vendredi 1 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2402350 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | PACI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 février 2024, M. A C, représenté par Me Paci, Me Sax, Me Ronen, Me Vettes, Me Boesel et Me David, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'enjoindre, d'une part, au préfet de Seine-et-Marne de requérir son extraction pour lui permettre de comparaître à l'audience du juges des référés du tribunal prévue le 4 mars 2024 à 10h00, d'autre part, au garde des sceaux, ministre de la justice et au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à l'extraction ainsi requise ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 6 000 euros à verser à ses avocats au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, au cas où le bureau d'aide juridictionnelle compétent rejetterait sa demande d'aide juridictionnelle, à lui-même, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-la condition d'urgence prévue à l'article L.521-2 du code de justice administrative est remplie, compte tenu de la proximité de l'audience à laquelle il souhaite comparaître et de la nécessité pour l'administration de disposer d'un temps suffisant pour organiser son extraction en vue de sa comparution à cette audience ;
-il est porté, du fait du refus du préfet de Seine-et-Marne de requérir son extraction, une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue la possibilité d'assurer de manière effective sa défense devant le juge, dont participe le droit, également garanti par l'article 6, paragraphe 1, de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de comparaître en personne devant lui, dès lors que :
*la procédure devant le juge des référés ménageant une large place au débat oral à l'audience et autorisant notamment le défendeur à ne formuler des observations qu'oralement, lors de cette audience, il se peut que sa comparution personnelle soit le seul moyen pour lui de prendre connaissance de ces observations et d'y répondre ;
*son avocat et lui ne pourront pas, s'il ne comparaît pas personnellement à l'audience du 4 mars 2024 à 10h00, répondre utilement aux observations écrites que le garde des sceaux, ministre de la justice présentera, au plus tôt, la veille de cette audience, ni aux questions que ces observations pourraient susciter de la part du juge des référés ;
*dans d'autres affaires, des détenus sollicitant la suspension de l'exécution d'une mesure de placement à l'isolement ont pu faire l'objet d'une extraction pour comparaître personnellement devant le juge des référés malgré la nécessité de mettre en place pour cela des conditions de sécurité particulières ;
*les dispositions de l'article D. 215-27 du code pénitentiaire ne permettent pas au préfet de refuser de requérir l'extraction d'un détenu pour un motif d'ordre ou de sécurité, la très haute sensibilité du profil de certains détenus n'ayant d'ailleurs pas empêché leur extraction ;
*il n'existe aucune disposition, dans le code pénitentiaire ou le code de justice administrative, permettant au juge administratif de requérir lui-même l'extraction d'un détenu ou de solliciter le préfet à cette fin ;
*il souhaite comparaître personnellement à l'audience du juge des référés du 4 mars 2024 à 10h00 ;
*il n'a jamais été violent à l'égard des forces de l'ordre, n'a manifesté aucune velléité d'évasion, a bénéficié d'un assouplissement de ses conditions de détention en Belgique et est " entré sur la voie de la résilience " ; la réalité de sa dangerosité est ainsi une illusion créée par l'administration ;
*il conteste, notamment sous l'angle de l'erreur manifeste d'appréciation, le bien-fondé des motifs de la décision de placement à l'isolement dont il demande la suspension de l'exécution dans le cadre de l'affaire inscrite au rôle de l'audience du 4 mars 2024 et soutient en particulier à ce titre que ses conditions de vie et de détention méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le litige porte donc sur sa personnalité, son comportement, son parcours, son mode de vie, son expérience personnelle ;
*les dangers de l'isolement carcéral pour la santé des détenus étant régulièrement " pointés " par les organismes de contrôle internationaux, il doit pouvoir témoigner oralement de ses conditions actuelles de détention ;
*les dispositions de l'article D. 215-27 du code pénitentiaire méconnaissent le principe constitutionnel d'indépendance de la juridiction administrative en ce que la possibilité qu'elles donnent au préfet de priver d'effet utile une mesure destinée au bon exercice de la mission juridictionnelle du juge administratif constitue un empiètement sur l'indépendance des juridictions.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-2 du code de justice administrative n'est pas remplie ;
-aucune atteinte grave et manifestement illégale n'a été portée à une liberté fondamentale.
La requête a été communiquée au garde des sceaux, ministre de la justice et au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'ont pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-le code pénitentiaire ;
-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
-le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.
Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.
