la commune de Gentilly. Par une requête enregistrée le 24 février 2024, Madame A a demandé au tribunal l'annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par une requête du même jour, la suspension de son exécution.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. Lorsque la requête en annulation d'une décision administrative faisant l'objet d'une demande de suspension présentée au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est irrecevable, cette demande de suspension doit être rejetée comme non fondée.

4. En l'espèce, la lettre du 12 décembre 2023 est une lettre d'information adressée à Madame A, en sa qualité de gérante du fonds de commerce de bar-brasserie acquis en commun par elle-même et son époux, M. B, et qu'elle gère de manière individuelle depuis le 26 juillet 2023, lui indiquant les conséquences, pour le débit de tabac installé au sein de son établissement, de la publication au bulletin officiel des annonces civiles et commerciale du 23 septembre 2023 de la radiation du registre national des entreprises de l'entreprise individuelle de M. C B, lequel avait conclu un contrat de gérance à titre individuel avec l'Etat en vue d'exploiter un débit de tabac ordinaire permanent, et qui avait été informé, le 11 décembre 2023, d'une décision de mise en fermeture provisoire de ce débit de tabac. Elle ne constitue donc pas une décision administrative susceptible de recours puisqu'elle se borne à informer sa destinataire des conséquences pour son établissement de cette radiation et de l'obligation qui en découle pour elle de cesser de vendre du tabac à titre permanent, l'autorisation accordée à son mari ayant été supprimée.

5. Si la requérante soutient que la viabilité économique de son fonds de commerce est affectée par la décision de fermeture provisoire du débit de tabac, elle ne fait état d'aucune demande formulée en son nom propre auprès de l'administration tendant à la conclusion d'un contrat de gérance.

6. Par suite, il y a lieu de faire droit à la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, et de rejeter la requête de Madame A.

Sur les frais d'instance :

7. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Madame A une somme à verser au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Madame A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame D A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Le juge des référés,

Signé : M. AymardLa greffière,

Signé : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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