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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2402844

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2402844

mardi 13 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2402844
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOURKI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. D C B, ressortissant colombien, qui contestait l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 14 janvier 2024 lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français avec une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, en se fondant sur les articles L.611-1, L.612-2 et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue confirme la légalité de la mesure d'éloignement, notamment en raison de la menace pour l'ordre public et de l'absence de titre de séjour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 janvier 2024 au greffe du tribunal administratif de Montreuil et le 4 mars 2024 au greffe du présent tribunal, M. D C B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de un an.

Il soutient que la décision contestée en cause a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est insuffisamment motivée, qu'elle a été prise sans qu'il ait été entendu et qu'elle méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés.

Le 25 juin 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a communiqué des pièces mais n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'ordonnance du président de la 4ème chambre du tribunal administratif de Montreuil du 28 février 2024 transmettant au tribunal administratif de Melun la requête de M F au motif de sa résidence déclarée à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 26 juin 2024, tenue en présence de Mme Adelon, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Tourki, représentant M. C B, requérant, présent, assisté de Mme E, interprète, qui indique qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche, qu'une demande de titre de séjour a déjà été rejetée, qu'il est le père d'un enfant de nationalité européenne sur lequel il exerce l'autorité parentale et que la menace à l'ordre public n'est pas établie.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Des pièces complémentaires ont été communiquées par M. C B le 27 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C B, ressortissant colombien né le 5 mai 1988 à Palmira (Département de Valle del Cauca), a été interpellé le 14 janvier 2024 pour conduite en état d'ivresse et sans permis à Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis). Placé en garde à vue et auditionné, il a déclaré être en France depuis 2017, vivre à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), 13 rue du Clos d'Orléans, avoir eu un enfant né en juillet 2019 avec une ressortissante espagnole qu'il élève seul. Ne pouvant donc justifier de la régularité de son séjour sur le territoire, il a fait l'objet, le 14 janvier 2024, par le préfet de la Seine-Saint-Denis, d'une obligation de quitter sans délai le territoire français ainsi que d'une interdiction de retour pour une durée de un an. Par une requête enregistrée le 15 janvier 2024 au greffe du tribunal administratif de Montreuil, il a demandé l'annulation de cette décision. Il a été libéré du centre de rétention n°3 du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) le 16 janvier 2024.

2. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; ()". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ()". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;() ".

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-3625 du 27 novembre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme G A, attachée principale d'administration de l'Etat, adjointe au chef du bureau du séjour, signataire de l'arrêté litigieux, pour signer, notamment, les décisions en litige, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas démontré qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté litigieux manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". La décision querellée du 14 janvier 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressé se trouvait en situation irrégulière en France et que sa demande de titre de séjour en qualité de parent d'un enfant de nationalité européenne avait été classée sans suite le 4 janvier 2023, que sa présence comportait une menace pour l'ordre public, et que la décision prise ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. En l'espèce, si l'intéressé se prévaut de la méconnaissance de ces stipulations au motif qu'il serait le père d'un enfant de nationalité espagnole dont il assumerait seul la charge, la mère de l'enfant les ayant abandonnés, il n'établit pas l'impossibilité pour lui de vivre avec son enfant dans son pays d'origine ou dans un autre pays où il serait admissible. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet de la Seine-Saint-Denis au regard de ces stipulations, ne pourra qu'être écarté.

7. En dernier lieu, le requérant n'apporte aucun élément permettant de juger du bien-fondé du moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Le moyen ne pourra donc qu'être écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. D C B ne pourra qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D C B, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 août 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : M. Aymard

La greffière,

Signé : MD. Adelon

La République mande et ordonne au préfet de Seine-Saint-Denis et à la préfète du Val-de- Marne en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. Adelon

2402844

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