Au cours de cette audience, tenue le 29 février 2024 à 14h00 en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, ont été entendus :
-le rapport de M. Zanella, juge des référés ;
-les observations de Me David, représentant M. C, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, en ajoutant que : le requérant a été transféré en France en méconnaissance d'une décision de justice belge ; il est nécessaire que, lors de l'audience à venir du 4 mars 2024 à 10h00, le juge des référés puisse voir et entendre le requérant pour apprécier sa personnalité et sa dangerosité et connaître son ressenti sur ses conditions de détention ; si l'utilisation d'une liaison vidéo constitue, selon la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, une mesure compensatoire de l'absence de comparution personnelle, rien n'est prévu pour l'audience du 4 mars 2024 ; le report de la clôture de l'instruction et la possibilité de présenter une note en délibéré ne peuvent remplacer le débat oral lors de l'audience ; l'extraction du requérant ne nécessite pas la mobilisation de moyens aussi importants que le prétend le préfet de Seine-et-Marne ;
-les observations de M. B, représentant le préfet de Seine-et-Marne, qui a conclu aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes motifs.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. "
2. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "
4. M. C est actuellement incarcéré au centre pénitentiaire sud francilien à Réau (Seine-et-Marne), où il exécute une peine de réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté incompressible prononcée le 29 juin 2022 par la cour d'assises spécialement composée de Paris. Le 9 février 2024, il a fait l'objet d'une décision de placement à l'isolement dont il a sollicité la suspension de l'exécution, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, par une requête qui sera appelée à une audience du juge des référés du tribunal fixée le 4 mars 2024 à 10h00. En vue de comparaître en personne à cette audience, il a demandé que son extraction soit requise en application de l'article D. 215-27 du code pénitentiaire. Le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande le 21 février 2024.
5. La possibilité d'assurer de manière effective sa défense devant le juge a le caractère d'une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
6. Toutefois, d'abord, le placement à l'isolement prévu à l'article L. 213-8 du code pénitentiaire ne constitue pas une mesure disciplinaire, ainsi que le précise l'article R. 213-18 du même code, mais une modalité d'exécution d'une peine privative de liberté. Le juge administratif ne peut, dès lors, être regardé, lorsqu'il se prononce au fond ou en référé sur la légalité d'une telle mesure, comme décidant d'une contestation sur des droits et obligations de caractère civil ou du bien-fondé d'une accusation en matière pénale au sens des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, M. C ne peut utilement soutenir en l'espèce, à l'appui de son argumentation visant à démontrer que le refus d'extraction qui lui a été opposé par le préfet de Seine-et-Marne le 21 février 2024 porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale mentionnée au point précédent, que, selon la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, ces stipulations imposent en principe la participation personnelle d'un justiciable détenu, qu'il soit ou non représenté à l'audience, dans les cas où la personnalité et le mode de vie de l'intéressé sont en rapport direct avec l'objet du litige ou lorsque la décision met en jeu son comportement ou son expérience.
7. Ensuite, s'il résulte des dispositions de l'article L. 522-1 du code de justice administrative que, sous réserve de l'application de l'article L. 522-3 du même code, la procédure devant le juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 dudit code est pour partie orale, la possibilité mentionnée au point 5 n'implique pas pour autant, dès lors que l'intéressé a la faculté de se faire représenter à l'audience publique ainsi que de présenter des observations écrites avant comme après celle-ci, dans le cadre d'une note en délibéré, et que le juge des référés a quant à lui la faculté de différer la clôture de l'instruction voire de renvoyer l'affaire en cas d'invocation par le défendeur d'éléments nouveaux le justifiant lors de l'audience, qu'un détenu ayant fait l'objet d'une décision d'isolement initiale ou de prolongation doive, par principe, comparaître en personne à l'audience publique au cours de laquelle est examinée sa demande tendant à la suspension de l'exécution de cette décision.
8. Enfin, M. C ne fait état, y compris, notamment, en ce qui concerne l'incidence de son placement à l'isolement et de ses conditions de détention sur son état de santé, d'aucune circonstance particulière, propre à sa situation, de nature à établir la nécessité de sa comparution personnelle à l'audience du 4 mars 2024 pour assurer sa défense.
9. Dans ces conditions, nonobstant la triple circonstance, à la supposer établie, que les dispositions de l'article D. 215-27 du code pénitentiaire méconnaîtraient le principe constitutionnel de l'indépendance de la juridiction administrative, que le préfet de Seine-et-Marne aurait commis une erreur de droit en se fondant sur des considérations tenant à l'ordre public pour apprécier le caractère indispensable ou non, au sens de ces dispositions, de l'extraction de M. C et que ces considérations seraient inexactes, et alors même, par ailleurs, que le juge administratif ne tient d'aucune disposition du code pénitentiaire ou du code de justice administrative le pouvoir de requérir lui-même l'extraction d'un détenu appelé à comparaître devant lui ou de solliciter le préfet à cette fin, il ne résulte pas de l'instruction que le refus d'extraction opposé le 21 février 2024 au requérant ait porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale, mentionnée au point 5, dont celui-ci se prévaut.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que les conclusions à fin d'injonction présentées par M. C au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent, de même, par conséquent, que ses conclusions relatives aux frais liés au litige, être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er :M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 :Les conclusions de la requête de M. C sont rejetées pour le surplus.
Article 3 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au garde des sceaux, ministre de la justice, et à Me Paci, Me Sax, Me Ronen, Me Vettes, Me Boesel et Me David.
Copie en sera adressée pour information au préfet de Seine-et-Marne.
Fait à Melun, le 1er mars 2024
Le juge des référés,
Signé : P. ZANELLALa greffière,
Signé : S. AUBRET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026